L’OPEP+ s’est encore une fois montré prudente quant aux incertitudes qui minent encore le marché, en décidant, hier, de continuer à ouvrir légèrement leurs vannes en mars.
Par Hakim Ould Mohamed
Jusqu’à l’annonce du verdict, les négociants et les analystes étaient partagés entre ceux qui s’attendaient à ce que l’OPEP+ perpétue la même politique de production et d’autres qui s’agrippaient à l’espoir de voir les membres de cette organisation pompent au-delà des 400.000 barils/jour auxquels ils s’en tenaient. Mais, l’OPEP+ s’est encore une fois montré prudente quant aux incertitudes qui minent encore le marché, en décidant, hier, de continuer à ouvrir légèrement leurs vannes en mars. Réunis, hier, aux fins de décider des suites à donner à leur politique de production, les représentants des treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et leurs dix alliés via l’accord OPEP+ ont convenu « d’ajuster leur niveau total de production de 400.000 barils par jour pour le mois de mars ». C’est ce qu’on peut lire, en tout cas, dans un communiqué diffusé par l’OPEP+ à l’issue d’une brève réunion de ses membres. Le suspense suscité en fin de matinée par Goldman Sachs, annonçant la possibilité que l’OPEP+ augmente davantage sa production aura été ainsi de courte durée. L’OPEP+ a décidé de perpétuer sa politique de levée progressive des restrictions de la production entamée au printemps 2021 à la faveur du redressement de la demande, après des coupes drastiques pour faire face à la pandémie de Covid-19. Malgré les appels incessants des pays consommateurs en faveur d’une hausse de sa production, sur fond de flambée des cours du pétrole brut, l’OPEP+ défendait jusqu’ici mordicus sa ligne de conduite, s’appuyant continuellement sur une pandémie toujours menaçante et une croissance mondiale évoluant plutôt en dents de scie, alors que plusieurs de ses membres font face à d’importantes difficultés de production. Depuis la dernière réunion de l’organisation, le prix du baril de West Texas Intermediate (WTI) a grimpé de plus de 17% et celui du Brent de plus de 14%, les deux références du brut atteignant en janvier des sommets inédits depuis plus de sept ans. Hier, vers 13h30, les prix du pétrole étaient en hausse, le WTI frôlant la barre symbolique des 90 dollars et le Brent évoluant au-dessus. Cette flambée, si elle fait craindre une inflation galopante aux pays consommateurs, elle est venue soulager les économies des pays producteurs, trop dépendante de la bonne rentabilité du baril de pétrole.

Des membres peinent à remplir leurs quotas
Cependant, derrière cette attitude de prudence face à l’incertitude qui plane au-dessus du marché pétrolier adoptée par l’OPEP+ se cache, selon certains analystes, l’incapacité de certains membres de l’Organisation à remplir leurs quotas respectifs. Ce pourquoi l’Alliance préfère perpétuer sa politique d’une hausse de 400.000/jour plutôt que de mettre à nu les difficultés de certains de ses membres à augmenter leur production. Les données provisoires de janvier, rapportées par Reuters, font état, en effet, de l’incapacité de certains membres, dont le Nigeria et l’Angola, à augmenter davantage leur production, alors que d’autres États ne souhaitent pas combler l’écart. En décembre, le volume total de l’OPEP+ n’a augmenté que de 90.000 barils par jour, bien loin de l’objectif fixé à 400.000 barils, selon une enquête de l’agence Bloomberg. Certains analystes vont jusqu’à dire que la seule solution à court terme proviendrait de l’Arabie saoudite, seule à pouvoir piloter l’offre, étant donné sa plus grande capacité de réserve. En tout cas, cette décision de l’OPEP+ de ne faire évoluer sa production que de 400.000/jour pourrait galvaniser davantage les cours ; ceux-ci profitant déjà de fortes tensions géopolitiques qui impliquent des mastodontes de la production et de l’exportation d’or noir, la Russie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Les EAU ont encore intercepté, lundi dernier, un missile balistique lancé par les rebelles Houthis du Yémen, la dernière attaque en date contre ce pays du Golfe qui fait partie d’une coalition militaire dirigée par Ryad. Mais c’est une autre escalade qui occupe tous les esprits : les tensions sont au plus haut entre Moscou et les Occidentaux au sujet de l’Ukraine, près de laquelle la Russie a massé des dizaines de milliers de soldats et des armements lourds. Les risques d’escalade ne font que continuer à faire monter les prix. n