Le prix Nobel de littérature 2001, l’écrivain britannique Vidiadhar Surajprasad Naipaul, plus connu sous le nom de V.S Naipaul, est mort avant-hier soir à Londres. Il s’est éteint à l’âge de 85 ans et laisse une œuvre importante mais qui sent néanmoins le souffre.

On se souvient qu’à l’époque l’écrivain algérien Rachid Boudjedra lui avait consacré un texte dans lequel il lui reproche ses idées : raciste, anti-tiers-mondiste, apologue des colonisations occidentales et on en passe. « Sir Vidia », parce que l’écrivain né en août 1932 dans les Antilles britanniques, à Port of Spain, la capitale de Trinité-et-Tobago, d’une famille d’immigrés indiens, n’aimait pas l’islam et il le disait. Il détestait les musulmans et les peuples issus des décolonisations sur lesquels il avait écrit plusieurs récits de voyage en Asie, le Pakistan et l’Iran notamment, et il le clamait jusqu’à faire réagir l’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (Isesco) qui avait regretté l’attribution du Nobel à un écrivain connu « pour ses écrits préjudiciables à l’Islam et aux musulmans ».

Son « Crépuscule sur l’islam : voyage au pays des croyants » a été décrit à sa sortie en 1981 par le grand Edward Said de « catastrophe intellectuelle ». Il récidivera en 1991 avec « Jusqu’au bout de la foi » mais le critique palestino-américain qui l’évoquera avec sévérité souvent dans les analyses politiques de ses textes et le qualifiera de néocolonialiste ne manquera pas de saluer ses talents d’écrivain, plus indulgent que le Nobel Caribéen Derek Walcott qui dira que Naipaul « n’aime pas les nègres » et que sa prose est défigurée par «la répulsion que lui inspirent manifestement les Noirs». En 1979, le nigérian Chinua Achebe dira de « A la courbe du fleuve », récit sur un pays africain sans nom mais après l’indépendance, l’ex-Congo belge et l’ex-Zaire prétendront certains critiques, que c’est un roman bourré d’«ineptie pompeuse».

V.S Naipaul, ciseleur de la langue anglaise, ancien d’Oxford où il a étudié la littérature après son installation en Angleterre en 1953, grand admirateur de Joseph Conrad, avait une devise : écrire ce que l’on voit et ne pas se préoccuper de ce qu’on en dira. Aujourd’hui, on dira peut-être de lui que c’est un islamophobe radical et un romancier d’extrême droite, mais les entretiens qu’il a donnés durant les années 2000 révèlent quelques nuances intéressantes sur son rapport au monde et dans son regard sur l’Occident et son pays, la Grande-Bretagne qu’il critiquait avec une froide ironie alors qu’il y est considéré comme une icône comme on le voit après l’annonce de son décès. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’était pas un progressiste. Il avait traité le perfide Tony Blair de « pirate » à la tête d’une « révolution socialiste », acharné à « détruire l’idée de civilisation » au Royaume-Uni, disait ne pas aimer E.M Forster et Keynes pour leur homosexualité. Jamais, il n’a prétendu qu’il était un type bien, y compris dans sa vie privée comme c’est écrit par son biographe Patrick French. Beaucoup de grands écrivains ne l’étaient pas et il laisse des textes, les premiers peut-être, qui valent le détour comme Le « Masseur mystique », « Le Suffrage d’Elvira », et « Une maison pour Monsieur Biswas » surtout, roman de 1861 fortement biographique sur son père et son enfance caribéenne à Trinidad.

 « Il était un géant dans tout ce qu’il a accompli et il est mort entouré par ceux qu’il aimait, ayant vécu une vie pleine de créativité merveilleuse et d’efforts », a déclaré sa femme, Lady Naipaul, en annonçant samedi son décès dans un communiqué. Sa disparition est une « perte majeure pour le monde de la littérature », a tweeté le Premier ministre indien Narendra Modi. « On se souviendra de Sir VS Naipaul pour son œuvre abondante, qui couvrait des sujets allant de l’histoire, à la culture, au colonialisme, à la politique et bien d’autres encore ». Salman Rushdie lui a rendu un hommage « Nous avons été en désaccord toute notre vie, sur la politique, la littérature », a-t-il tweeté, ajoutant cependant qu’il était « triste comme si je venais de perdre un grand-frère bien-aimé.