Mino Raiola, décédé ce samedi à 54 ans des suites d’une longue maladie, s’est forgé une sacrée réputation au fil des années dans le monde du football. Loin d’être prédestiné à une telle carrière autour du ballon rond, Carmine le sulfureux a pourtant marqué le marché des transferts de son empreinte. Une star parmi les stars. Voilà comment résumer la carrière de Mino Raiola en quelques mots. Agent de joueurs dont la renommée n’aura peut-être jamais d’égal sur la planète football, l’Italo-Néerlandais s’est éteint ce samedi à l’âge de 54 ans. Cette fois, pas de doute : après l’épisode de sa fausse mort, survenue pas plus tard que jeudi, Mino Raiola a fini par perdre son combat face à la maladie pulmonaire qu’il avait contractée il y a de longs mois. «Dans un chagrin infini, nous annonçons le décès du plus bienveillant et merveilleux agent qui ait vécu. Mino s’est battu jusqu’à la fin avec la même force qu’il avait à la table des négociations lorsqu’il fallait défendre nos joueurs», indique notamment le communiqué publié par l’entourage de celui qui régnait sur le marché des transferts depuis près de 30 ans, et dont la carrière d’agent demeure bien différente de tous ses confrères.

Une carrière lancée presque au hasard
Parti de rien pour atteindre les sommets, tel est le récit de la vie de Mino Raiola. Pourtant, rien ne le prédestinait à cela. Le natif de Nocera Inferiore (Campanie, en Italie) n’aura finalement vécu qu’un an dans la Botte. Moment où ses parents déménagent à Harleem (Pays-Bas) et décident de monter leur affaire dans la restauration : le Ristorante Napoli. Carmine, de son vrai prénom, n’avait en revanche pas tout d’un pizzaïolo ordinaire, si ce n’est qu’il donnait un coup de main à la plonge, au service, et se mêlait évidemment de la partie financière du restaurant. L’étudiant en droit met un pied dans le monde du football après avoir entamé sa vie de businessman (il a notamment été propriétaire d’un McDonald’s), et surtout après avoir joué avec les jeunes du HFC Harleem. C’est dans ce club qu’il a grimpé les échelons, passant par exemple de responsable des jeunes à directeur sportif en l’espace de quelques années. La vie de ce polyglotte a basculé le jour où un agent lui a demandé de faire la traduction pour un de ses clients. Dès 1993, il intervient en tant qu’intermédiaire dans le transfert de Dennis Bergkamp et Wim Jonk de l’Ajax Amsterdam à l’Inter Milan. Les prémices d’une carrière hors-norme pour un homme qui deviendra finalement un super-agent, aussi idolâtré que détesté dans le monde du ballon rond.

Une réputation d’affreux dans les clubs
C’est ainsi somme toute logique que Mino Raiola devient agent de joueurs FIFA et lance pleinement sa nouvelle vie, à laquelle il se consacre corps et âme… à sa manière. Comme un symbole de sa forte personnalité et de son caractère redouté par les dirigeants des plus grands clubs du monde, le premier gros coup de l’Italo-Néerlandais se nomme Zlatan Ibrahimovic, et ce, malgré le transfert, en 2001, de Pavel Nedved vers la Lazio à la Juventus pour 41 M€. Un peu à l’image du Suédois, réputé pour son égo surdimensionné, Carmine Raiola a bâti sa réputation sur un franc-parler défiant toutes les formules de politesse. Ce n’est pas Pep Guardiola, qu’il a dépeint comme «un zéro, un lâche, un chien» après avoir mis Ibra à l’écart au Barça, qui dira le contraire.
Craint par les directions pour sa robustesse dans les négociations et ses demandes toujours plus gourmandes les unes que les autres, cet agent sulfureux a toujours été guidé par l’argent et l’envie de dénicher le meilleur contrat pour ses protégés, qu’il comparait à des œuvres d’art (Ibrahimovic était par exemple «sa Joconde»). Ce qui ne les dérangeait d’ailleurs pas outre-mesure, eux qui avaient bien conscience de cela. «Je n’ai pas de pouvoir ou d’influence. Mon job est de trouver le meilleur deal pour mes joueurs, rien de plus», expliquait, simplement, le principal concerné à la BBC en février 2021.

Des coups historiques sur le mercato
En cas de litige, Raiola, forte-tête, ne retenait pas ses joueurs, avec qui il entretenait toutefois des relations fortes. C’est ainsi qu’il a réussi à attirer Mario Balotelli, Gianluigi Donnarumma, Erling Haaland, Matthijs de Ligt ou encore Paul Pogba au cours de sa carrière. La Pioche restera d’ailleurs l’un de ses plus jolis coups, avec, à l’été 2016, un passage de la Juventus à Manchester United pour un transfert de l’ordre de 105 M€ (le plus gros de l’histoire à l’époque). Plus récemment, il était parvenu à placer Matthijs de Ligt, «sa Ronde de nuit de Rembrandt», à la Juventus pour 85,5 M€. Sa proximité avec le PSG et la direction francilienne ne faisait aussi guère de doute, en témoigne la relation entre Raiola et Marco Verratti, qui lui aurait été offerte sur un plateau. Mino Raiola était surtout en passe de vivre un été plus que mouvementé, ne serait-ce qu’avec l’épineux dossier Erling Haaland à finaliser. Le Cyborg norvégien n’a beau disposer «que» d’une clause de 75 M€ avec le Borussia Dortmund, celui qui s’était offert la villa d’Al Capone à Miami, en 2016, n’a pas hésité à faire grimper les enchères pour obtenir une part conséquente du gâteau dans cette opération chiffrée en fin de compte à quelques centaines de millions d’euros. Ses poulains vont devoir apprendre à vivre sans lui. Les clubs voient eux un «ennemi» redoutable en moins sur le marché, bien que Mino Raiola laissera sans aucun doute une empreinte gravée à jamais dans l’histoire du football.