Par Feriel Nourine
Dans la cadre de la lutte contre la corruption, 20 milliards de dollars ont été déjà récupérés, a fait savoir le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, précisant que ce montant concerne le recouvrement des fonds pillés et détournés, et que l’opération se poursuit pour récupérer ce qui reste des sommes colossales détournées.
«20 milliards de dollars ont été recouvrés à l’intérieur du pays, et nous poursuivrons l’opération de recouvrement du reste des fonds détournés», a indiqué le chef de l’Etat lors de son entrevue périodique avec des représentants de médias nationaux, diffusée jeudi soir sur les chaines de télévision et stations de radio nationales.
Le montant révélé par M. Tebboune est déjà impressionnant, ne représentant sans doute qu’une petite partie de l’ensemble de l’argent pilé par les oligarques qui ont longtemps agi en toute impunité en comptant sur la protection, et surtout la complicité, d’un régime décidé à se servir sans compter.
D’énormes montants doivent ainsi être récupérés dans cette lutte contre la corruption, dont les placements à l’étranger qui nécessitent un travail de longue haleine, nécessitant la coopération des autorités judiciaires de pays où l’argent volé a trouvé refuge et dividendes.
Il s’agit précisément de fonds thésaurisés, lesquels «feront l’objet d’une autre issue», a affirmé le Président, soulignant que «des sommes faramineuses ont été détournées (à l’étranger) en 10 à 12 ans».
M Tebboune s’est voulu toutefois rassurant sur ce dossier en mettant en avant la disponibilité de pays européens à coopérer avec les autorités algériennes pour la récupération des fonds thésaurisés. «La majorité des pays européens ont prêté la main à l’Algérie à ce sujet et affiché leur disponibilité à coopérer avec nous pour le recouvrement de ces fonds et leur restitution au Trésor de l’Etat algérien, pour peu que les procédures légales soient respectées», a-t-il affirmé.
M. Tebboune citera, en outre, le cas «d’autres biens détournés sous d’autres formes que l’argent et que l’Etat algériens devrait récupérer après avoir été saisi en ce sens. «L’opération se poursuit. Il y a, aussi, d’autres biens sous forme d’hôtels 5 étoiles et autres et nous avons été officiellement saisis pour les récupérer, particulièrement par les pays vers lesquels ces fonds ont été détournés et ceux qui étaient source de surfacturations», dira encore M. Tebboune, ajoutant que «des fonds ont été déposés dans des coffres privés, notamment en Suisse, au Luxembourg et aux Iles Vierges», insistant sur la détermination de l’Etat a récupérer ces fonds même si l’opération s’avère complexe.
Une détermination que Abdelmdajid Tebboune avait manifestée lors de sa campagne électorale de 2019, inscrivant la lutte contre la corruption et la récupération des fonds détournés parmi ses engagements en cas de son élection à la magistrature suprême du pays.
Ainsi donc, après les dizaines d’affaires de corruption et de détournement de fonds qui se sont soldées par de lourdes condamnations contre de nombreux hommes d’affaires et hauts responsables ayant sévi sous l’ère Bouteflika, l’Etat a décidé d’actionner la machine à récupérer ces fonds en multipliant les manœuvres politiques et diplomatiques auprès de pays où des dizaines de milliards de dollars ont été placés.
Ce déploiement a donné lieu au lancement de 219 commissions rogatoires internationales, avait-il été indiqué sur le document portant la Déclaration de politique générale du gouvernement, présenté en octobre dernier.
Sur ce total, 43 commissions ont été exécutées et 156 étaient en cours de traitement par les autorités judiciaires des pays concernés, avait-on précisé, ajoutant qu’un comité d’experts, chargé de la gestion du dossier de recouvrement de ces fonds, en coordination avec les représentations diplomatiques algériennes, a été, en outre, mis en place, ainsi que la mise en œuvre des accords et des instruments internationaux (Eurojust, initiative StAR, network GlobE).
A propos de coordination avec les représentations diplomatiques, il a été demandé à des ambassadeurs dans plusieurs pays, dont 11 paradis fiscaux, de s’impliquer activement dans l’inspection des commissions rogatoires que le pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed a diligentée dans le but de récupérer l’argent détourné et placé dans différentes banques d’outre-mer, notamment la Suisse, la France, l’Espagne, l’Italie, le Luxembourg, le Panama, la Grande-Bretagne, l’Irlande du Nord, la Chine, les États-Unis, le Canada et les Émirats arabes unis. <