Lauréat en 2016 du prix Mohamed-Dib pour le texte « La Fatwa », le romancier et nouvelliste Mustapha Bouchareb était présent lundi pour un débat suivi d’une dédicace avec plusieurs de ses lecteurs. La rencontre,  organisée par l’éditeur au Bastion 23, a été l’occasion pour l’auteur de faire savoir qu’il poursuivait actuellement l’écriture de deux nouveaux ouvrages.

« Je travaille actuellement sur deux projets de roman, l’un avec un thème proche du texte « La Fatwa », alors que l’autre est complètement différent», dira l’auteur qui est, par ailleurs revenu sur l’écriture du texte, mais aussi sur les places accordées aux aspects réel et imaginaire. L’auteur de « La Fatwa », publié depuis aux éditions Chihab et qui met en scène l’histoire d’un Algérien expatrié en Arabie saoudite pour son travail –  Mustapha Bouchareb est professeur universitaire ayant exercé en Arabie saoudite plus de dix ans – a expliqué que son ouvrage, dont l’élément central est une « fatwa » interdisant aux femmes de conduire, n’avait pas pour but d’apporter une critique sur la société ou la politique intérieure saoudienne, mais s’explique davantage par une continuité avec la trame de précédents textes. « J’avais publié deux recueils de nouvelles aux éditions L’Harmattan, ‘’la Troisième moitié de soi’’ et ‘’les Transformations du verbe être par temps de pluie’’, qui avaient déjà pour cadre la ville de Riad, où je résidais (…) Ces nouvelles traitaient entre autres de l’Arabie saoudite, de sa capitale. Bien que le côté social ou politique est pour moi secondaire ». L’auteur, qui fera savoir que l’écriture du roman a été assez rapide, « deux ou trois mois », soutient qu’il a néanmoins nécessité un plus long travail de réécriture. « J’avais fini le manuscrit en 2014, mais il est longtemps resté en plan avant de prendre sa forme finale en 2016 ». La définition du caractère du personnage principal, algérien originaire du M’zab du nom de Zakariya Bodia, a également retenu l’attention des lecteurs du fait de sa culture mozabite. L’auteur explique à ce titre qu’il s’agissait pour lui de mettre en avant une culture jusque-là « absente » de la littérature algérienne. « A ma connaissance, il n’y a jamais eu dans la littérature algérienne un personnage de héros mozabite (…) Pour cette raison, je me suis dit que ce serait original de le faire », avant d’ajouter qu’un tel personnage dans le contexte saoudien pouvait également donner plus de «contraste» à l’histoire. «Je voulais un personnage qui soit complètement différent du personnage féminin (…) Il est donc Algérien et originaire du M’zab ».
La rencontre avec les lecteurs  a également permis de revenir sur la publication du livre en Algérie, rappelant ici que son texte avait été accepté par les organisateurs du prix Mohammed-Dib avant même qu’il ne soit publié. « L’attribution du prix Mohamed-Dib a permis au manuscrit d’être publié par la suite. Je n’ai eu aucune difficulté à trouver un éditeur, peut-être que cela aurait été différent sans la distinction (…) Recevoir ce prix est également pour moi une forme de reconnaissance pour ce que j’ai fait avant ». Mustapha Bouchareb nous a également précisé que ce fut dans ce même contexte de participation au prix Mohamed-Dib que le titre « La Fatwa » avait été décidé. « J’étais conscient que ce titre pouvait être perçu  comme provocateur. En fait, ce n’est pas le premier titre original (…) mais il se trouve que j’ai envoyé le manuscrit pour le prix Mohamed-Dib avec ce titre-là. Nous avons donc décidé de le conserver », l’idée étant ainsi d’une certaine manière de pointer les «avis » religieux fantaisistes ou excessifs. «Pour émettre une fatwa, la personne doit être mesurée, ne pas se précipiter (…) Mais ce que l’on constate aujourd’hui est que les fatwa sont maintenant quotidiennes et sur n’importe quel sujet. Il suffit d’allumer sa télévision (…) C’est un phénomène que l’on  retrouve partout, en Algérie bien sûr… Cela peut devenir dangereux si on laisse n’importe qui émettre des avis ».