Le Sénat, en adoptant à la majorité le Projet de loi de finances 2021, vient de boucler l’examen et l’approbation par les deux chambres du Parlement du document initial légèrement remanié par quelques amendements validés par l’APN en plénière. Du coup, la loi de finances 2021 est désormais prête à être promulguée par le Journal Officiel. Elle entrera en application à l’évidence le 1er janvier 2021. Ce qu’il faut retenir de cette loi de finances 2021 est la poursuite de la tendance dépensière avec une augmentation des dépenses publiques de 10% en situation de baisse des recettes fiscales pétrolières en raison de la chute des prix du pétrole entraînant un déficit budgétaire et celui du Trésor, respectivement 2 700 milliards et 3 600 milliards de dinars projetés l’an prochain. Cette dégradation de la situation financière visible avec cette détérioration de la situation budgétaire aura pour répercussion un glissement de la valeur du dinar par rapport au dollar américain. La loi de finances 2021 projette un taux de 142 dinars pour un dollar américain en 2021, 149,71 dinars en 2022 et 156 dinars en 2023. Il s’agit en fait d’une poursuite de la dévaluation du dinar destinée depuis ces dernières années à gonfler les recettes fiscales pétrolières par effet de change. Cette chute du dinar par rapport au dollar américain et à l’euro, observée depuis des années, n’est pas sans conséquences sur le pouvoir d’achat des ménages. Les marchés à la veille de la fin de l’année en cours observent déjà des augmentations de prix sur des produits de large consommation tels que les légumes secs et les pâtes. La loi de finances prévoit en ce sens un taux d’inflation relativement important de 4,5 %. Ce taux se stabilisera à 5% en 2022-2023. Concernant les perspectives de l’évolution de l’économie nationale, elles se fondent dans la loi de finances 2021 sur des projections aléatoires : un taux de croissance de 4%, un baril moyen de pétrole à 40 dollars et une stabilisation des réserves de change à 46 milliards de dollars. Plusieurs spécialistes de l’économie nationale considèrent que ces projections sont trop optimistes, du moins pour le taux de croissance et le niveau de nos réserves en devises en l’an prochain. Un spécialiste financier, lui, observe à contrario que ce seuil est fixé en raison de la récession importante enregistrée en 2020. En clair, si une économie observe une chute importante de croissance l’année précédente, si on améliore de quelques points ce niveau très bas, on atteint un taux de croissance positif. La question est donc de savoir si l’économie nationale va pouvoir redémarrer l’an prochain avec moins de dégâts en termes de faillites d’entreprises et de pertes d’emplois. Pour l’instant, les observateurs de la scène économique nationale et les opérateurs sont dans le brouillard quant au redressement de l’économie nationale l’an prochain. Concernant les particuliers, la loi de finances 2021, rappelons-le, prévoit une augmentation des prix des cigarettes et de la bière forte ainsi que de la friperie du fait de l’augmentation de la taxe intérieure de consommation. Des dispositions qui vont entrer en application en janvier prochain. Elle prévoit également des abattements sur l’IRG pour les travailleurs handicapés moteurs et non-voyants dont le salaire est supérieur à 30 000 dinars et inférieur à 42 500 dinars. Ce qui veut dire une augmentation de salaire pour cette catégorie de travailleurs. Un taux de 15% d’IRG sera appliqué sur les revenus provenant de la location des propriétés non bâties et de la cession des biens bâtis et non bâtis contre 5% auparavant. Une retenue à la source de 1% est fixée pour les livrets ou comptes d’épargne pour la fraction d’intérêts inférieur ou égal à 50 000 dinars, 10% pour une fraction d’intérêt supérieure à 50 000 dinars. Il est également institué un droit de 2,5 dinars par kilogramme pour le sucre utilisé dans la production de boissons, confiseries et biscuits. Il est également supprimé la taxe annuelle sur les véhicules. Ce qui devrait rendre moins chère, en 2021, l’assurance automobile. L’article 79 prévoit une taxe de 500 dinars pour les véhicules de tourisme à chaque sortie aux frontières du pays (à chaque déplacement vers la Tunisie). Le paiement à vue est en outre porté à 45 jours pour les marchandises non essentielles importées à l’embarquement de la marchandise.
Enfin, la loi de finances 2021 ne prévoit pas d’augmentation des prix des carburants ni de réduction des subventions sur les prix des produits de large consommation, lait, pain, huile, sucre, gaz, électricité et eau. n