Par Nadir Kadi
Dans un communiqué publié hier, l’Organisation internationale du travail (OIT) a appelé les Etats membres à améliorer leurs systèmes de «sécurité et de santé au travail» (SST). L’organisation de l’ONU, qui s’appuie sur les conclusions d’un rapport sur la crise de la Covid, publié le 14 avril à l’occasion de la Journée mondiale pour la sécurité et la santé au travail, explique ainsi, qu’une refonte des politiques de SST permettrait de réduire les risques «en cas de nouvelle urgence sanitaire». «Cela suppose d’investir dans les infrastructures de SST et de les intégrer dans les plans nationaux globaux de préparation et de réponse aux crises, afin de protéger la sécurité et la santé des travailleurs et de favoriser la continuité de l’activité des entreprises».
Appel de l’OIT en vue d’une mise en place de systèmes «solides et résilients», l’organisation anticipe également le lancement des politiques de sortie de crises et de reprises économiques : «La reprise et la prévention requièrent de meilleures politiques nationales, de meilleurs cadres institutionnels et réglementaires, correctement intégrés dans les cadres de réponse aux crises», déclare en ce sens le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder. Et l’une des principales préoccupations de l’OIT concerne naturellement les conditions de travail et les risques qui pèsent sur les travailleurs du secteur de la santé. L’Organisation rappelle ainsi que depuis l’apparition de la pandémie de la Covid-19, les travailleurs des services d’urgence de santé et plus généralement des soins sociaux «ont été particulièrement vulnérables au risque d’infection». Le rapport de l’OIT estime que près de 7 000 soignants sont morts depuis le début de la crise, 136 millions de travailleurs du secteur sanitaire et social risquent de contracter la Covid-19 au travail. Les chiffres en Algérie vont dans le même sens. Selon l’un des derniers bilans établis en fin d’année 2020, et rapporté par l’APS, 120 employés de la santé avaient perdu la vie.
Professionnels de la santé confrontés également comme le reste de la population aux répercussions de la crise et des mesures de gestion sanitaire sur leur santé mentale : «A l’échelle mondiale, un travailleur de la santé sur cinq a signalé des symptômes de dépression et d’anxiété.» Les risques sont également physiques, ainsi le rapport de l’OIT intitulé «Anticiper, se préparer et répondre aux crises» note que les agents de santé représentent 14% des cas de Covid signalés dans le monde. Le même document rappelle également que plusieurs pays, dont l’Inde et l’Algérie, ont été contraints d’adapter la législation pour la protection du personnel de santé face à la multiplication des agressions.
Organisation qui aborde également le bouleversement qu’a constitué l’imposition du télétravail, en estimant que cette mesure a brouillé «les limites entre le travail et la vie personnelle». Ainsi tout en reconnaissant que le télétravail a été essentiel pour «limiter la propagation du virus, préserver l’emploi et l’activité des entreprises et donner plus de flexibilité aux travailleurs», il est cependant constaté que 65% des entreprises interrogées par l’OIT et le Réseau SST du G20 «ont indiqué que les travailleurs ont eu du mal à garder le moral pendant le télétravail». Et la situation est encore plus grave pour les 1,6 milliard de travailleurs dans les «secteurs informels». «Ces travailleurs courent ainsi le risque d’attraper le virus alors même que la plupart d’entre eux n’ont pas accès à une protection sociale de base, comme des congés de maladie ou des indemnités journalières», explique l’OIT, en appelant également à l’application des «normes internationales de travail» et au «dialogue social». Le meilleur moyen, selon l’organisation, et de «veiller à ce que les procédures et les protocoles soient acceptés et mis en place efficacement».<