Karim Tabbou a été condamné hier à une année de prison ferme dans un procès «surprise» et sans la présence de ses avocats qui réprouvent le fait de ne pas avoir été informés. Le verdict a été même prononcé en l’absence du prévenu évacué de la Cour après un malaise, «un pic de tension», selon ses avocats. Ce procès en appel de Karim Tabbou a été programmé précipitamment à la cour d’Alger sans en informer préalablement aucun avocat de la défense comme le prévoit la procédure. Il a fallu que l’un des avocats prenne connaissance par hasard de la tenue du procès dans la matinée pour alerter le collectif. Arrivés en retard, les avocats n’ont pas été autorisés à voir Karim Tabbou qui se trouvait dans la clinique de la Cour. Il s’agit d’un appel interjeté par le procureur du tribunal de Sidi M’hamed d’Alger sur le verdict de la relaxe de Karim Tabbou prévue pour le jeudi 26 mars prochain. La programmation de ce procès inattendu vient étrangement après l’annonce du ministère de la Justice dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus de suspendre les audiences du tribunal criminel, en première instance et en appel, ainsi que les audiences correctionnelles, à tous les niveaux à l’exception de celles déjà engagées. L’un des avocats de Karim Tabbou, maître Abdelghani Badi, a vivement condamné «un simulacre de procès». L’avocat a énergiquement désapprouvé «un procès injuste qui s’est déroulé en dehors du cadre de la loi et des procédures». Amine Sidhoum, un autre avocat de Karim Tabou, s’est montré également outré par le procès dans la forme et dans le fond. «Le procès de Karim Tabbou tenu dans ces conditions est une violation de l’acte de juger, et un outrage pour le droit des citoyens à un procès équitable, on est fatigués de cette justice aux ordres», dira-t-il ajoutant que «la programmation du procès dans la matinée, dans ces conditions et en son absence qui plus est, le condamner à une année de prison ferme sans écouter les plaidoiries des avocats, est une honte indélébile dans l’histoire de la justice algérienne». Le Comité national pour la libération des détenus CNLD a dénoncé de son côté un procès qui a fait fi des droits élémentaires de l’accusé. «À quoi joue le pouvoir en programmant un procès en appel à la cour de Ruisseau d’Alger, chambre numéro 5, à moins de 48 heures de la libération de Karim Tabbou, sans informer aucun avocat de la défense ? La justice complice du pourrissement. Au lieu de libérer tous les détenus d’opinion et politiques en ce temps de pandémie mondiale du coronavirus qui menace le monde entier, le pouvoir algérien continue dans l’instrumentalisation de la justice et emprisonne des citoyens et condamne d’autres», estime le CNLD. «Ce qui s’est passé aujourd’hui à la cour de Ruisseau est un précédent grave», note pour sa part la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH). L’organisation exprime «son inquiétude au sujet de l’intégrité physique et morale du prévenu» et «interpelle le gouvernement à assumer toutes ses responsabilités quant à l’évolution de la situation et lui rappelle ses obligations de respects des droits humains et des libertés fondamentales inviolables et inaliénables». Karim Tabbou, dont il restait difficile hier d’avoir une information exacte sur son état de santé, devrait attendre encore six mois pour quitter la détention. Mais les conditions jugées discutables par la défense et les militants des droits de l’Homme de ce procès inattendu devraient susciter davantage de mécontentement en ces moments où le calme et la communion sont plus que jamais recommandés. n