Répondant à la polémique suscitée par l’annonce du placement de l’Agence nationale des produits pharmaceutique (ANPP) sous la tutelle du ministère de l’Industrie pharmaceutique, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, a affirmé, hier, que «la politique du gouvernement est une et indivisible. Elle s’exerce sous l’autorité et en application du programme du président de la République et elle est appliquée et coordonnée par le Premier ministre. Donc à la base, il n’y a pas de conflits entre les ministères», précisant qu’«un ministère n’est pas une entreprise mais représente l’Etat».
Pour rappel, des syndicats du secteur, des experts et des professeurs de médecine sont montés au créneau pour tirer la sonnette d’alarme sur le placement de l’ANPP sous tutelle. Dans une lettre ouverte au président de la République, le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), avait soutenu que le secteur pharmaceutique est «indissociable des missions et attributions du ministère de la Santé», estimant que «si l’Agence venait à être placée sous la tutelle de l’Industrie, elle sera directement ou indirectement en situation de dépendance vis-à-vis des firmes pharmaceutiques, et ce, avec induction systématique de conflits d’intérêts inévitables qui vont miner et corrompre notre système de santé».
Intervenant, hier, dans l’émission «l’Invité de la Rédaction» à la Chaîne III, le ministre de l’Industrie pharmaceutique rappelle que l’ANPP, créée en 2012 et dotée d’un siège et d’un budget, n’a pas été dotée de textes réglementaires ni de moyens propres à lui permettre d’assumer ses missions de régulation. Il précise que ces réformes sont encore à l’étude au niveau du gouvernement, soulignant que «ce sont des textes qui sont au début de leurs parcours et ne sont pas encore arrivés au stade du débat public».
Concernant la question de «conflits d’intérêts», le ministre affirme que cette agence sera «pleinement autonome et indépendante dans son fonctionnement, sans conflits d’intérêt, de par les décrets et les textes réglementaire sur l’homologation, l’enregistrement et le comité de prix», en précisant que «ces comités sont intersectoriels».
Citant notamment les ministères du Commerce, de l’Industrie et les Douanes, le ministre de l’Industrie pharmaceutique souligne que «dès lors que tout le monde se prononce dans ces comités, il n’y a pas de conflits d’intérêts». Il met aussi en exergue le fait que dans le cadre de ces comités intersectoriels, «le ministère de la Santé qui se concentre sur les soins prodigués pourra aussi donner son avis et se prononcer sur les soins».
Lotfi Benbahmed indique que «mon objectif est de faire fonctionner cette agence qui n’a jamais fonctionné pour que le secteur pharmaceutique se mette au service de la santé publique».
Face à ses détracteurs, le ministre déclare que «notre porte est ouverte à tous et nous ferons preuve de pédagogie pour expliquer qu’elle est l’intérêt de l’industrie pharmaceutique dans notre pays». Ajoutant : «Nous sommes déterminés à relever le défi du développement d’une production nationale de qualité au service de l’Algérie.»
Tout en rappelant que ces trois dernières années, l’industrie pharmaceutique a été fortement fragilisée en Algérie, le ministre de l’Industrie pharmaceutique souligne que «si nous n’avons pas les instruments pour pouvoir justement orienter pour l’enregistrement, pour la politique des prix, c’est-à-dire tous les leviers qui font une politique pharmaceutique, si on ne le fait pas au profit de l’industrie pharmaceutique algérienne nous resterons toujours un comptoir colonial». Il poursuit son argumentaire en affirmant que «la création d’un ministère de l’Industrie pharmaceutique permet d’aller au-delà de l’agence. C’est d’aller sur un niveau de gouvernance qui permettait à l’Algérie d’avoir une gouvernance particulière pour le secteur». L’intervenant précise à ce sujet que «lorsqu’on parle de l’industrie pharmaceutique, il s’agit de toutes les activités pharmaceutiques, de la régulation de l’ensemble des activités des produits pharmaceutiques notamment leur distribution et leur disponibilité». Revenant encore une fois sur la question de conflits d’intérêts, il précise que «la délivrance et la dispensation des produits pharmaceutiques entre dans le cadre des soins médicaux qui sont les prérogatives et l’objet du ministère de la Santé».
Réduire de 400 millions de dollars la facture d’importation
Par ailleurs, abordant la question de la relance de la filière de l’industrie du médicament en Algérie, le ministre de l’Industrie pharmaceutique souligne que ce secteur s’est trouvé bloqué durant de nombreuses années, «par des groupements d’intérêts. Il pourrait sur une courte période contribuer à réduire d’environ 400 millions de dollars la facture d’importations de ces produits».
Le Plan d’urgence adopté en faveur de cette branche d’activité, explique le ministre, va notamment permettre de lever les nombreux obstacles dont elle a été l’objet de longues années durant de la part «d’oligarques, avec comme résultat les blocages de productions de dizaines d’entreprises». Il ajoute qu’à l’horizon 2025, l’Algérie, à travers les capacités de son industrie pharmaceutique, envisage «d’exporter des quantités de médicaments égales à celles qu’elle importe pour rééquilibrer ses comptes».
Par ailleurs, le ministre de l’Industrie pharmaceutique estime que dès l’entrée en production attendue d’une quarantaine d’entreprises de production de produits pharmaceutiques, l’Algérie pourra répondre à la demande locale. Il annonce, à titre d’exemple, qu’«à partir du mois prochain l’une d’elles va produire un traitement, jusqu’ici sous monopole, pouvant être utilisé contre la Covid-19». Il affirme dans ce sillage que «l’Algérie va reprendre des dossiers de fabrications de médicaments essentiels, à l’instar de l’insuline», précisant qu’«un partenariat est en train de se faire actuellement pour la relance de la fabrication de l’insuline par les usines de Saidal». <