Les tensions sécuritaires en Libye et dans le Sahel constituent de véritables points de préoccupation pour l’Union Africaine, dont les Etats membres tentent de mettre en place des mécanismes agissant dans ses conflits. L’Union africaine voudrait reprendre son rôle prépondérant sur la question libyenne, qui semble irrémédiablement lui échapper. La Libye, entrée en instabilité chronique et dont la situation menace de dégénérer, est aujourd’hui « régie » par une multitude d’acteurs étrangers à la région. Des efforts de rapprocher les acteurs libyens sont aujourd’hui palpables dans l’objectif de mettre fin au conflit interne et la remise du pays sur la voie de la reconstruction et la stabilité. L’Algérie se présente déjà comme un médiateur inévitable dans cette crise. Le retour probable de l’UA dans ce dossier pourrait renforcer ses efforts. La Conférence de Berlin a confié à l’UA la tâche de rassembler les protagonistes de la crise libyenne et c’est l’Algérie qui demeure la cheville ouvrière du processus politique. La récente virée de M. Sabri Boukadoum en Libye, pour convier les acteurs à la table de négociations, n’est pas passée inaperçue. La région du Sahel, qui tracasse un certain nombre de pays de la région, pourrait bien constituer l’un des points géopolitiques les plus menaçants. Mettant en jeu un certain nombre d’acteurs, dont certains discrètement, la région du Sahel, qui englobe plusieurs conflits de basse intensité, gagnerait à accaparer l’intérêt de l’UE. En plein Sahel, le Mali reste au cœur d’une instabilité qui ne trouve toujours pas un début de règlement. Au cours des derniers mois, la Minusma (Mission des Nations unies au Mali) a fait tout son possible pour mettre en œuvre sa deuxième priorité stratégique dans le centre du pays, tout en continuant de s’acquitter de tâches à l’appui de sa principale priorité stratégique dans le nord du pays. « La présence et les activités accrues de la Minusma dans la région de Mopti ont contribué à empêcher une nouvelle escalade de violences intercommunautaires et des massacres à grande échelle », avait déclaré le chef des opérations de paix de l’ONU. La permanence du renforcement de la Minusma dans le centre du Mali oblige, cependant, la mission onusienne à détourner des capacités clés, telles des moyens aériens, sa force de réaction rapide et ses moyens de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) de Gao à Mopti. L’accord de paix issu du processus d’Alger semble avoir enregistré un avancement de sa mise en œuvre, au lendemain de la 4e réunion ministérielle du Comité de suivi (CSA) et du redéploiement des forces maliennes recomposées au nord du pays. Ce redéploiement a été salué lors de la dernière session du CSA.

Les accusations de l’ONU
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a accusé hier à Addis Abeba des pays, sans les nommer, d’être responsables du chaos en Libye, appelant à mettre un terme à ce conflit aux incidences systématiques sur le Sahel. « La Libye ne serait pas enfoncée dans un conflit toujours plus grave et destructeur sans la complicité directe de certains membres de la communauté internationale », s’est indigné le secrétaire général de l’ONU devant la tribune de l’Union africaine. Faisant visiblement référence à l’embargo sur les armes en Libye, Guterres a indiqué « que les résolutions du Conseil de sécurité sont bafouées avant même que l’encre n’ait séché », notant « l’immense frustration » qu’éprouve l’Union africaine face à la situation en Libye depuis 2011. Guterres a apporté son soutien à la décision du Comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye d’organiser une réunion de réconciliation. « Je continue d’insister que seule une solution politique, par et pour les Libyens, apportera la paix en Libye et que toute intervention étrangère dans le conflit ne fera qu’aggraver la situation », a-t-il insisté. « Un cessez-le-feu immédiat est absolument essentiel », a-t-il ajouté. Samedi, le chef de l’ONU a affiché sa détermination à renforcer la coopération avec l’Union africaine sur la crise libyenne et le Sahel. Le secrétaire général a annoncé que la Mission des Nations unies à Tripoli était prête à recevoir une représentation de l’Union africaine dans ses locaux et souhaitait que l’UA puisse participer à tous les groupes de travail inter-libyens, en particulier ceux prévus par la Conférence de Berlin. <