A quelques jours seulement de l’Aïd El-Adha, prévu vendredi, la pression ne s’estompe pas au niveau des agences d’Algérie Poste où des dizaines de personnes s’agglutinent chaque jour pour effectuer des opérations de retrait d’argent sur leur compte. A mesure que cette tension s’inscrit dans la durée, il ne fait pas de doute pour le commun des Algériens qu’il y a un bel et bien un problème de liquidités dans les agences d’Algérie Poste. Ce n’est pas cependant l’avis du ministre des Finances, Aymen Benabderahmane, pour qui il y a plutôt des «perturbations et non pas un manque», évoquant des «des problèmes de distribution de liquidités en raison du confinement et des difficultés de se déplacer pour le personnel postier» en cette période de crise sanitaire de la Covid-19.
Le ministre, qui a annoncé qu’un comité vient d’être installé pour «recenser toutes ces perturbations de liquidités», a invité les usagers à utiliser les cartes de paiement qui sont opérationnelles dans «pratiquement» tous les distributeurs. Ce qui leur facilitera beaucoup la tâche et leur évitera les regroupements inutiles qui favorisent la propagation du coronavirus». Pour sa part, le ministre de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique Brahim Boumzar n’hésite plus désormais à convoquer les chiffres pour indiquer un vrai manque de liquidités. Le responsable a précisé, jeudi, sur le plateau de la Télévision nationale que 66 milliards de dinars ont été retirés en une semaine, ce qui représente une moyenne entre 11 et 14 milliards par jour.
Avant cette évaluation chiffrée, M. Boumzar a fait état de 80 millions de transactions qui ont été enregistrées au cours des six premiers mois de l’année en cours dans le secteur de la poste, ce qu’il a considéré comme «excessif» comparativement aux données des pays voisins. En tout état de cause et au-delà du fait que les deux ministres ne lisent pas de la même manière la situation de crise au niveau d’Algérie Poste, les titulaires de CCP ne savent plus à quel saint se vouer au moment où la fête de l’Aïd et son lot de dépenses approche à grands pas. D’autant plus que les mesures d’urgence décidées la semaine écoulée n’ont pas eu d’impact sur la crise. Car, ni le plafonnement de la valeur des retraits ni l’ouverture des agences durant le week-end dans certaines wilayas n’ont atténué la pression toujours visible devant les agences.
Dans la capitale, le décor est resté le même que ce soit à El Harrach, Bordj El Kiffan, Belouizdad, Ben Aknoun avec des files interminables devant les agences. Pourtant M. Boumzar avait fait part de son «optimisme» quant aux effets positifs attendus suite au plafonnement des retraits et l’ouverture de certaines agences durant le week-end. Ces deux mesures «permettraient à tout le monde d’encaisser son argent et régler du coup le problème du manque de liquidités», a-t-il dit. Il avait tenu, par la même occasion, à rassurer les citoyens de la disponibilité des liquidités au niveau de l’ensemble des bureaux de poste répartis à travers le territoire national», tout en faisant part d’un travail de collaboration avec la Banque d’Algérie pour une meilleure prestation de service.
Maintenant que plusieurs éléments attestent d’un véritable problème de manque de liquidités, ne faudrait-il pas revenir au compte rendu de la Banque d’Algérie sur la situation économique du pays durant le 1er semestre 2020 et les perspectives d’évolution ? La Banque d’Algérie avait indiqué alors que «la liquidité globale des banques a poursuivi sa baisse en 2020, passant de 1 557,6 milliards de dinars à fin 2018, à 1 100,8 milliards de dinars à fin 2019, pour atteindre 916,7 milliards de dinars à fin mai 2020, soit une contraction de la liquidité bancaire de 184,2 milliards de dinars par rapport à son niveau enregistré à fin 2019». <