Par Khaled Remouche
Plusieurs économistes relèvent qu’en Algérie les budgets du pays restent très dépendants des recettes pétrolières, à tel point que les hydrocarbures financent environ les deux tiers du budget. Cependant, face à un marché hautement volatil, en raison des tensions géopolitiques actuelles, les prévisions en matière de budget demeurent empreintes de prudence et de plusieurs défis, en témoignent le cadrage macroéconomique de la loi de finances complémentaire de l’actuel exercice, notamment en termes de prix référentiels du baril de pétrole et de recettes fiscales pétrolières. Le prix référentiel a été fixé au cours de l’été 2022 à 60 dollars et celui du marché à 70 dollars, alors que les cours moyens durant les 6 premiers mois ont atteint les 100 dollars et que le cours moyen du baril algérien durant toute l’année 2022 était estimé à 95 dollars. Dans la loi de finances 2022, le prix de référence était fixé à 45 dollars et celui du marché à 50 dollars. Les prévisions dans cette dernière sont fixées à l’été, voire l’automne 2021. Au cours de juillet et août 2021, les cours du pétrole étaient en moyenne à plus de 70 dollars et la tendance était à la hausse depuis début 2021. En janvier 2022, le prix moyen du Brent était à 85 dollars. Ces prévisions s’avèrent donc très prudentes par rapport aux tendances des marchés pétroliers. Le prix référentiel du baril de pétrole est, faut-il le rappeler, l’un des fondamentaux sur lequel s’appuie le législateur pour fixer le niveau de recettes prévisionnel et partant de là le niveau des dépenses sur l’année. Le mouvement haussier des cours du brut durant l’actuel exercice explique les grands écarts entre les prévisions, les recettes fiscales réellement récoltées et les dépenses réellement engagées. En effet, la loi de finances 2022 a prévu des recettes fiscales pétrolières à hauteur de 3 200 milliards de dinars, alors que celles-ci vont atteindre plus de 4 000 milliards de dinars en 2022, a affirmé dimanche dernier le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, soit un écart d’environ 800 milliards de dinars. Concernant la balance des paiements, la LFC 2022 a prévu un solde positif de 883 millions de dollars, alors que le solde positif réel de la balance des paiements se hissera à hauteur de 11 milliards de dollars en 2022, affirmé le ministre des Finances, M. Kassali. Pour ainsi dire, les lois de finances restent, certes, fortement empreintes de prudence, étant donné l’incertitude qui planent sur les marchés de l’énergie, mais très dépendant de la rentabilité du baril de Brent, pétrole de référence pour le Sahara Blend algérien. Cette prudence permet de mieux gérer les finances publiques durant l’année budgétaire étant donné le poids des hydrocarbures dans le financement du budget.
Fort heureusement, les cours ont progressé comparativement aux prévisions des lois de finances, ce qui a permis à l’Exécutif d’envisager des plans de rattrapage en matière de pouvoir d’achat et de politique sociale. A l’avenir, il serait plus utile d’accélérer dans la diversification de l’économie et des sources en devises afin de pouvoir affranchir le budget des prévisions bâties essentiellement sur les prix du pétrole et le niveau de recettes. Ce pourquoi, les économistes estiment que moins nous tablons sur les revenus pétroliers dans les finances publiques, plus nous établirons des lois de finances plus proches des réalités en termes d’entrées fiscales et de dépenses budgétaires. Et plus la part des recettes ordinaires dans le budget de l’Etat devient importante. L’Exécutif semble en être conscient, puisque les objectifs en matière de diversification de l’économie et des recettes ont été revus à la hausse. Preuve en est que les exportations hors hydrocarbures sont passées d’une moyenne de 2 milliards de dollars/an pendant des décennies à 5 milliards de dollars en 2021, à une prévision de 7 milliards de dollars à fin 2022 et à 10 milliards de dollars à fin 2023, ce qui constitue un pas très positif dans cette réduction de la dépendance de notre économie à l’égard des prix du pétrole, lesquels sont très dépendants de facteurs géopolitiques, comme on peut le constater depuis la guerre en Ukraine.
Cette moindre dépendance du budget à l’égard des prix du pétrole devrait se traduire, en outre, par une augmentation significative des recettes fiscales ordinaires qui deviendraient progressivement prépondérantes. Cela passe par une meilleure appréhension de l’assiette fiscale, une meilleure collecte de l’impôt, la lutte contre l’évasion fiscale, la légalisation de l’informel et une dynamique d’investissement et de création d’entreprises de manière à dégager des recettes fiscales supplémentaires. Etre moins dépendant des bouleversements des marchés pétroliers passe aussi par la mobilisation de ressources financières hors budget de l’Etat pour financer les investissements publics rentables qui pourraient constituer, une fois exploitées, de nouvelles sources fiscales : nouveaux ports de marchandises et de pêches, nouvelles lignes de métros et de tramways. Les grands projets rentables dans les énergies renouvelables et l’industrie pourraient également se financer par le partenariat public-privé, le «project financing», les emprunts obligataires ou la Bourse. Le secteur privé devra aussi jouer un rôle dans cette dynamique avec son apport de capitaux dans la création de richesses, l’une des sources de recettes fiscales supplémentaires. <