C’est une accalmie sans précédent que connait la situation épidémique de l’Algérie depuis le début de la pandémie de Covid-19 dans le pays en février 2020.

PAR INES DALI
Les infections au nouveau coronavirus sont restées en-dessous de la barre des 100 cas confirmés par jour durant les sept derniers jours et la tendance baissière se confirme de semaine en semaine, voire de mois en mois depuis le pic de juillet.
Les chiffres officiels annoncés quotidiennement, même s’ils ne reflètent pas les chiffres réels, confirment, néanmoins, la tendance baissière. C’est ce qui est constaté sur le terrain, puisque les unités Covid au niveau des hôpitaux ne se plaignent plus de recevoir un nombre important de consultations Covid, ni de malades auxquels ils ne peuvent plus offrir de lits. Il en est de même pour les services de réanimation. Le nombre de décès est passé à moins de cinq cas et celui des malades en soins intensifs ont, eux aussi, connu un recul dans le sillage du recul des contaminations.
Faut-il pour autant crier victoire ? Rien n’est moins sûr au vu de «l’imprévisibilité de l’évolution de la pandémie», comme ce fut le cas dans un passé pas si lointain, qui remonte à peine à l’été dernier, ont tenu à prévenir les professionnels de la santé, notamment avec la rentrée sociale. La décrue est, certes, constatée mais il y a également le relâchement qui est visible dans pratiquement tous les lieux publics, où même le port du masque est quasiment abandonné, sans parler de la distanciation physique qui, elle, a complètement disparu. Ce qui fait dire au président du Conseil national de l’Ordre des médecins, Dr Mohamed Bekkat Berkani, que «beaucoup de nos concitoyens pensent que le virus est derrière nous, alors que le virus est toujours là et continue de circuler parmi la population».
Raison pour laquelle, selon lui, il faut, encore une fois, donner à la vaccination tout son sens. Cette dernière «continue de connaitre un rythme lent» malgré la campagne nationale lancée en septembre, alors qu’«il faut vacciner au maximum et, surtout, innover dans la communication et la sensibilisation qui sont du ressort des autorités sanitaires pour qu’il y ait adhésion de la population à la vaccination», a-t-il précisé. «La vaccination est non seulement une utilité dans la lutte contre la Covid-19, mais une obligation morale, du fait qu’une personne qui a contracté le virus peut en contaminer d’autres», a ajouté notre interlocuteur.
Dans le sillage du déconfinement progressif, la levée du couvre-feu dans 23 wilayas décidée par le gouvernement la semaine dernière pour une durée de 21 jours, faisant en sorte que cette levée touche tout le pays, est un acquis qu’il faut préserver. Et la seule manière d’y parvenir est de se faire vacciner. Le Pr Lyès Rahal, directeur général des structures sanitaires au ministère de la Santé, s’est, lui aussi, réjoui de la décrue de l’épidémie de Covid-19 que connait l’Algérie, tout en mettant en avant l’utilité de la vaccination. Schématisant à sa manière cette décrue, il a affirmé qu’on assiste à plus de décès dus aux accidents routiers qu’au nouveau coronavirus. «Le nombre de personnes tuées dans les accidents de la route par semaine est, actuellement, supérieur à celui engendrés par le Covid-19», a-t-il déclaré sur les ondes de Radio Sétif. Mais ce n’est pas une raison pour baisser la garde, selon le Pr Rahal qui, tout en qualifiant la situation d’accalmie de «bonne réalisation» ne s’est pas déclaré tout à fait confiant mais a plutôt souligné : «Pourvu que la tendance baissière se poursuive».

Plus de 10 millions de doses vaccin disponibles
Pour ce faire, outre le respect des gestes barrières dont principalement le port de la bavette notamment dans les lieux publics, il revient, également, sur la nécessité de se faire vacciner surtout en cette période fort propice d’accalmie pour que le pays puisse avoir au moins 70 à 75% de la population ayant reçu l’anticoronavirus d’ici à la fin de l’année pour atteindre l’immunité collective. «Les Algériens doivent comprendre que la vaccination est très importante, étant le seul moyen de se prémunir contre les formes graves de cette maladie», a-t-il indiqué, relevant que l’Algérie dispose de «quantités suffisantes de vaccins anti-Covid-19 comparativement à d’autres pays, notamment africains, qui n’arrivent pas à l’avoir» et rappelant que l’Algérie produit également le vaccin. «L’Etat algérien a déboursé des sommes colossales pour mettre à disposition des citoyens la quantité nécessaire de vaccins. Le citoyen n’a plus d’excuse pour ne pas se faire vacciner», a-t-il dit. Dans ce sens, il y a lieu de rappeler que le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a indiqué, récemment, que l’Algérie disposait de 10 millions de doses de vaccin et devait recevoir 3,6 millions de doses supplémentaires, outre la production nationale de l’antidote. Ce qui «est suffisant pour une bonne prise en charge de toutes les catégories», selon le ministre qui a déploré la «faible affluence dans les centres vaccinaux en raison du recul des cas confirmés». Pour le Pr Lyès Rahal, «le citoyen doit prendre conscience de l’importance de la vaccination et comprendre qu’aller se faire vacciner est la seule manière de se protéger et de protéger les siens». Commentant à son tour la situation épidémique du pays, le Pr Mohamed Melhag, chercheur en virologie, a reconnu la «nette amélioration», tout en relevant que «cela ne signifie nullement que le virus a disparu» et que «l’éventualité d’une quatrième vague reste d’actualité vu le relâchement», cela d’autant que «la vaccination est en-deçà de qu’elle devrait être malgré tous les moyens déployés pour la réussite de l’opération». A son tour, il appelle la population à ne pas se départir des mesures de prévention et à aller se faire vacciner.