Le gouvernement travaillerait à l’élaboration d’un projet de loi de finances complémentaire pour 2018. Il serait question d’y introduire, outre des rallonges budgétaires au profit de certains secteurs d’activités, comme l’habitat, de nouvelles mesures restrictives applicables aux importations.

Si c’est le cas, le gouvernement serait amené à revoir sa copie et à essayer de trouver un programme qui permettrait de mettre de la cohérence dans le secteur des importations.
A priori, l’Exécutif semble vouloir aller vers des restrictions par les taxes, des barrières douanières, en pratiquant des tarifs plus élevés, partant de l’idée que plus les taxes sont élevées, moins il y aura d’importations. Ceci n’est pas pragmatique ! Certains y voient une volte-face de la part du gouvernement qui souhaite changer de cap dans un contexte où ses partenaires européens commencent à s’inquiéter du fait qu’Alger a donné un coup d’arrêt brutal au commerce extérieur. Alger reculerait ainsi face à l’UE ? Des experts le pensent. Dans un document officiel rendu public, il y a quelques mois, l’Union européenne estime qu’en janvier 2016 l’Algérie a pris une série de mesures «restrictives» au commerce bilatéral sous forme d’introduction de licences d’importation non automatiques pour certains produits, tels que les voitures, le ciment et le rond à béton. Ces mesures protectionnistes prises «sans concertation préalable» avec l’UE sont venues s’ajouter aux restrictions et entraves au commerce et à l’investissement déjà existantes, rendant encore «plus difficile» le climat des affaires pour les opérateurs économiques européens, a déploré l’UE dans son rapport sur l’état des relations UE-Algérie, dans le cadre de la politique européenne de voisinage rénovée. Pour l’UE, l’introduction des licences d’importation n’est pas conforme aux obligations de l’accord d’association entre les deux partenaires. Le pays a, cependant, abandonné le régime des licences, mais a décidé l’interdiction à l’importation de près de 1 000 produits. Pour le ministre du Commerce sortant, il ne s’agit pas là de protectionnisme, mais de protection de l’économie et de la production nationale dont il a relevé la consistance. «J’ai eu l’agréable surprise, a-t-il souligné récemment, de voir la qualité de la production nationale.»
L’Algérie est souveraine dans ses décisions. Et l’accord d’association qu’elle a signé en 2002 avec l’UE n’est pas figé dans une forme unique. Il y est du reste souligné qu’en cas de crise soudaine dans la balance des paiements, l’Algérie peut prendre des décisions au sens de l’article 11 de l’accord. Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement, même sous la pression de la crise, ne lâchera pas prise, restant convaincu que la fin du système des quotas (licences) ne sonne pas le glas de la lutte contre les importations. Au contraire, en 2018, le pays est en train d’accroître ses efforts pour la réduction des importations, puisqu’il a été annoncé la suspension provisoire de l’importation de 45 familles de produits : fromages, fruits, légumes, robinetterie, céramique, tracteurs entre autres. Ce coup d’arrêt permettra une économie d’un milliard et demi de dollars, selon les pronostics du ministère du Commerce., l’Exécutif veut ramener la facture des importations à 30 milliards de dollars d’ici à fin 2018. Un objectif ambitieux, mais quasiment irréaliste, ainsi que le laissait entendre, il y a quelques jours, le Premier ministre Ahmed Ouyahia.
Le montant des importations a été réduit de moins de deux milliards de dollars au cours de l’année écoulée, passant de 46,7 milliards fin 2016 à 45 milliards en 2017.