Le décathlonien Larbi Bouraâda s’était récemment livré dans un tweet pour parler de la situation sociale compliquée qu’il vivrait. Six jours plus tard, la Fédération algérienne d’athlétisme (FAA) s’est fendue d’un communiqué qui avait des allures de démenti. Son contenu évoquait le volet purement sportif. C’est dire qu’il était à côté de la plaque.

Le 5 juin dernier, dans la foulée d’un post du demi-fondiste Taoufik Makhloufi, son compatriote Larbi Bouraâda a utilisé Twitter pour dénoncer le fait qu’il soit, lui aussi, livré à lui-même. Sauf que le 5e des Jeux Olympique 2016 de Rio de Janeiro (Brésil) avait plus axer sa plainte sur l’aspect civil. « Je n’ai pas de bourse et mon père subvient toujours à mes besoins. Je n’ai pas le moindre sou, je mange des sandwichs après mes entraînements et je fais vivre mes filles avec la bénédiction du Bon Dieu », a tweeté le recordman du décathlon en Afrique (8521 points). Pire encore, c’est le statut social du médaillé d’or des Jeux Africains 2019 de Rabat (Maroc) qui fait froid dans le dos : « Je n’ai pas de couverture sociale ni carte Chifa », révèle celui qui a fêté ses 32 ans le 10 mai écoulé en précisant « je ne parle pas que de ma personne mais de l’ensemble des sportifs d’élite en Algérie».

Liste de « providences »
Si le ministre de la Jeunesse et des Sports (MJS), Sid-Ali Khaldi, n’a pas réagi à ce cri de détresse comme il l’avait fait avec Makhloufi, la Fédération algérienne d’athlétisme (FAA) a répondupar un communiqué à ce sujet. Et il était, pour le moins, « étrange ».
La structure fédérale a apporté des précisions à propos de la campagne médiatique qu’avaient suscitée les déclarations de Bouraâda sur des chaînes de télévisions et certains journaux sur la négligence de la FAA vis-à-vis l’athlète. « Les responsables de la FAA, contrairement à ce qui a été relayé, ont mis en œuvre tous les moyens financiers, techniques et médicaux pour Bouraâda afin qu’il puisse se préparer pour les prochaines échéances régionales, continentales et mondiales. Et ce, depuis qu’on a été élu à la tête de l’instance », pouvait-on lire sur la page Facebook de la FAA. Cette dernière ajoutera que « la fédération et le MJS ont financé les deux interventions chirurgicales que Bouraâda a subies au Qatar et ce qui en a suivi en matière de convalescence et de rééducation. Les deux opérations se sont déroulées avec succès. C’est ce qui lui avait permis de revenir très vite sur piste. Il a fait des stages en Algérie et à l’étranger. Il a même réussi à décrocher le titre de Champion d’Afrique du décathlon au Nigéria ainsi que deux autres médailles : une en or (décathlon NDLR) et une autre en bronze (saut à la perche NDLR) lors des Jeux africains 2019 à Rabat.»

Allusion d’ingratitude
Pour décrédibiliser la « plainte » de Bouraâda, la FAF a aussi indiqué que « pour préparer les Championnats d’Afrique qui étaient censés se dérouler en Algérie ainsi que les Jeux Olympiques de Tokyo, il avait bénéficié d’une préparation d’un mois en Afrique du Sud avec son entraîneur Mohamed Hocine. Il avait un riche programme préparatoire si ce n’était le Coronavirus venu tout chambouler.»
Concernant le volet financier et la situation précaire déplorée par le concerné, le communiqué précise que « le MJS a versé toutes les primes des titres remportés par Bouraâda ainsi que d’autres motivations étatiques. » Ainsi, la FAA regrette « qu’il dise qu’on ne lui a rien donné ou qu’il n’a bénéficié de rien, cela n’est que de l’ingratitude sachant que l’Etat algérien a tout mis en œuvre pour qu’il atteigne le haut niveau et qu’il devienne l’athlète qu’il est aujourd’hui.»
Après ce tacle provocateur, la FAA a calmer le jeu en disant espérer que « cela soit juste un malentendu survenu en raison de pressions psychologiques engendrées par le contexte sanitaire actuel. Surtout que Bouraâda est un grand sportif avec les vertus qu’on lui connaît.» Bonjour l’ambiance électrique. n