Plusieurs pays européens ont décidé de suspendre temporairement et « à titre de précaution » l’utilisation du vaccin anglo-suédois AstraZeneca après avoir constaté que ce sérum provoque des complications et des effets secondaires chez certaines personnes. Aucun incident du genre n’est pour l’instant signalé en Algérie, les autorités sanitaires sont appelées à se prononcer sur cette question surtout qu’un climat de crainte et de panique qui s’est installé en Europe. Les professionnels de la santé recommandent, eux, le sang-froid.

PAR INES DALI
La vaccination contre le Covid-19 doit se poursuivre et la polémique née sur le vaccin AstraZeneca dans des pays européens qui ont décidé de le suspendre est à «relativiser», puisqu’aucun lien de causalité n’a été établi avec ce qui est appelé «effets secondaires possibles» signalés, de l’avis des spécialistes.
L’Algérie a reçu 50.000 doses du vaccin AstraZeneca au début de février dernier et cet antidote est actuellement épuisé. La semaine dernière, un pays européen a décidé de le suspendre «par précaution» après l’apparition de cas de caillots sanguins sans avoir établi une relation directe entre le vaccin et ces cas. Cette annonce a eu un effet boule de neige et entrainé sa suspension dans une dizaine de pays du continent, toujours par précaution.
Cette annonce n’est pas sans soulever des questions en Algérie où 25.000 personnes ont reçu cet antidote (deux doses par personne). «Il faut savoir que nous ne sommes pas au même niveau d’utilisation de ce vaccin en Algérie que dans les pays européens. En tout, nous n’avons reçu que 50.000 doses, alors que chez eux ce sont des millions de doses qui ont été administrées», a d’abord déclaré le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national de santé publique (SNPSP). Dans l’Union européenne et au Royaume-Uni, 17 millions de personnes ont vaccinées avec le vaccin AstraZeneca-Oxford.
«Ce qu’on appelle la vaccino-vigilance, à savoir toutes situations où il y a des réactions post-vaccinales immédiates ou retardées, ce qu’on appelle les effets secondaires, restent tributaires de chaque type de vaccin, y compris ceux que sommes en train d’utiliser pour nous enfants et ceux que nous utilisons depuis des années, et on est obligés de signaler s’il y a des réactions post-vaccinales ou des réactions quelconques. Ce principe est donc retenu chez nous et ailleurs», a ajouté Dr Merabet, avant d’enchainer : «Honnêtement, jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de situations particulières par rapport aux effets secondaires ou réactions post-vaccinales, que ce soit pour le vaccin AstraZeneca, ou pour le Spoutnik V, ou pour le Sinopharm que nous avons utilisés».
Il continue en expliquant que «parfois il y a des réactions rattachées à un lot de vaccins. Un effet secondaire peut être valable pour un lot et pas pour un autre et c’est pour cela que chaque lot a son propre numéro de série». En effet, dans le cadre de la vaccination anti-Covid, lorsqu’une personne est vaccinée, «sa carte de vaccination doit obligatoirement comporter le numéro du lot utilisé». Selon le président du SNPSP, «chez nous, il peut s’agir d’un lot de vaccin AstraZeneca que nous avons reçu et qui n’a pas suscité de problèmes jusqu’à présent. Nous allons recevoir d’autres lots et peut-être que nous serons confrontés à ce genre de situations», a-t-il toutefois mis en garde par rapport aux effets secondaires déclarés dans des pays européens.
«Mais actuellement, vu la quantité que nous avons reçu de ce vaccin, on ne peut pas avoir un aperçu vraiment objectif. Nous avons à peine démarré la vaccination avec l’antidote anglo-britannique et 50.000 doses par rapport à la population à vacciner (20 millions de personnes) ne représentent vraiment pas grand-chose», a-t-il encore dit, avant de souligner qu’il y «a des pays qui ont certes suspendu ce vaccin, mais parfois ils l’ont repris vingt-quatre heures après» et ces pays «ont parlé de lots et pas de tous les vaccins» AstraZeneca. Il faut relativiser car pour le moment aucun lien de causalité n’a été établi entre les effets secondaires annoncés et la vaccin, comme il faut savoir quel est le nombre de cas d’effets secondaires déclarés avec le nombre de personnes vaccinées pour savoir si on est dans une situation de risque acceptable, selon Dr Merabet, car «le risque vaccinal existe toujours et il faut connaitre le bénéfice-risque de chaque vaccin».

«Il faut savoir relativiser»
«Il faut savoir relativiser avec ce qui se passe en Europe et même dans d’autres pays dont certains ont décidé la suspension et d’autres ont annoncé la reprise de la vaccination avec cet antidote», selon un autre médecin, qui a tenu à noter qu’«actuellement, nous n’avons pas le vaccin AstraZeneca en Algérie». En revanche, «ce que nous avons à faire, préconise-t-il, c’est de surveiller de près les personnes qui ont été vaccinées avec. Mais jusqu’à présent, nous n’avons eu aucun signalement d’effets secondaires tels que ceux dont il est fait cas dans des pays européens et dont la plupart n’ont suspendu le vaccin que par précaution». Pour lui, il est «encore tôt pour incriminer ce vaccin, sans oublier que c’est le vaccin le moins cher sur le marché et que la concurrence est grande entre les laboratoires… En outre, les conditions de stockage de ce vaccin accessible à tous, dont surtout les pays à faible revenus».
Jusqu’à hier, une dizaine de pays ont suspendu par précaution l’utilisation du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19, après le signalement d’effets secondaires «possibles» mais sans lien avéré à ce stade. Le groupe pharmaceutique anglo-suédois affirme qu’il n’y a «aucune preuve de risque aggravé» de caillot sanguin entraîné par son vaccin, tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’il n’y a «pas de raison de ne pas utiliser» ce vaccin. Hier, des pays comme la France et l’Allemagne ont annoncé, à leur tour, la suspension de l’antidote anglo-suédois.
Pour autant, les spécialistes recommandent de poursuivre la vaccination actuelle avec le vaccin Sinopharm et encouragent la population à y adhérer en s‘inscrivant la plateforme numérique, surtout avec l’apparition des variants britannique et nigérian à propos desquels le Pr Mohamed Belhocine, membre du Comité scientifique de suivi de la pandémie de coronavirus, a mis en garde en raison de leur rapide propagation qui pourrait entrainer une véritable tension au niveau des hôpitaux.