Quand un conflit politique éclate, il est toujours important de voir quels sont les intérêts économiques qui se cachent derrière. Et en cherchant, on en trouve toujours. D’où l’importance du regard à porter sur toutes les crises (internes et entre pays) qui secouent plusieurs régions du monde. La dernière, la plus médiatisée à l’international, qui s’est déroulée en Afghanistan, en est un exemple. La légèreté avec laquelle les Etats-Unis ont «lâché» Kaboul et offert ainsi le pouvoir aux Talibans, est loin d’être une simple équation militaire. La piste à explorer est bien autre. Un seul fait peut ouvrir les yeux et permettre de comprendre la situation actuelle dans cette région, et surtout ce qui pourra advenir au futur. Le chercheur algérien en histoire militaire, Tewfik Hamel, l’a souligné dernièrement dans une de ses publications. Il a ainsi rappelé que la route la plus courte entre l’Asie centrale et l’Asie du Sud, et entre la Chine et le Moyen-Orient, passe par un pays, l’Afghanistan. Ici, la piste n’est autre que le grandiose projet de la Chine, celui de la nouvelle route de la soie, sur laquelle mise beaucoup Pékin et qui dérange les intérêts de ses nombreux adversaires.
La transition s’impose d’elle-même sur un «sujet» qui concerne le Maghreb. Avec le même «regard» sur Kaboul, il est aisé de comprendre la recrudescence des attaques marocaines contre l’Algérie. Le conflit que le makhzen veut présenter comme politique en sortant à chaque fois des «alibis» sans fondement est à analyser autrement. Il est question d’enjeux énergétiques essentiellement, et dans la phase actuelle elle touche au gaz. La dernière sortie marocaine (via la DG de l’Office national des hydrocarbures et des mines) va dans ce sens. En annonçant que son pays compte renouveler l’accord d’exploitation du gazoduc «Maghreb-Europe» qui, à partir de l’Algérie, traverse son territoire pour approvisionner l’Espagne en gaz, cette responsable confirme surtout le désarroi du Makhzen. Ce dernier se retrouve ainsi désarmé. Depuis longtemps, il menaçait (en répandant dans les médias, surtout locaux et espagnols, plusieurs informations «confidentielles») de ne pas donner son Ok pour le maintien de l’accord qui expire au mois d’octobre prochain. Une carte sur laquelle il a souvent compté pour faire pression sur les deux pays, l’Espagne et l’Algérie. Au final, et après avoir perdu cette partie, le Maroc rétropédale. Sa politique de menace n’a pas été concluante, et risquait de lui faire perdre les bénéfices (droits de passage) que la monarchie récolte depuis 1996 (année de l’ouverture des vannes du gazoduc). Entre-temps également, l’Algérie et l’Espagne avaient préparé un plan B en augmentant les «capacités» de Medgaz, l’autre gazoduc reliant les deux pays, mais qui ne passe pas par le territoire du voisin de l’Ouest. Oui, l’Algérie n’est pas une île isolée…