Le romancier à succès Yasmina Khadra livre son parcours personnel, son enfance et ses origines, son rapport avec la langue et la littérature française ou encore le conflit entre sa vocation d’écrivain et son métier d’officier militaire dans un recueil d’entretiens, accordés à la journaliste française Catherine Lalanne, et intitulé «Le baiser et la morsure».
Cet ouvrage de 204 pages, publié en Algérie aux éditions Casbah, comporte également un texte écrit en 2019 et conduit comme un entretien entre l’écrivain et «El Bahdja», une femme symbolisant Alger, avec qui Yasmina Khadra dit vouloir «se focaliser sur le mauvais côté si l’on veut assainir nos lendemains» avant de se réconcilier avec eux-mêmes. L’auteur reproche à «El Bahdja» de prêter l’oreille aux «rumeurs assassines» à son encontre en en faisant des «certitudes» et pleure «une diva orpheline de sa légende» et la Casbah qui «s’effrite et croule sur sa mémoire». Le romancier raconte la naissance de Yasmina Khadra, le 1er novembre 1994 «au cimetière de Sidi Ali à Mostaganem où une bombe terroriste, dissimulée dans la tombe d’un martyr, avait tué cinq merveilleux petits scouts». Mohamed Moulessehoul «y étais ce jour-là, face à cette boucherie» et un mois plus il avait entre les mains le roman qui allait le révéler au grand public, «Morituri». Ce pseudonyme d’écrivain lui vient, dit-il des prénoms de son épouse, Amal Yasmina Khadra, qui a décidé de «lui donner ses prénoms pour la postérité» et de signer les contrats d’édition à sa place tant qu’il était sous les drapeaux. Abordant le conflit entre sa vocation d’écrivain et son métier d’officier militaire, l’auteur dira que «la carrière de l’officier a été gâchée par la vocation de l’écrivain, mais le commandant doit son courage et sa droiture au romancier». Lui qui écrivait et publiait dans le secret, a confié que «A quoi rêvent les loups» et «Les agneaux du seigneur» ont été écrits «sur les lieux mêmes de la tragédie». Interrogé sur sa famille et ses origines, Yasmina Khadra évoque la naissance de la lignée des Moulessehoul installée dans la Saoura au XIIIe siècle, la jeunesse de son père dans les mines de charbon de Kenadsa, son rapport avec sa mère, son enfance à l’école des cadets et sa rencontre avec son épouse, «la frêle adolescente devenue son inspiratrice, sa lectrice, son compagnon d’armes, et son ange gardien». Il raconte avoir rêvé dans son enfance de devenir poète dans la langue d’El Moutanabbi, lui qui avait suivi tout un cursus en arabe, mais son rêve d’enfant a changé après avoir découvert, grâce à son professeur, «L’étranger» d’Albert Camus, un livre qui lui «rendait accessible la complexité des êtres». La journaliste Catherine Lalanne remonte également le fil des rapports de l’auteur aux femmes qui ont marqué sa vie à travers leur présence dans ses écrits en commençant par sa mère à qui il a été arraché à l’âge de neuf ans, une femme qui aime son fils à la folie sans qu’aucun des deux «n’arrive à trouver la combinaison qui rapprocherait leurs deux mondes». L’ouvrage propose également un album photo comportant de nombreux clichés de l’enfance de l’auteur avec sa famille et ses camarades de l’école militaire et de nombreuses photographies récentes de l’auteur à l’occasion de divers événements culturels et rencontres. Né en 1955 à Kenadsa, Yasmina Khadra, a publié ses premiers recueils de nouvelles «Amen» et «Houria» en 1984. Il est d’abord connu pour sa trilogie sur les années de violence terroriste en Algérie composée des romans «Morituri» (1997), «Les agneaux du seigneur» (1998) et «A quoi rêvent les loups» (1999). Il est l’auteur d’une trentaine de romans, traduits pour la plupart dans de nombreuses langues, dont «Ce que le jour doit à la nuit» (2008), «L’Olympe des infortunes» (2010), «Les anges meurent de nos blessures» (2013), ou encore «L’outrage fait à Sarah Ikker «(2019). Certaines de ses œuvres ont été portées à l’écran comme «Morituri», «L’attentat» et «Ce que le jour doit à la nuit» alors que «Les hirondelles de Kaboul» a été adapté en film d’animation. (APS)