La situation de crise perdure au niveau du port de Béjaïa, où les travailleurs maintiennent leur mouvement de grève qui est à son 20e jour. Les signes d’une solution ne sont pas au rendez-vous en dépit des appels au sens des responsabilités et de la tentative de conciliation infructueuse menée la semaine écoulée par le wali.

Une décantation reste, cependant, attendue, mais qui ne sera pas l’œuvre de l’une des parties en conflit, à savoir la Direction de l’Entreprise portuaire de Béjaïa et le Conseil syndical de l’UGTA. Elle émanera de la Justice qui examinera « dans les prochains jours » le dossier dans le fond, le juge s’étant déclaré incompétent quant à la légalité ou non de la grève. Et signe d’un pourrissement aux conséquences lourdes sur l’activité économique au niveau régional, la Direction de l’EPB tient à qualifier le débrayage « d’illégal », les représentants des travailleurs ne veulent pas entendre d’une autre solution qui ne commencerait pas par la fin de mission du P-DG de l’entreprise.
La situation aurait pu pourtant évoluer suite à la déclaration du secrétaire général de la Fédération nationale des travailleurs des ports d’Algérie (FNTPA/UGTA) qui s’est démarquée publiquement de la grève. « Face à la rigidité de maintenir cette position (le départ du P-DG), j’ai le regret de vous informer que la fédération ne peut cautionner le mouvement et dégage de ce fait toute sa responsabilité qui pourrait découler de cette grève », a déclaré le secrétaire général de la Fédération des ports à l’adresse des travailleurs et des membres du conseil syndical.
Mais c’était compter sans la détermination des grévistes qui reprochent aussi au premier responsable du port sa gestion de la contestation, notamment en recourant aux menaces de licenciement. « Monsieur le PDG annonce qu’il va recourir aux sanctions administratives à l’encontre des travailleurs en grève à la fin de l’ultimatum qu’il a donné. Il oublie que le droit de grève est un droit constitutionnel conformément à l’article 71 de la loi organique », écrit le syndicat dans une déclaration.
Ce dernier reproche au P-DG du port le « recours au tribunal, en assignant en justice les travailleurs et les membres du CP et syndicat pour grève illégale alors, que nous étions autour d’une table de médiation avec les représentants de Serport ». Or, ajoute le syndicat, le recours devant le tribunal social « doit se faire dans le cas où toutes les voies de règlement à l’amiable et de médiation ont échoué », apportant également la preuve que la grève ne peut être considérée comme « illégale » dès lors qu’il y avait préavis de grève, P-V d’huissier de justice ayant assisté à l’AG où les travailleurs se sont prononcés.
Le syndicat estime dans sa communication que la grève en cours fait suite à « un passif » de trois précédentes grèves, relevant avoir « demandé aux travailleurs la reprise du travail, mais sous condition du départ du PDG ». « C’est l’unique revendication pour laquelle ces derniers accepteront la reprise car ils n’ont plus confiance et craignent ce PDG vu les promesses et les revirements de situations de sa part à chaque fois », pointe le syndicat. Or, le wali de Béjaïa, qui a reçu la semaine écoulée une délégation des représentants des travailleurs grévistes, avait indiqué que cette « option » n’est pas de son ressort. « Je rappelle que j’ai été installé par voie règlementaire et que mon départ ne peut se faire que par la même voie sur la base d’une appréciation par les organes sociaux et de la tutelle de mon bilan », soutient, quant à lui, le premier responsable du port (lire entretien ci-contre).
Pendant ce temps, c’est l’activité économique au niveau local qui accuse le pas dans une conjoncture de confinement, pénalisant davantage toutes les entreprises dont le fonctionnement dépend du port de Béjaïa. n