La réunion exceptionnelle tenue jeudi par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires est loin d’avoir été un ratage, comme le redoutaient certains analystes, exagérément portés sur les scénarios pessimistes, notamment depuis l’échec du rendez-vous du 6 mars dernier à Vienne.

Bien au contraire, au bout de 11 heures de discussions par visioconférence, les retrouvailles de l’Opep+ ont permis aux pays engagés dans l’accord de réduction, depuis janvier 2017, d’insuffler une nouvelle dynamique à leur coopération et de décider d’une baisse massive de 10 millions de barils par jour (mbj) applicable sur deux mois, soit du 1er mai prochain au 30 juin.
Des coupes conséquentes qui permettront au marché de mieux réagir face à un excédent de l’offre, que le fort recul de la demande mondiale, provoqué par le Covid-19, a transformé en surabondance ayant fait diviser les prix par trois en l’espace du premier trimestre 2020.
Pour ce faire, la réduction ne se limitera pas aux seuls deux prochains mois. Elle se prolongera avec des coupes de 8 mbj durant le second semestre de l’année en cours, puis passera à 6 mbj entre janvier 2021 et avril 2022, a décidé l’Opep+, qui a également programmé une nouvelle réunion le 10 juin prochain «pour décider de mesures supplémentaires, autant qu’il sera nécessaire pour équilibrer le marché».
Cependant, hier matin, le nouvel accord attendait toujours l’approbation du Mexique, pays non-membre de l’Opep, indispensable pour l’entériner. L’Arabie saoudite devait tenir à la mi-journée une réunion virtuelle, séparée, des ministres de l’Energie du G20 avec l’espoir d’élargir l’accord de réduction à d’autres pays, dont les Etats-Unis. Mais vers la mi-journée, le président mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador, a indiqué être parvenu à un accord avec Donald Trump pour réduire la production de pétrole du pays, qui bloquait l’accord en gestation entre pays producteurs pour une baisse massive de l’offre d’or noir. Le président a précisé que son pays allait réduire ses pompages de 100.000 barils par jour (bj) et que les Etats-Unis allaient de leur côté diminuer les leurs de 250.000 bj supplémentaires par rapport à leurs engagements précédents pour compenser la part mexicaine. Pour rappel, dans l’objectif d’élargir le plus possible la coalition, l’Opep+ avait invité à la réunion de jeudi 10 autres pays producteurs de pétrole extérieurs à son alliance. Neuf d’entre ces invités ont répondu présent, dont le Canada et la Norvège, alors que les Etats-Unis ont décliné l’invitation en raison de leur sévère réglementation «antitrust» interdisant ce type d’entente, même si ce pays, premier producteur mondial souhaite, lui aussi, une réduction de l’offre pour stabiliser les prix et redonner de l’air à leur industrie de pétrole de schiste, en grande difficulté.
De 200 000 bj
pour l’Algérie
Au total, selon les documents, que Reuters a pu consulter, l’Opep+ réduirait ses pompages de 10 millions de bpj en mai et en juin, soit de 23%, ce qui représenterait 2,5 millions de bpj pour l’Arabie saoudite comme pour la Russie et un peu plus d’un million pour l’Irak. Quant au Mexique, il avait proposé 100 000 bj, faisant obstruction aux 400 000 bj qui lui ont été demandés et qu’il trouve «excessifs» comparés à d’autres pays, selon l’agence d’informations financières Bloomberg.
Premier producteur de brut en Afrique, le Nigeria a, pour sa part, annoncé hier que sa production va reculer de 1,9 mbj à 1,4 mb, soit des coupes de 500 000 bj.
Concernant l’Algérie, son quota de réduction a été fixé à 200 000 bj pour les mois de mai et juin, et baissera à 145 000 bj durant le second semestre de 2020, a fait savoir le ministre de l’Energie Mohamed Arkab, également président en exercice de la Conférence de l’Opep. «Ces réductions sont nécessaires et indispensables pour aider à la stabilité du marché pétrolier», a-t-il expliqué à l’APS à l’issue de la réunion, non sans souligner que les décisions prises par les 13 pays de l’Opep et leurs 10 alliés sont «importantes». Et pour cause, «les trois accords vont permettre d’absorber le surplus de l’offre pétrolière disponible actuellement sur le marché et d’enrayer la chute des cours du brut», a-t-il expliqué, ajoutant qu’ils permettront «de réduire aussi les quantités en surplus existant au niveau des stocks pétroliers mondiaux».
Par ailleurs, M. Arkab a affirmé que les pays de l’Opep+ ont convenu de convaincre, lors de la conférence virtuelle des ministres de l’Energie du G20, qui s’est tenue hier, les autres producteurs pétroliers mondiaux d’adhérer aux accords.
Ainsi, la Russie, l’Arabie Saoudite et le Mexique, en tant que pays membres du G20, ont été chargés, selon le ministre de l’Energie, de mener cette mission en vue de faire participer les autres producteurs mondiaux à une réduction supplémentaire de 5 millions barils par jour de manière à soutenir les efforts déployés pour la stabilisation du marché pétrolier.
Avant cette réunion du G20, le ministre de l’Energie russe Alexander Novak a appelé jeudi tous les principaux pays producteurs de pétrole à rejoindre l’effort de l’Opep+ pour tenter de stabiliser les marchés mondiaux du pétrole, soulignant que cela serait dans l’intérêt de tous, a rapporté l’agence de presse russe Sputnik.
«Des mesures immédiates et opportunes sont nécessaires et nous devons unir nos forces en tant que pays producteurs de pétrole pour modifier la situation du marché caractérisée par la surproduction importante de pétrole dans le monde» a déclaré le ministre russe, lors de la réunion extraordinaire.
M. Novak a également salué la participation de représentants du Canada, de la Norvège, de l’Argentine, de Trinité-et-Tobago, de l’Egypte, de la Colombie, de l’Indonésie, du Tchad, de l’Equateur et d’autres pays non-membres de l’Opep. «Nous considérons qu’il est approprié d’augmenter le nombre de pays qui peuvent participer à un effort commun pour stabiliser la situation dans le monde. Et nous saluons à nouveau aujourd’hui la participation de nos collègues qui n’ont pas encore participé à l’accord Opep +», a-t-il encore souligné.<