L’Algérie propose d’abriter « un forum de réconciliation nationale » afin de rapprocher les belligérants libyens. La proposition a été faite lors du 8e sommet du Comité de haut niveau de l’Union africaine, tenu jeudi à Brazzaville, en République du Congo, durant lequel a été réaffirmé l’attachement à l’intégrité territoriale de ce pays, à son unité nationale et à son indépendance.

Le Premier ministre Abdelaziz Djerad a réitéré, à l’occasion, la « disponibilité» de l’Algérie à rapprocher les positions des parties en Libye et abriter toute réunion inter-libyenne afin de «contribuer à trouver une solution à la crise et jeter les bases d’un nouvel Etat stable». «L’Algérie, qui se tient à équidistance entre les deux parties libyennes, fait preuve d’un maximum de neutralité, tout en appuyant la légitimité des institutions reconnues internationalement », a-t-il déclaré lors du sommet. Le Comité a pris note de l’offre de l’Algérie. Ce «Forum de réconciliation» inter-libyen est prévu durant l’année 2020 en coordination avec les Nations unies et devra proposer une période de transition, présenter un avant-projet de Constitution, suggérer une date du référendum constitutionnel et des élections présidentielle et législative. Le Sommet de Brazzaville a vu l’intention remarquée de l’Union africaine de revenir au-devant de la scène sur ce dossier brûlant. Le Comité de haut niveau a appelé les Etats membres de l’UA « à déployer des observateurs militaires, une fois les conditions réunies, pour participer au mécanisme de surveillance du cessez-le-feu et être en lien avec les parties libyennes ». A été rappelé la nécessité d’une stratégie consensuelle visant une solution politique négociée tout en excluant la solution militaire et l’ingérence extérieure. Pour Alger, « il n’est pas logique de marginaliser l’Afrique dans une question qui touche un Etat membre de l’UA et qui connaît une guerre fratricide ». Cette situation « fort préoccupante » pourrait avoir des incidences dans les pays voisins, notera M. Djerrad. L’Algérie, qui plaide pour la solution politique, estime, par la voix de son représentant, que «c’est la seule voie à même de permettre de sortir de la crise et de préserver la souveraineté de la Libye, son intégrité territoriale et l’intégrité de son peuple ». L’Algérie continuera de jouer un « rôle moteur » dans le règlement «le plus rapidement possible» de la crise libyenne, a de son côté affirmé le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum. « La solution ne peut venir que des Libyens eux-mêmes avec l’aide internationale et notamment des pays voisins », a-t-il noté. Alger, qui a abrité, le 23 janvier dernier, la réunion des ministres des Affaires étrangères des pays voisins de la Libye, s’installe comme un acteur incontournable. Le chef de la diplomatie algérienne a insisté sur le rôle de l’Algérie qui vise «à donner un rôle encore plus important à l’Union africaine dans la résolution de la crise libyenne » faisant noter que «beaucoup d’acteurs attendent l’expression de la position algérienne», ajoutant que « les gens nous écoutent, maintenant, beaucoup mieux qu’avant».
Inquiétudes sur l’arrivée «massive» de combattants
Pour le représentant spécial et chef de la mission d’appui des Nations unies pour la Libye, Ghassan Salamé, la situation en Libye reste chaotique. Et «l’arrivée massive en Libye de combattants non libyens avec des statuts juridiques différents » accroît les tensions et les possibilités de combat dans ce pays.
« Ces combattants travaillent notamment pour des entreprises privées de sécurité. Ce sont aussi des experts gouvernementaux travaillant pour l’un ou l’autre camp, des mercenaires qu’on a vu sur d’autres théâtres de combats ainsi que des combattants idéologiques qui viennent défendre leurs idéologies», a-t-il fait savoir. Il a alerté, en outre, sur «l’arrivée d’importantes quantités d’équipements militaires». «Nous avons constaté, au cours des derniers mois, une nette extension géographique des combats et un net crescendo dans la qualité des instruments militaires utilisés dont des drones qui ont été massivement utilisés », a-t-il ajouté, faisant savoir qu’« une défense antiaérienne, dotée de missiles américains et de drones, a été installée récemment dans 6 aéroports de l’est et de l’ouest» de la Libye.
Il a également noté des « interventions directes étrangères en Libye, où des dizaines de cargos et d’avions atterrissent dans des bases comme à Benina en soutien aux forces de Khalifa Haftar, et des navires et corvettes en rade à Mesrata et Tripoli». Une situation fort inquiétante. «Toutes ces nouvelles ne sont pas bonnes car elles indiquent que le conflit libyen est devenu un élément d’ingérence extérieur qui conduit à une situation humanitaire des plus préoccupantes», a-t-il alerté, estimant que «plus de 173 000 Libyens ont quitté leurs maisons pour se réfugier dans des pays voisins comme la Tunisie. Pour Ghassan Salamé, « c’est une guerre qui coûte chère à la Libye», qui n’exporte actuellement que 5% seulement de son potentiel de production pétrolière.