Gestion monétaire plus active, dynamisation de la Bourse d’Alger, ouverture du capital des banques publiques, création de nouvelles banques privées, réforme financière, partenariat public-privé, nouvelles incitations à l’Investissement direct étranger (IDE), rationalisation des dépenses, réduction à moyen terme des subventions et numérisation du secteur, tels sont les principaux axes de la nouvelle politique financière à mettre en œuvre d’ici 2024 pour surmonter la crise financière.

Dans ses réponses aux sénateurs, mardi dernier, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2021 par le Sénat, le ministre des Finances a laissé entendre que ce texte est l’un des instruments de la nouvelle politique financière destinée à mobiliser de nouvelles ressources financières hors budget de l’Etat, à renouer avec les équilibres macro-économiques, à rationaliser les dépenses ainsi qu’à relancer l’économie nationale. L’argentier du pays n’a pas manqué en ce sens d’énumérer les principaux axes de sa feuille de route à court et moyen termes. «Le projet de loi de finances (PLF) 2021 a pour objectifs de concourir à la diversification des sources de financement, au recours au marché financier à travers la redynamisation de la Bourse d’Alger, à la promotion du rôle des banques dans l’accompagnement et le soutien de l’investissement et des entreprises, l’ouverture du capital des banques publiques, l’ouverture de nouvelles banques privées, la promotion de la finance islamique et le recours au partenariat public privé».
Sur cette nouvelle forme de mobilisation de ressources financières hors budget de l’Etat qui, a-t-il expliqué, vise la création et la gestion de structures publiques à travers les financements du secteur privé contre les revenus d’exploitation de ces structures, il a indiqué que son département prépare un projet de loi sur le partenariat public-privé devant régir ce mécanisme de financement et définir les modalités de son fonctionnement. Il faut noter que dans cette formule de financement des nouveaux projets d’infrastructures ou d’installations de production d’énergie renouvelable, le Maroc et la Tunisie sont en avance, car ils ont pu financer plusieurs projets structurants grâce à ce moyen de financement.
En clair, il s’agit en particulier de projets d’infrastructures rentables tels que les ports et les autoroutes. Drainer les IDE fait également partie de ce programme. «La PLF 2021 a aussi pour objectif l’encouragement des IDE à travers l’annulation de la règle 51/49, la facilitation de l’accès au foncier et l’octroi d’avantages fiscaux. Le ministre des Finances a ajouté que la réforme du secteur fait partie du plan au même titre que sa numérisation.
Réduction des subventions : le mécanisme de ciblage pas encore opérationnel
Concernant la réduction des subventions qui fait partie de ce programme, Aymène Benabderahmane a indiqué que le gouvernement a entamé une étude avec le concours de l’assistance technique de la Banque mondiale, en 2016, pour l’élaboration d’une cartographie pour les catégories qui devaient être ciblées par les aides de l’Etat. C’est une opération complexe et sensible au plan social et économique qui exige une certaine méthodologie pour une réforme globale de ce système. Aussi, l’agence devait être mise en place à cet effet, sous l’égide du ministère des Finances pour poursuivre le programme de ciblage des ménages aux revenus modestes devant bénéficier du soutien direct de l’Etat. Autrement dit, le mécanisme de ciblage de cette catégorie de la population devant bénéficier de l’aide financière de l’Etat en compensation de l’augmentation des prix de produits subventionnés, actuellement, tels le lait, le pain, l’huile, le sucre, les carburants, l’électricité, le gaz et l’eau, n’est pas encore prêt. Tout comme l’agence prévue pour mettre en œuvre ce mécanisme de ciblage. Les transferts sociaux, dont les subventions se chiffrent, notons-le, à 1 930 milliards de dinars dans la PLF 2021, en augmentation de 80 milliards de dinars, pèsent sur le budget de l’Etat.
Le ministre des Finances a également répondu que le déficit budgétaire énorme prévu par la PLF 2021 sera financé grâce à une gestion monétaire plus active. «Concernant le déficit budgétaire, y compris celui de la Caisse nationale de retraite (CNR), il sera financé à travers le recours aux mécanismes de la politique monétaire. Il sera question d’utiliser une partie des réserves constituées par la Banque centrale et de placement d’une partie des fonds de la Banque d’Algérie en bons du Trésor, conformément à l’article 53 de l’Ordonnance n° 3-11. Parallèlement à ces mécanismes, sera opérée la dynamisation du marché des bons du Trésor à travers le rachat d’importants crédits bancaires et le refinancement des bons du Trésor émis en contrepartie du rachat de ces crédits bancaires. Cette opération de refinancement nécessite l’adaptation du règlement de la Banque d’Algérie au contexte économique et financier, ce qui devra garantir la liquidité nécessaire au profit des banques pour financer l’économie et permettre au Trésor de drainer une grande partie de cette liquidité dans le cadre de l’activité ordinaire du marché des valeurs du Trésor. Une démarche qui devra alléger la pression sur le budget de l’Etat et les finances publiques.»
Cette démarche pourra-t-elle éviter le recours à la planche à billets et à l’endettement extérieur ? Nous le saurons probablement l’an prochain. Dossier donc à suivre. n