L’édition 2020 de l’US Open a débuté la nuit dernière à New York. Habituellement brûlante, l’ambiance sera malheureusement plus neutre que jamais cette année à Flushing Meadows, le tournoi se déroulant à huis clos. Or le public forge l’âme du rendez-vous new-yorkais. Le Majeur américain sera peut-être beau tennistiquement, mais sa véritable essence lui fera défaut. Le Queens n’est pas Venise et Aznavour n’avait pas grand-chose de new-yorkais. Mais à l’aube de cet US Open 2020 dont on peut d’ores et déjà être sûr qu’il restera dans l’histoire, quitte à ce que ce soit pour de sombres raisons, il est quand même très tentant de transposer le « Que c’est triste Venise » du grand Charles à Flushing Meadows. Oui, que c’est triste Flushing. Ce Flushing, en tout cas. Désert. Vidé de son public, le site new-yorkais l’est aussi de sa substance. Car aucun autre tournoi au monde ne voit à ce point son ADN lié à son atmosphère. On peut adorer ou détester l’ambiance de l’US Open. Je me range dans la seconde catégorie mais comprends les tenants de la première. En revanche, il est indéniable qu’elle est une composante majeure du Grand Chelem américain. Et plus encore de Flushing Meadows.

Le poids du public
Installé sur le site un peu paumé du Queens depuis 1978, l’US Open est vite devenu indissociable de Flushing. Dans notre Top 100 des matches les plus marquants du tournoi dans l’ère Open, qui a débuté hier, vous pourrez mesurer à quel point, pour ce qui est des 42 dernières années, le public est ici au moins autant acteur que spectateur. Excessif, souvent, excité, toujours. Plus qu’ailleurs. Les joueurs le savent. Ils le subissent ou s’en servent, selon les cas.
Imaginez, une seconde, le McEnroe-Nastase de 1979 sans spectateur. La campagne historique de Jimmy Connors en 1991, dont son mythique huitième de finale contre Aaron Krickstein, le jour même de ses 39 ans, et Jimbo pénétrant sur le Louis-Armstrong au son des « Happy birthday » de la foule. Ou, plus près de nous, le parcours de Daniil Medvedev l’an passé. Le Russe, pris en grippe et chahuté par le public au fil des tours, s’était nourri de ce climat hostile. Comme d’autres avant lui. Tout le monde ne sombre pas dans le volcan du Queens et c’est aussi en bravant ce type de tempête qu’on y gagne le respect. Ces quelques exemples parmi des dizaines d’autres n’auraient pas eu de sens à huis clos. Ici, ça pique, ça brûle, ça gratte, ça rend fou. Mais c’est tout sauf neutre. Flushing sans public, c’est l’oxymore tennistique ultime.
Ça sonnera creux
Ce drôle de sentiment sera renforcé par le gigantisme du complexe new-yorkais : le court Arthur-Ashe, plus grand stade de tennis au monde, sonnera terriblement creux pour les plus grandes affiches, au point qu’on peut se demander si le maintien des bouillantes «night sessions» avait vraiment du sens. Mais soit.
Reste qu’un grand match de tennis sans public, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’un grand match où plus de 20 000 personnes sont impliquées. La finale 2020 ne pourra posséder la même force que sa devancière entre Rafael Nadal et Daniil Medvedev. Ce sont évidemment les joueurs qui forgent la légende du jeu, mais le public la sublime. On a beau tourner le problème dans tous les sens, même s’il faut se réjouir du retour du jeu, il manquera vraiment quelque chose à cet US Open. Sans joueurs, pas de tennis. Mais sans public, garde-t-il son âme ? C’était beau, c’était grand : Les temps forts d’une finale inoubliable. C’était beau, c’était grand : Les temps forts d’une finale inoubliable. n