Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale El Hachemi Djaaboub est revenu, hier, sur les thématiques touchant son secteur, en rapport avec l’actualité, à savoir les mouvements de grève dans plusieurs secteurs, le dialogue social, l’activité syndicale, le chômage, l’insertion professionnelle des jeunes et les difficultés financières de la Cnas et de la CNR.

Par Fazil Asmar
Lors de son passage, hier, au Forum de la Chaîne I, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, El Hachemi Djaaboub, a évoqué un projet de révision de la loi sur l’activité syndicale qui remonte aux années 1990. Notant l’émergence d’un nombre important de syndicats dans différents secteurs, il a indiqué que les pouvoirs publics vont permettre, via ce projet de loi, le regroupement de ces syndicats dans des confédérations ou dans des unions, comme revendiqué par les travailleurs et même par le patronat. «Ce souhait sera pris en compte dans ce projet de loi, d’autant plus que des confédérations existent déjà, mais en raison d’un vide juridique les concernant, elles ne sont pas considérées comme telles officiellement. La révision de cette loi, c’est aussi pour que l’activité syndicale soit aux normes internationales comme exigé par l’Organisation internationale du travail», a-t-il indiqué, précisant que ce projet sera probablement le premier qui sera débattu au Parlement après les élections législatives.
Concernant les orientations du président de la République sur l’ouverture du dialogue social avec les syndicats de l’Education notamment, le ministre a appelé ces derniers à «respecter la loi» dans l’exercice de l’activité syndicale. «Nous octroyons les agréments à tous les syndicats qui sont aux normes. Mais ces derniers ne peuvent pas parler au nom des travailleurs s’il n’y a pas de représentativité d’au moins 20%. Dans la loi, également, ils ne peuvent pas déclencher de grèves sans préavis et sans un service minimum. D’ailleurs, avant de recourir à la grève, il faudra d’abord passer par des négociations et ensuite par l’intermédiation pour trouver des terrains d’entente», a-t-il prévenu. Ce département soumettra un autre projet de révision de loi, selon lui, relatif aux inspecteurs du travail. Il s’agira surtout dans cette loi de combler les lacunes et de renforcer les sanctions contre les employeurs, qui ne sont pas, selon lui, assez rigoureuses en cas d’infractions en matière de recrutement, de sécurité sociale des employés ou encore de l’avancement des carrières.

L’administration publique «saturée»
Interpellé, par ailleurs, sur l’insertion des jeunes du préemploi, le ministre a signalé que ces derniers ne peuvent plus être recrutés dans l’administration publique, cette dernière étant «saturée» avec ses «2,2 millions fonctionnaires». «Nous espérons insérer 200 000 jeunes d’ici la fin de cette année. Jusqu’à présent, 68 000 jeunes ont été insérés, tandis que 30 000 emplois sont créés au niveau du ministère de l’Intérieur, 30 000 autres dans l’enseignement et 500 dans l’enseignement supérieur. Il est illusoire de penser que le but d’insertion de 360 000 jeunes entre 2019 et 2021, fixé dans le décret signé en décembre 2019 du temps de l’ancien Premier ministre Noureddine Bedoui, sera atteint dans les conditions que nous connaissons. L’an dernier, par exemple, seulement 20 000 jeunes ont été insérés», a-t-il signalé.
L’absorption du chômage et l’insertion de ces jeunes à des postes permanents, selon lui, nécessitent une équation orientée vers la sphère économique. «Cette dernière consiste en la formation des jeunes dans les spécialités exigées par les entreprises pour faciliter leur recrutement ou bien les inciter à créer des micro-entreprises, de start-ups et des PME», a-t-il expliqué, relevant que le fichier des emplois et des professions, actuellement sur la table du gouvernement, va contribuer à avoir une vision plus globale sur les professions exercées en Algérie ainsi que sur les salaires, tout en assurant plus de transparence et de contrôle dans le marché du travail.

«Insérer 360 000 jeunes entre 2019 et 2021 est illusoire»
Il a fait savoir, toujours dans ce volet, que des employés peuvent prendre un congé d’une année s’ils souhaitent créer leur propre entreprise. «S’ils réussissent, leurs postes seront cédés à d’autres personnes et s’ils échouent, ils pourront toujours réintégrer leur poste. Je déplore seulement que l’acte à l’investissement soit toujours otage de la bureaucratie et de certains directeurs qui bloquent des milliers de projets de création d’entreprises, de demandes de fonciers et de crédits bancaires», confiera-t-il, qualifiant ce comportement de «trahison», de la part de ces directeurs.
Sur la question des déficits financiers que connaissent la Cnas et la Caisse nationale des retraités, le ministre a signalé que c’est dû à plusieurs raisons. Pour ce qui est de la Cnas, il a expliqué que la fermeture d’un bon nombre d’entreprises a réduit considérablement les cotisations des travailleurs. «Cela a occasionné des pertes considérables pour la Cnas. Quant à la CNR, la norme est d’avoir un retraité pour 5 employés, mais dans la réalité, nous avons un retraité pour 2,2 employés. Ce déséquilibre engendre des pertes pour la caisse. Ajoutons à cela le départ de près d’un million d’employés à la retraite anticipée, en 2016, qui a contribué à engendrer un déficit de 590 milliards de DA/an», a-t-il affirmé.

Le retour à la retraite anticipée exclu
Il a réaffirmé que le retour à la retraite anticipée est exclu. «Un équilibre de la caisse ne pourra être atteint que si le nombre d’entreprises augmente et pour restituer la retraite anticipée, il nous faut au moins 540 milliards de DA en plus. Toutefois, en dépit de ces difficultés, l’Etat veille à ce que les plus de 3 millions de retraités touchent leurs pensions de façon régulière, grâce aux aides puisées à la Direction des Douanes et au Fonds national des investissements», a-t-il conclu.