L’Observatoire national de veille sur la disponibilité des produits pharmaceutiques sera installé aujourd’hui par le ministre chargé de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed. L’annonce a été faite hier par le président de l’Ordre national des pharmaciens, le docteur Abdelkrim Touahria, poste qu’occupait auparavant M. Benbahmed avant ses fonctions ministérielles actuelles.

Cette structure de veille a été créée fin janvier dernier par un arrêté du ministre de l’Industrie pharmaceutique pour avoir la meilleure visibilité possible du marché algérien du médicament et de le réguler. Elle est placée sous sa tutelle avec l’objectif «d’avoir une visibilité en temps réel sur la liste des médicaments en rupture totale de stocks ou sous tension, à travers une plateforme numérique qui sera renseignée de façon régulière par toutes les parties concernées, producteurs, importateurs, distributeurs, pharmaciens d’officine et hospitaliers», a expliqué à l’APS le docteur Touahria.
Selon le président de l’Ordre des pharmaciens, il s’agit également de faire des propositions sur les solutions et les mesures adéquates afin d’assurer la disponibilité permanente des produits pharmaceutiques, notamment essentiels dans le cadre de la stratégie mise en place par le ministère de l’Industrie pharmaceutique. «Cette stratégie, a-t-il relevé, vise à prévenir les ruptures et les difficultés d’approvisionnements en veillant sur la traçabilité du circuit du médicament depuis sa production ou son importation jusqu’au malade et éviter ainsi les problèmes de surstock, de rétention et de vente concomitante, une pratique anti-déontologique». Il s’agira d’établir la liste des médicaments essentiels pour une meilleure prise en charge du citoyen notamment les pathologies lourdes (maladies chroniques, cancers…) ainsi qu’une meilleure régulation pour une meilleure maîtrise et une meilleure gestion de ce secteur, a expliqué le docteur Touahria.
Selon ce responsable de l’Ordre national des pharmaciens, les ruptures d’approvisionnement sont une réalité dont les causes sont diverses et multiples, comme l’absence de visibilité sur les stocks existants et l’absence de statistiques de consommation. Il cite également comme causes l’absence de coordination entre prescripteurs et dispensateurs, l’absence de visibilité sur la liste des produits en rupture, sous tension ou en difficulté d’approvisionnement et une utilisation non rationnelle des prescripteurs ou des citoyens.
Dans une déclaration récente, le ministre de l’Industrie pharmaceutique a déclaré que le marché national du médicament et des dispositifs médicaux – 4 milliards d’euros chaque année – était dérégulé et qu’il s’agit de faire disparaître cette anomalie en sachant qui produit quoi et qui importe quoi par rapport aux besoins du pays.

«Approche globale»
Le signe avant-coureur de la création de l’Observatoire a été l’entrée en vigueur, en octobre 2020, de «l’attestation de régulation», un outil imposé aux importateurs et qui, avait-il dit dans un entretien avec notre confrère Liberté, «permettra de ne plus importer ce qui est produit localement et ensuite de n’apporter de l’étranger que ce dont nous avons besoin». «Ce qui est étonnant, c’est que les ruptures de traitements concernent le plus souvent des gammes qui ne coûtent pas cher, ou celles qui ne sont pas très intéressantes économiquement. Alors que les produits médicamenteux coûteux sont disponibles. Les gens faisaient et importaient ce qu’ils voulaient et ce qui les intéressait», avait-il affirmé.
«Le ministère de l’Industrie pharmaceutique est là pour réguler l’importation et la production nationale, conformément à un décret qui nous donne la prérogative de mettre une politique pharmaceutique pour assurer la disponibilité des médicaments, tout en contrôlant ce qui manque dans notre pays. Nous avons aujourd’hui une approche globale, alors qu’avant, nous avions une approche budgétivore», avait ajouté M. Benbahmed.
Ainsi, selon le président de l’Ordre des pharmaciens, M. Touahria, il a été décidé de créer l’observatoire pour toutes ces raisons et dans le cadre d’une stratégie mise en place par le ministère de l’Industrie pharmaceutique en collaboration avec toutes les parties concernées, à savoir l’Agence nationale du médicament (ANM), les producteurs, les distributeurs, les syndicats, les fédérations, les associations et les Ordres des médecins et des pharmaciens. Fin 2020, le directeur de l’ANM, Kamel Mansouri, avait déclaré que le marché local du médicament a connu des ruptures de près de 100 médicaments. Il avait ajouté que la mise en place de l’observatoire de veille sur la disponibilité des produits pharmaceutiques allait contribuer à régler le problème des ruptures. Selon des observateurs du marché, le souhait de certains opérateurs était de faire de l’Observateur une structure indépendante, soit de le placer sous la tutelle de l’agence de sécurité sanitaire ou du Cnes. Ils s’étonnent que le ministère de la Santé et Saidal ne fassent pas partie de sa composante alors que la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) y figure.