Par Feriel Nourine
La reprise de la demande mondiale de brut et la forte remontée des prix qui ont suivi ne semblent pas suffire à convaincre l’Opep+ d’ouvrir un peu plus ses vannes à court terme. Des responsables de pays, qui pèsent dans l’alliance composée de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de pays non-membres, l’ont laissé entendre, ces derniers jours. Les observateurs s’attendent à une réunion mensuelle de l’Opep+ qui n’apportera pas de changement à l’offre en cours des 23 pays engagés dans l’accord de réduction. Celle-ci se tient aujourd’hui par visioconférence, et pour le mois de décembre, l’alliance devrait, sauf surprise, mettre les mêmes quantités sur le marché, avec le plus de 400 000 barils par jour produits depuis le mois d’août.
Ni les données du marché donc ni l’appel lancé par le président américain Joe Biden à l’Opep+, pour ouvrir généreusement ses robinets d’or noir, ne devraient pousser les pays producteurs à abandonner la prudence dont ils ont fait preuve ces derniers mois et ne paraissent en mesure d’avoir raison de la détermination des pays visés à abandonner la prudence qui leur a permis de pousser les prix au plus haut ces derniers mois après avoir été sortis de la crise provoquée au marché pétrolier par la pandémie de coronavirus.
Le fait que «la Russie, l’Arabie saoudite et d’autres grands producteurs ne pompent pas davantage de pétrole (…) n’est pas juste», a estimé dimanche le président des Etats-Unis, en marge du sommet du G20 à Rome, dans une tentative d’influer sur la démarche de l’alliance à quelques petits jours de ses retrouvailles mensuelles. Mais une dizaine de jours avant l’appel de Joe Biden, le ministre saoudien de l’Energie, Abdelaziz ben Salmane, avait déjà prévenu que l’Opep n’était pas prête à faire évoluer à la hausse sa production.
En dépit de l’accalmie de la crise sanitaire et de la reprise de la demande mondiale, le chef de file de l’Opep, et principal artisan de l’accord de réduction conclu entre l’organisation et ses alliés, dont la Russie, ne veut pas prendre le risque d’ouvrir les vannes et opte pour le renouvellement de la prudence, considérée jusque-là comme une carte maîtresse dans la démarche adoptée par l’Opep+ pour la reprise des prix.
«La crise est en quelque sorte contenue mais elle n’est pas encore terminée, nous devons faire attention à ne pas prendre les choses pour acquises», a expliqué Abdelaziz ben Salmane dans une interview accordée à Bloomberg, en marge du forum «Saudi Green Initiative». Dans le même ordre d’idées, il a insisté sur la présence toujours active du virus dans certaines parties du monde, citant en exemple la Russie, alors qu’aujourd’hui, c’est la Chine qui est en train de vivre un retour de la pandémie qui est née chez elle
Abdelaziz ben Salmane n’est pas seul donc à plaider pour la prudence. Son homologue nigérian, Timipre Sylva, a également jugé que le marché était «encore trop fragile». Interviewé, lui aussi, par Bloomberg en marge du même forum, le ministre du Pétrole du premier producteur africain en la matière a déclaré qu’à ce titre, «il ne faut pas s’attendre à une nouvelle augmentation de l’offre au-delà du niveau prévu de la part de l’Opep+ dans un avenir proche».
Jeudi dernier, le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, abondait dans le même sens mettant en avant la politique gagnante de l’alliance et la nécessité de ne pas la changer pour le moment. «La situation du marché pétrolier indique que l’augmentation en décembre de la production des pays membres de l’Opep+ ne devrait pas dépasser 400 000 barils par jour», a souligné M. Arkab à une semaine de la réunion ministérielle de l’Opep+. M. Arkab a expliqué que «lOpep+ a fait un excellent travail, en soutenant la stabilité du marché pétrolier dans l’intérêt de tous et doit continuer à agir de manière proactive, en tenant compte du fait que les risques et les incertitudes restent élevés».
Pour rappel, l’Opep+ a décidé d’augmenter de seulement 400 000 barils par jour sa production depuis août dernier jusqu’à la fin de l’année. <