Le Premier ministre Abdelaziz Djerad s’est réuni hier avec les membres du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de Covid-19. A l’ordre du jour de ce tour de table, la sélection de l’antidote adéquat pour l’immunisation de la population et sa mise en circulation dans l’ensemble du pays dès le mois prochain. Au final, une «short list» des remèdes a été retenue, alors que des sources laissent entendre que le choix de l’Exécutif est tombé sur le vaccin britannique d’AstraZeneca, validé le 8 décembre dernier par la prestigieuse revue scientifique The Lancet, et le vaccin russe Sputnik V.

Le Comité scientifique «a d’ores et déjà arrêté une short liste des laboratoires développeurs de vaccins et les contrats sont en cours de finalisation pour les premières livraisons», ont indiqué les services du Premier ministère dans un communiqué. Lors de la réunion, décision a également été prise pour «la consolidation du dispositif national de vaccination avec son déploiement à travers les structures sanitaires de proximité devant couvrir l’ensemble du territoire national» pour un début de vaccination en janvier prochain.
Ainsi, après une période de consultations et de réflexion depuis l’été dernier, l’Algérie est en dernière ligne droite pour l’acquisition de l’anti-Covid-19. Les procédures vont devoir s’accélérer au lendemain de l’instruction du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au Premier ministre, Abdelaziz Djerad, à l’effet de présider «sans délais» une réunion avec le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus pour «choisir le vaccin adéquat anti covid-19» et lancer «la campagne de vaccination à partir de janvier prochain». Lors de la réunion d’hier, L’instruction du Chef de l’Etat est intervenue quelques jours après que le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, ait indiqué que le Comité scientifique a effectué un classement des différents laboratoires ayant mis au point le vaccin, réitérant la démarche «prudentielle» de l’Algérie qui n’achètera qu’un vaccin qui réponde aux deux critères primordiaux que sont l’«efficacité». C’est pratiquement la même déclaration qu’a eu à faire le Premier ministre à chacune de ses interventions sur le sujet, dans lesquelles il soulignait la «non-précipitation» de l’Algérie afin de pouvoir faire le «choix adéquat». C’est ce qu’il a réitéré avant-hier dimanche, rassurant que «ce qui est sûr, c’est que nous serons au rendez-vous dès que le vaccin sera validé».
Aussi bien le ministre de la Santé ou encore les membres du Comité scientifiques ainsi que les différents professionnels de la santé, ils se sont tous prononcés sur l’importance des deux critères susmentionnés et sur l’importance de l’achat d’un vaccin qui soit homologué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le quitus de cette dernière étant une garantie de son efficacité et de sa sécurité. Jusqu’à présent, cette dernière n’a encore délivré aucune homologation aux vaccins acquis par plusieurs pays et dont certains ont même commencé la vaccination.

D’autres choix sont encore possibles
Au vu des contacts et consultations de l’Algérie depuis le 6 août dernier avec différents laboratoires et pays, les possibilités d’achat qui s’offrent à elle sont multiples, la vaccination devant s’étaler sur plusieurs mois et même jusqu’à 2022. Le Pr Benbouzid a indiqué, à cet effet, qu’il y a la possibilité d’acquérir l’anti-Covid-19 dans le cadre de l’initiative Covax chapeautée par l’OMS, ainsi que dans un autre cadre, celui des négociations menées indépendamment de Covax auprès de laboratoires et pays fabricants.
Parmi ces derniers, il y a lieu de citer la Russie et la Chine, dont les consultations ont été menées avec leurs représentations diplomatiques, et les laboratoires présents en Algérie que sont Pfizer, AstraZeneca et Sanofi. Les deux premiers laboratoires n’ont pas encore le feu vert de l’OMS mais ont publié leurs résultats et obtenu des autorisations auprès des agences de médicaments des pays qui les ont choisi. Hier, l’Agence européenne des médicaments a validé le vaccin de l’alliance américano-allemande Pfizer-BioNTech pour les pays de l’Union européenne, et ce, après leur validation par les agences des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Pour le laboratoire Sanofi qui s’est allié à GSK pour la mise au point d’un vaccin, il faudra attendre la fin de l’année 2021.
Dans le cadre de l’initiative Covax, l’Algérie a la garantie d’acquérir 20% des besoins exprimés pour l’anti-Covid-19. L’OMS a fait savoir qu’elle «espère pouvoir» effectuer les premières livraisons au premier trimestre de l’année prochaine, après avoir signé des contrats avec quatre laboratoires, dont AstraZeneca et Sanofi-GSK. L’Algérie devra donc commencer la vaccination en janvier prochain en plus de garantir des doses avec l’initiative Covax de l’OMS. La vaccination sera «gratuite et non obligatoire», a affirmé récemment le ministre de la Santé, qui a évoqué, par ailleurs, le dispositif logistique lié à la vaccination, dont le transport et le stockage du vaccin. Un aspect inclus dans la stratégie de vaccination et pris en charge par la Task Force mise en place à cet effet par le Premier ministre et impliquant plusieurs départements ministériels. La seconde Task force, présidée par le Pr Benbouzid, est chargée du suivi des aspects liés au choix et au prix du vaccin et au processus de vaccination. «Si le vaccin sera similaire à ceux dits classiques que l’Algérie a l’habitude d’utiliser, cela ne posera aucun problème. Mais si le choix est porté sur un autre vaccin [à l’ARNmessager, ndlr], il y a toute une logistique qui est en train d’être étudiée», avait-il commenté. Le vaccin d’AstraZeneca que l’Algérie aurait choisi est similaire aux vaccins «classiques», d’où son transport et sa conservation ne présentent pas de «contraintes», notamment celle de le conserver à très basse température.

La vaccination, un espoir après des mois de privation
Intervenant à ce sujet, le Dr Mohamed Bekkat-Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins et membre du Comité scientifique, a, dans une déclaration à Reporters, exprimé sa «satisfaction» que les Algériens puissent être vaccinés dès le mois prochain. Pour lui, l’arrivée d’un vaccin va «donner de l’espoir à la population qui vit avec le coronavirus et toutes ses contraintes depuis plusieurs mois».
Il se dit, ainsi, «content que le président de la République ait décidé d’amorcer le virage de la prévention en se procurant le vaccin le plus tôt possible. Il est temps de commencer la vaccination comme le fait le monde entier !», a-t-il ajouté, relevant l’impact de la pandémie sur «le ralentissement de la vie socio-économique» et sur «le plan psychologique, les Algériens vivant depuis une année avec un mal au-dessus de leurs têtes». Il notera appréhender des difficultés organisationnelles qui pourraient apparaître lors de la campagne de vaccination, citant l’exemple des pays les plus avancés qui essayant de mettre en place leur stratégie de vaccination depuis trois mois.