Le président de la République signera aujourd’hui, à l’occasion de la tenue du dernier Conseil des ministres de l’année, la loi de finances 2018. Elle se veut une première étape vers le redressement des comptes de l’Etat, vers un retour de la croissance ainsi que vers la stabilisation des déficits si tout fonctionne comme prévu.

L’élément le plus significatif de cette nouvelle loi budgétaire est qu’elle prévoit une hausse de plus de 50% du budget d’équipement, tous postes confondus. En effet, la loi de finances 2018 prévoit des dépenses globales de 8 628 milliards de dinars composées de 4 043,31 milliards de dinars de dépenses d’équipement et de 4 584,46 milliards de dinars de dépenses de fonctionnement. Au chapitre des dépenses d’équipement, le plafond d’Autorisation de programme a été fixé à 3 170,5 milliards de dinars, destiné à la fois à couvrir le coût des réévaluations du programme en cours et le coût des programmes neufs susceptibles d’être inscrits au cours de l’année 2018. Il est également prévu de puiser dans le budget d’équipement pour le règlement des créances détenues sur l’Etat pour un montant de 400 milliards de dinars. Cette tendance à la hausse des dépenses d’équipement rompt avec deux exercices de fortes baisses, à raison de 16% en 2016 et 28% en 2017.
L’Exécutif s’est rendu à l’évidence que sans un retour effectif de la croissance, les projets de sortie de crise pourraient être renvoyés aux calendes grecques. Un virage non négligeable quand on sait que l’actuel exercice est marqué essentiellement par la coupe la plus importante que le budget d’équipement n’ait jamais connu de tous les temps. Nombre d’entreprises publiques et privées, évoluant principalement à l’ombre de la commande publique, vont devoir respirer désormais. Cette hausse était devenue donc inévitable, faute de quoi le coût social de la crise pourrait s’accroître sensiblement. Au plan fiscal, la mesure la plus emblématique de ce chapitre est de relever une fois de plus la taxe appliquée aux produits pétroliers. A compter de janvier prochain, les automobilistes et les industriels vont devoir payer plus cher leurs carburants à la faveur de cette nouvelle hausse contenue dans la loi de finances 2018. La Taxe sur les produits pétroliers (TPP) applicable sur les carburants augmentera ainsi de 5 DA/litre pour l’essence et de 2 DA/litre pour le gasoil. Difficile pour l’Etat de maintenir une politique dite de subventions généralisées à l’heure où il n’est plus probable de continuer à brûler la chandelle par les deux bouts. Le risque d’entretenir cette politique volontariste, grâce à laquelle des catégories sociales plus aisées profitent de l’essentiel des subventions, était trop grand, dans la mesure où les recettes ne sont plus en mesures de subvenir à des besoins sociaux multiples. Le rendement au plus bas des revenus d’hydrocarbures a poussé le gouvernement à prendre des mesures de sauvegarde et de rigueur budgétaire, faute de quoi la hausse des dépenses se traduira inévitablement par le creusement du déficit budgétaire. Au plan des déficits des comptes extérieurs, la loi de finances 2018 a mis en place une batterie de mesures destinées à dissuader l’importation de certains biens et consommables. Le but étant de réduire la facture d’importation et, par là même, le déficit de la balance des paiements et la fonte accélérée des réserves de changes. Il s’agit, entre autres mesures prévues dans la LF 2018, de l’institution d’une nouvelle taxe douanière fixée à 60%, applicable à tous les produits manufacturiers à caractère non prioritaires et à forte influence sur la balance des paiements en sus de la taxe actuelle fixée à 30%. Ces mesures fiscales de la LF 2018 s’inscrivent dans une stratégie globale de lutte contre les importations superflues dont le gouvernement a eu à s’exprimer sur les grandes lignes la semaine dernière. Par ailleurs, dans la loi budgétaire du prochain exercice, le gouvernement tente également de préserver certaines couvertures sociales à travers le maintien du même niveau des transferts sociaux. Ces derniers s’élèveront à 1 760 milliards dinars au titre des mobilisations budgétaires de 2018. Ainsi, par ces mesures budgétaires et fiscales prévues dans la loi de finances 2016, qui s’est vu retirer l’impôt sur la fortune, une mesure tout aussi symbolique qu’emblématique, également, le gouvernement tente de préserver les grands équilibres tout en amorçant un virage vers une gestion plus intelligente des budgets.