Très largement connu et apprécié du public pour son travail de caricaturiste et de bédéiste, Slim, créateur des célèbres personnages « Bouzid », « Zina » ou encore du chat « M’digouti », signait samedi dernier, à la Librairie générale d’El Biar à l’occasion d’une vente-dédicace, ses derniers albums « Bouzid président », le « Best of chez Slim » mais aussi « DZ2 le mur ». 

C’était aussi l’occasion pour l’auteur, au cours d’une rencontre avec le public, composé de fans de tous les âges, de revenir sur les débuts de sa carrière  artistique, débutée il y a cinquante ans, d’autant que les originaux des planches de cette époque, publiées alors en noir et blanc, sont aujourd’hui considérés comme « disparus ». Il raconte qu’il avait fait paraître dès 1967 un premier album intitulé « Moustache et les frères Belgacem ».
Après avoir échangé des idées avec Merzak Allouache, nous explique l’artiste, le grand public ne découvrira cependant le travail de Slim que quelques années plus tard, lorsqu’il rejoindra l’équipe du «très officiel » journal El Moudjahid, un début de carrière qui semble aujourd’hui presque inattendu pour un caricaturiste à l’image de Slim, auteur d’œuvres très critiques envers la société et le politique.
« Le moment le plus important de ma carrière a été le jour où un ami, Bachir Rezzoug, qui était a l’époque rédacteur en chef d’El Moudjahid, m’a proposé de faire une bande dessinée pour le journal gouvernemental, un quotidien où tout le monde tremblait à l’époque, et où il fallait lire entre les lignes (…)
je me suis alors posé la question : peut-ont faire une bande dessinée pour un journal de ce type ? », se rappelle Slim qui ajoute cependant que malgré la censure qui caractérisait cette époque, la demande des dirigeants du journal a été pour lui une ‘’opportunité’’.
« C’était un défi ; Bachir Rezzoug, que Dieu ait son âme, m’avait dit : raconte ce dont tu as envie (…) j’ai donc repris le personnage Mimoun qui apparaît dans Moustache et les frères Belgacem (1967), en le renommant Bouzid, c’était en fait le prénom de mon voisin, c’est un beau nom, très sonore et accrocheur (…) et bien sûr, il fallait aussi une femme, ce sera Zina (la belle) (…) et il fallait un chat vu que j’était aussi un lecteur de Tintin et Milou, un adepte d’Hergé ou de Marcel Gotlib qui nous a quitté récemment».
Bédéiste dont les albums reflètent ainsi l’évolution de l’Algérie indépendante et son aspiration à la démocratie, le travail de Slim est également un témoignage sur les ‘’deux périodes’’ de la presse algérienne : l’avant et l’après 1988.
L’artiste, qui continue de dénoncer les nouvelles formes de censure, affirme à ce propos : « Personnellement, je n’ai jamais cru à l’ouverture de la presse, et aujourd’hui nous voyons bien ce que le chamboulement d’octobre 1988 a donné, je pense que cela a été un moyen de tourner la page du socialisme, pour ouvrir le marché algérien et voir apparaître des milliardaires (…) actuellement c’est un autre type de censure ».
«Nous sommes les enfants de la censure, on savait très bien que le régime était autoritaire pour ne pas dire dictatorial (…) je me souviens d’une époque où il était presque interdit de faire du dessin de presse, mais on pouvait faire du dessin d’humour, parler de la vie quotidienne », se remémore-t-il. Revenant ainsi sur l’un de ses dessins les plus célèbres où il évoquait la pénurie d’eau, il raconte : « Parfois j’ai fait des choses anodines et les autorités de l’époque me reprochaient de lancer des idées biaisées (…) je me souviens par exemple d’une planche publiée dans Algérie-Actualité dans les année 1980 dans laquelle je racontais qu’il n’y avait plus d’eau, que les gens avaient soif, et que le seul endroit où il y avait de l’eau était dans la piscine du ‘’chef’’ (…) on m’a alors reproché de faire une allusion au président Chadli Bendjedid, alors que je n’avais parlé que d’un ‘‘chef’’ ».
Par ailleurs, si la rencontre organisée samedi était l’occasion de parler du passé, Slim annonce également des projets.
Il dit être actuellement en contact avec « plusieurs caricaturistes maghrébins » pour défendre l’idée d’un site internet dédié aux caricaturistes et  dessinateurs maghrébins. « J’aimerai qu’il y ait un Maghreb ouvert, sans frontières (…) notre but sera de réunir les dessins des artistes de ces pays »,  espère-t-il.