L’instance nationale de médiation et de dialogue annonce qu’elle compte élargir sa composante et que son travail devra aboutir à l’organisation d’une conférence nationale souveraine dont la date sera fixée ultérieurement.

Un nouveau membre vient de rejoindre le panel des «Six» chargé de faciliter le dialogue en vue d’obtenir le «consensus le plus large possible» sur les conditions et modalités d’organisation de l’élection présidentielle. Il s’agit de Mohamed Yacine Boukhnifer, présenté comme «un jeune qui a émergé dans le Hirak», a-t-on appris dans un communiqué diffusé, hier, par les panélistes, à l’issue de leur première rencontre qui a été consacrée à la discussion du règlement intérieur du panel et à l’élaboration d’un plan d’action.
L’instance nationale de médiation et de dialogue, constituée jeudi dernier, voit, ainsi, le nombre de ses membres passer à sept et, comme elle a tenu à le souligner dans son communiqué, elle compte élargir sa composante sur décision de ses membres et sans aucune interférence de quelque partie que ce soit. D’où, la liste est encore ouverte à d’autres personnes qui croient que le dialogue devant aboutir à l’organisation du scrutin présidentiel est la seule voie de sortie crise pour le pays.
Dans ce sens, l’instance de dialogue, que coordonne l’ex-président de l’APN, Karim Younès, et qui se définit comme «une commission non gouvernementale», lance un appel à 23 personnes (voir encadré), dont des anciens chefs de gouvernement et d’autres issues de plusieurs horizons (éducation, santé, droit, média, enseignement supérieur, mouvement associatif…).
Les panélistes que sont Fatiha Benabbou, Karim Younès, Bouzid Lazhari, Abdelwahab Bendjelloul, Benaïssa Azzedine et Smaïl Lalmas, ont, par ailleurs, défini comment ils comptent mener le dialogue inclusif auquel n’a cessé d’appeler aussi bien le chef de l’Etat intérimaire que l’institution militaire, ces derniers ayant, cependant, assuré à maintes reprises qu’ils ne seront pas partie prenante du dialogue. Dans son communiqué, le panel a indiqué que sa mission consiste à «prendre attache, discuter et dialoguer avec des membres de la société civile, des représentants du Hirak, des jeunes, ainsi qu’avec les partis politiques et les personnalités nationales, et ce, dans toutes les régions du pays afin de dégager une conception minutieuse pour sortir de la crise actuelle».
Pour ce faire, la commission annonce qu’elle compte arrêter un calendrier, dans les plus brefs délais, en concertation avec toutes les parties susmentionnées afin d’écouter leurs points de vue et leurs propositions concrètes pour sortir le pays de la crise dans laquelle il se débat. «Après la fin des rounds de dialogue, une synthèse des différentes propositions sera élaborée et le panel pourrait effectuer les médiations nécessaires pour rapprocher les propositions contradictoires le cas échéant. Des propositions finales sanctionneront une conférence nationale souveraine dont les décisions seront opposables à toutes les autorités publiques», écrit l’instance dans son communiqué.

Appel à concrétiser en urgence les mesures d’apaisement
Mais avant d’entamer les points cités dans le plan d’action, le panel a tenu à rappeler les engagements du chef de l’Etat intérimaire, à savoir l’impératif de concrétiser sur le terrain les mesures d’apaisement à même de rétablir la confiance et de favoriser la création d’un climat propice au dialogue.
Parmi ces mesures, le panel évoque «l’impérieuse nécessité de la libération de tous les détenus du Hirak, dans l’urgence, dans un premier temps», «le respect du caractère pacifique des manifestations par les forces de l’ordre», «la cessation des actes de violence et d’agression à l’encontre des manifestants pacifiques du Hirak et des étudiants», «l’ouverture de tous les accès à la capitale les jours des marches», «la levée de toutes les formes de pression sur les médias», ainsi que «l’appel unanime au départ du gouvernement en place et son remplacement par un gouvernement formé de technocrates non partisans». Ces mesures, selon le panel, doivent être concrétisées en urgence, du moins durant la semaine en cours, pour qu’il puisse entamer son travail.
A propos des participants à la conférence nationale souveraine, la commission précise que des invitations seront adressées à tous ceux qui auront participé au dialogue. Les propositions finales seront soumises à la présidence de l’Etat qui aura à les concrétiser sous forme de lois. La commission n’exclut pas la mise en place de groupes de travail constitués de juristes et d’autres experts en cas de nécessité, précise-t-elle encore.

Le FCPC appelle à soutenir l’Instance du dialogue national
Le Forum civil pour le changement (FCPC) a appelé, hier, à soutenir l’instance du dialogue national, dans sa démarche visant la sortie de crise que traverse le pays, en proposant son renforcement avec d’autres personnalités et experts.
«L’instance du dialogue national est chargée de gérer le dialogue entre les parties concernées et nous proposons son renforcement avec d’autres personnalités et experts et son soutien dans sa démarche», a précisé le FCPC dans un communiqué, soulignant que le panel «ne représente ni le Hirak ni le peuple, et n’est pas leur porte-parole».
Le FCPC a appelé «le pouvoir à respecter les mesures d’apaisement et de confiance, à travers la levée des restrictions sur le Hirak, les marches pacifiques et les espaces publics, la libération de tous les détenus du Hirak et les détenus d’opinion, l’ouverture du champ médiatique et le départ du gouvernement».
Le dialogue doit être «libre et indépendant, dirigé par des personnalités choisies officiellement avec de larges prérogatives.
Il doit représenter la rupture avec l’ancien système. Il doit concerner le peuple, toutes catégories confondues. Le pouvoir en place ne sera pas partie prenante, à savoir la présidence et l’Armée nationale populaire (ANP)», a indiqué le FCPC que préside Abderrahmane Arar.
Au terme des consultations qu’organisera l’instance, le Forum propose la tenue «d’une conférence nationale», en vue «d’adopter les décisions et les conclusions du dialogue, à condition que les parties concernées par celui-ci s’engagent à garantir la mise en œuvre de ces décisions, avec le peuple comme garant, sans intervention, ni contestation aucune, par le pouvoir en place».

Liste des personnes invitées par l’instance nationale de médiation et de dialogue à la rejoindre :
Djamila Bouhired, Ahmed Taleb-Ibrahimi, Mouloud Hamrouche, Ahmed Benbitour, Mokdad Sifi, Abdelaziz Rahabi, Lyes Merabet, Ilyas Zerhouni, Messaoud Boudiba, Guessoum Abderrazak, Rachid Benyelles, Hadda Hazzam, Brahim Ghouma, Brouri Mansour, Rachid Hanifi, Adda Bounedjar, Fares Mesdour, Mustapha Bouchachi, Chemseddine Chitour, Benbrahem Fatma-Zohra, Drifa Ben M’hidi, Saïd Bouizri et Mokrane Aït Larbi.