Le manque de confiance, l’absence de généralisation de la carte de retrait et de paiement bancaire, l’absence d’incitation à l’épargne, notamment de sa relation avec le financement du logement, les effets négatifs de la Covid-19 sont pointés du doigt…

Rachid Sekak, économiste, contacté par Reporters, explique que plusieurs raisons sont à la source des graves problèmes de liquidité que rencontre le pays et qui sont à l’origine des longues queues persistantes et des longues attentes devant les guichets de la Poste et donc des difficultés pour les retraités et les particuliers à retirer leur argent détenu par la Poste dans un contexte de crise sanitaire. Cette situation contraint des particuliers à ne pas respecter les gestes barrières et donc à accroître les risques de contamination à la Covid-19. Ce qui exacerbe ce manque de liquidité, souligne ce spécialiste, c’est le manque de cash. Les banques publiques en difficultés, en raison des effets de la crise sanitaire, déposent moins de cash à la Banque d’Algérie, a-t-il relevé, ce qui pose des difficultés à la Banque centrale pour alimenter la Poste en cash. Ce qui exacerbe ce manque de liquidité, c’est aussi le fait que les retraités, à partir du 20 du mois, retirent la totalité ou une grande partie de leur pension. A cela s’ajoutent les retraits massifs d’argent par les particuliers en raison d’un manque de confiance. Autre raison citée, l’absence de généralisation de la carte de retrait et de paiement bancaire. L’une des sources importantes de ce manque de liquidité est aussi la « désinclusion financière », souligne l’économiste, c’est-à-dire l’absence d’incitatifs ou de motivations à l’épargne. En particulier, la décision des gouvernants précédents de faire abstraction de la relation entre l’épargne et le financement du logement. L’Etat continue à financer tous azimuts le logement. Ce qui dans la situation financière difficile dans laquelle se trouve le pays s’avère insoutenable. Le logement social devra être financé par l’Etat. Pour les autres catégories de la population, le logement devra être financé par des formules épargne-logement, a soutenu Rachid Sekak.
Quant au financement du déficit budgétaire par les bons du Trésor et les réserves de la Banque centrale, solutions indiquées par le ministre des Finances, Rachid Sekak se demande concernant la première option qui va souscrire à ces bons du Trésor ? Les banques et les sociétés d’assurances sont en manque de liquidité. Pour les réserves de la Banque centrale, puisées pour réduire le déficit budgétaire très lourd en 2021, il s’agit plutôt de gains de change. Quand l’argent rentre à la Banque d’Algérie à un moment, le taux de change est à 125 dinars pour un euro, au moment de l’importation, le taux de change est à 145 dinars pour un euro. La Banque réalise ainsi à la faveur de ce différentiel des bénéfices ou des dividendes. Le Gouvernement puise donc sur les dividendes de la Banque d’Algérie tirés de ces gains de change pour financer le déficit budgétaire. Ce déficit est donc financé par la dévaluation du dinar. La dévaluation du dinar fait donc augmenter les recettes fiscales pétrolières et donc réduit le déficit budgétaire. Le gouvernement utilise donc l’instrument de la dévaluation du dinar pour réduire le déficit budgétaire. Il est énorme : 13,5% du PIB. Cette dévaluation a pour effet pervers d’accroître la facture importations, a soutenu Rachid Sekak, qui observe in fine que ces solutions ne sont pas des solutions. Elles ne règlent pas, loin s’en faut, les difficultés financières du pays. La véritable solution est l’application, a-t-il rappelé encore une fois, des réformes structurelles : réforme bancaire, réforme fiscale, réforme budgétaire…