Par Hui Min NEO
L’Allemagne, en première ligne dans la recherche d’un règlement politique du conflit en Libye, s’est dite «prudemment optimiste» lundi sur les chances d’aboutir à un résultat après la reprise des discussions entre belligérants en septembre. «Il y a des raisons d’être prudemment optimiste», a déclaré le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas lors d’une conférence de presse à Berlin à l’issue d’une réunion virtuelle sur la Libye en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. «Nous pensons qu’il existe une fenêtre dans laquelle beaucoup de ce qui n’était pas possible ces dernières semaines l’est désormais», a-t-il ajouté, mettant en exergue «des signes d’un passage d’une logique militaire à une logique politique» entre les belligérants.
La Libye est minée par les violences et les luttes de pouvoir depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Deux autorités se disputent le pouvoir: le Gouvernement d’union nationale (GNA, reconnu par l’ONU) dans l’Ouest, basé dans la capitale Tripoli, et le puissant maréchal Khalifa Haftar dans l’Est. En juin, le GNA, aidé militairement par la Turquie, a réussi à mettre en échec une offensive des forces du maréchal Haftar lancée en avril 2019 pour s’emparer de Tripoli. Le GNA contrôle désormais le nord-ouest du pays. L’Allemagne multiplie les efforts diplomatiques pour tenter de ramener les belligérants à un cessez-le-feu durable et à la négociation politique, ainsi que leurs soutiens régionaux au respect de l’embargo sur les armes.
Série de consultations à venir
Elle a déjà organisé une conférence internationale sur la Libye en janvier à Berlin autour de la-non ingérence d’acteurs régionaux et le respect de l’embargo qui sont restés pour l’heure lettre morte. Début septembre, des «concertations» inter-libyennes à Montreux, en Suisse, ont ouvert potentiellement la voie à une nouvelle dynamique en aboutissant à un accord sur des élections dans 18 mois. «Les récents développements représentent une rare opportunité pour accomplir de réels progrès dans la recherche de la paix et de la stabilité en Libye», a aussi estimé le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui coprésidait la réunion. Le gouvernement «parallèle» installé dans l’Est a dans la foulée démissionné le 13 septembre et le Premier ministre du Gouvernement d’union nationale, Fayez al-Sarraj, s’est dit prêt à quitter ses fonctions d’ici la fin octobre, autant d’«impulsions» pour une reprise du dialogue, a souligné M. Guterres. Dans la foulée de Montreux, des parlementaires des deux camps rivaux ont aussi discuté au Maroc des modalités d’un partage des postes à la tête des principales institutions étatiques ainsi que d’une réunificaition de ces institutions. Des négociations fin septembre en Egypte entre représentants militaires des deux camps ont aussi commencé à préparer le terrain pour un cessez-le-feu durable. L’ONU prépare désormais une «série de réunions et consultations» pour faciliter la reprise de pourparlers en vue «d’un accord politique global», a déclaré lundi l’émissaire par intérim de l’ONU en Libye Stephanie Williams à l’issue d’un deuxième round de discussions à Bouznika, près de Rabat.
Violations de l’embargo,
un «scandale»
Interrogée sur la possibilité de discussions politiques dès le 15 octobre à Genève, elle a répondu les souhaiter «dès que possible, de préférence avant la fin du mois». Le chef de la diplomatie allemande a toutefois de nouveau insisté, tout comme le secrétaire général de l’ONU, sur le respect de l’embargo sur les armes comme préambule à tout retour aux négociations de paix. «Nous ne sortirons pas de l’impasse militaire aussi longtemps qu’un afflux d’armes et d’hommes sera apporté aux belligérants», a martelé Heiko Maas. Ces violations sont «scandaleuses», a renchéri Antonio Guterres, en demandant qu’elles cessent «immédiatement». Le Gouvernement de Fayez al-Sarraj (GNA) est soutenu par la Turquie et le Qatar. Son opposant, le maréchal Khalifa Haftar est appuyé de son côté par l’Egypte, les Emirats arabes unis et la Russie. Toutes les parties reçoivent de plus en plus d’aide militaire de leurs soutiens, selon un rapport intérimaire des experts de l’ONU datant de fin août, qui a fait l’objet de nombreuses fuites. n