L’Alliance doit discuter des options possibles face à une offre perturbée par le manque de pétrole russe et une demande mondiale de brut croissante.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires, regroupés autour de l’Opep+, se retrouvent aujourd’hui pour une nouvelle réunion mensuelle, par visioconférence, afin de décider de la démarche à adopter en matière de production pour le mois d’août. Laquelle ne devrait pas produire de changement par rapport à la décision prise lors du dernier rendez-vous du genre, début juin, et à travers lequel l’alliance avait déjà décidé de rompre avec son supplément de 400 000 barils par jour, en vigueur depuis août 2021, et de le porter à 648 000 bpj pour le mois de juillet. Ce qui n’a toutefois pas empêché les prix de maintenir leur position à des hauts qui ne sont pas du goût des pays importateurs.
Hier, les cours poursuivaient leur retour en forme entamé en début de semaine. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août franchissait de nouveau la barre des 120 dollars, dans l’après-midi, alors que le WTI évoluait à proximité des 114 dollars. Pour cette 30e réunion Opep-non Opep, les 13 pays de l’organisation et leurs 10 alliés, dont la Russie, sont appelés à discuter et à manœuvrer face à un marché pétrolier fortement perturbé par la guerre en Ukraine et le manque de pétrole russe dans les circuits de distribution. A cela s’ajoute l’incapacité de certains membres de l’alliance d’atteindre les quotas qui leur ont été accordés, alors que la demande est en train d’effectuer un rebond sous l’impact de la reprise économique qu’autorise l’amélioration de la situation sanitaire mondiale. Ainsi, selon le rapport du comité technique de l’Opep+, publié mardi soir et qui servira de base à la réunion d’aujourd’hui, l’alliance n’a pas pu atteindre les quotas qu’elle s’était fixés pour mai et ne devrait pas non plus les atteindre en juin. En mai, il manquait 2,7 millions de barils par jour à l’appel, a précisé le rapport. Sollicités à plusieurs reprises pour faire valoir leur capacité de réserve disponible et compenser la perte d’approvisionnement russe et l’offre des autres producteurs, les deux ténors de l’Opep que sont l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ne cessent de répéter qu’ils produisaient tout ce qu’ils pouvaient produire. A ce propos, le président français Emmanuel Macron a déclaré, lundi, en marge du Sommet du G7, avoir été informé par le président des Emirats arabes unis, Cheikh Mohamed bin Zayed al Nahyan (Mbz), que son pays et l’Arabie saoudite pouvaient à peine augmenter leur production de pétrole. «J’ai eu un entretien téléphonique avec MbZ. Il m’a dit deux choses. Je suis au maximum, maximum (des capacités de production). C’est ce qu’il affirme. Et ensuite il a dit que les Saoudiens pouvaient augmenter de 150 000 barils par jour. Peut-être un peu plus, mais ils n’ont pas d’énormes capacités», a dit Macron au président américain, Joe Biden, cité par la presse française. En parallèle, la production de la Libye, autre membre de l’alliance, souffre depuis avril des tensions entre les deux gouvernements rivaux. Plusieurs champs pétroliers ont été fermés de force dans l’est du pays. En Equateur aussi, le spectre d’un arrêt de la production de pétrole se précise, consécutif aux blocages et manifestations initiés par un mouvement contre la hausse du coût de la vie. Avec ces capacités de production réduites, à un marché fortement perturbé, l’Opep+ devrait prolonger davantage son programme de réduction au-delà du mois d’août, échéance retenue initialement. Pour mettre fin à ce programme, le groupe devrait augmenter sa production de près de 4 millions de barils par jour par rapport à ce qu’il produit aujourd’hui, ce qui semble irréalisable dans les conditions actuelles de production.
Les discussions de la réunion de l’Opep+ se feront, en outre, avec sans doute une halte devant la décision des pays du G7 de plafonner les prix du pétrole produit par la Russie, membre de l’alliance et chef de file des pays non-Opep.
Les dirigeants des Etats-Unis, de l’Allemagne, de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie, du Canada et du Japon, réunis en Allemagne, se sont entendus sur cette stratégie à mettre en œuvre en guise d’une énième sanction visant à frapper le secteur énergétique russe, considéré comme une importante source de revenu pour Moscou dans la guerre livrée à l’Ukraine. Il s’agit d’un accord de principe que les spécialistes considèrent d’ores et déjà difficile à concrétiser techniquement.