Personne n’aurait imaginé que l’élection présidentielle allait attirer autant de prétendants. On n’est qu’au cinquième jour après la convocation du corps électoral et c’est déjà la bousculade. Les candidats affluent vers le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales pour retirer les formulaires de souscription pour les signatures nécessaires à la confection du dossier.
Jusqu’à dimanche après-midi, ils étaient cinq partis politiques et six personnalités, en qualité de candidat indépendant, à avoir procédé au retrait des formulaires pour la présidentielle du 18 avril prochain. Pour les partis, il s’agit du Rassemblement Algérien (RA), du Front des jeunes démocrates pour la citoyenneté (Fjdc), du Front El Moustakbal, de Ennasr El-Watani et Talaie El Hourriyet. A première vue, il semblerait que les partis de l’opposition sont les plus attirés par cette élection, bien que durant des mois ils n’ont pas cessé de mettre en garde contre les risques de cette échéance, les incertitudes qu’elle pourrait engendrer pour l’avenir du pays… Contrairement aux partis du pouvoir qui, eux, s’alignent – pour le moment – autour du soutien à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika qui ne s’est pas encore prononcé, l’opposition part encore une fois en rangs dispersés. Le vieux refrain d’un candidat unique de l’opposition n’est, apparemment, qu’un slogan creux que répètent les acteurs de ce camp le temps d’un contexte particulier, avant qu’ils n’affûtent leurs armes les uns contre les autres. L’intention d’Ali Benflis de se porter candidat, sous la casquette de Talaie El Hourriyet, la candidature d’Abdelaziz Belaïd au nom d’El Moustakbal et la préparation d’Abderrezak Makri à entrer dans la course pour le compte du MSP, montrent que cette option est définitivement écartée.
Pourtant, en début de semaine, un candidat à la candidature a réitéré l’appel à l’opposition pour participer avec un seul concurrent pour pouvoir rivaliser avec le candidat du pouvoir. Rachid Nekkaz, en l’occurrence, a appelé les acteurs de l’opposition «à s’unir autour d’une personnalité pour constituer un seul bloc face au candidat du système». Son appel n’aura pas dépassé la rue du Dr Saâdane. Bien que l’idée ait été défendue, dans un passé récent, par tous les membres de la défunte Instance de coordination de l’opposition (Icso), quelques heures après la convocation du corps électoral, chacun y va de son propre chemin et chacun pour soi ! «L’opposition nationale n’a jamais été conçue comme une alliance électorale. Elle a été voulue comme un rassemblement autour d’un objectif stratégique, celui de la transition démocratique.
Et l’attachement à cet objectif suffit pour être le meilleur garant de son unité et de sa raison d’être», expliquait Ali Benflis en janvier 2017, lorsque les premiers signes de la division commençaient à apparaître à quatre mois des législatives. Un aveu qui exprime un complexe au sein de l’opposition, incapable finalement de se réunir autour d’un seul candidat. Les égoïsmes et l’esprit de leadership finissent toujours par prendre le dessus. Quand bien même les Abderrezak Makri, Benflis, Mohcine Belabbas, voire d’autres personnalités politiques, à l’image d’Ahmed Benbitour, se réuniront autour de la même table, aucun rendez-vous électoral ne pourra les unir. Au RCD, disait Belabbas dans un entretien, «nous ne sommes pas à la recherche d’un candidat unique. Nous sommes à la recherche d’une élection ouverte organisée par une instance indépendante de gestion des élections». En attendant que Hanoune, Belabbas ou encore le FFS, se prononcent, il est admis d’ores et déjà d’admettre qu’avec une telle démarche, l’opposition ne pourra jamais faire la différence face au candidat du pouvoir.
Quel que soit le nom de ce dernier, la machine du FLN et du RND et, à degré moindre, celle du MPA et de TAJ, finiront
par l’imposer devant tous les autres,
qui ne joueront, en réalité, que le rôle de lièvres… n