Alors que les prix poursuivent une ascension fulgurante qui n’épargne aucun produit de consommation ou de prestation de service, l’Office national des statistiques (ONS) continue de livrer des taux d’inflation qu’experts et analystes économiques ne manquent pas de remettre en cause.

Ainsi, pour l’année 2020, l’Algérie a affiché un taux de 2,4% sur ce registre. Ce qui est, certes, déjà énorme mais, visiblement, loin de la moyenne des 7% dont parlent ces experts et analystes se fiant à l’avalanche des augmentations qui s’abat sur le citoyen depuis plusieurs années déjà.
Cette tendance s’est accélérée en 2020 pour un pays réduit à vivre exagérément de ses importations, en comptant sur un dinar au pire de son existence, sans pour autant que l’ONS n’y voit une précipitation de l’inflation. Celle-ci est maintenue dans la moyenne des années précédentes que l’organisme public des statistiques semble prendre l’habitude d’inscrire dans la proximité des prévisions contenues dans les lois de finances successives.
Pour son dernier rapport, publié hier, la hausse de 2,4% est attribuée aux biens alimentaires et aux produits manufacturés, avec des hausses respectivement de 0,2% et 5,35%, contrairement aux services qui sont les seuls à avoir engagé une tendance inverse, précise la même source. La hausse des biens alimentaires et des produits manufacturés «a nécessairement influé sur l’évolution du rythme global d’inflation, dont le taux passe de 2% en 2019 à 2,4% en 2020», explique-t-elle. En Algérie, pour les seules deux dernières années, 2% en 2019 et 2,4% en 2020, font déjà 4,4% d’inflation, alors que pour un taux de seulement 2% pour les huit ou neuf années précédentes donnerait un taux d’inflation minimum de 20% pour la décennie 2010- 2020, faut-il le souligner.
Dans le détail, l’ONS relève que dans les biens alimentaires, les produit alimentaires industriels arrivent en tête en matière de relèvement des prix, avec +1,07% malgré une baisse de près de 0,7% des prix des produits agricoles frais, induite notamment par un recul de près de 4,9% des prix des légumes frais, de la pomme de terre (-12,1%), de la viande de poulet (-7,8%). Par ailleurs, l’ONS relève que d’autres produits ont connu des augmentations de prix en 2020. Il s’agit des œufs (+10%), des poissons frais (+13,2%) et des fruits frais avec +6,5%.
La variation haussière de prix des produits alimentaires industriels a été tirée, essentiellement, par une hausse des huiles et graisses (+1,01%), des céréales (+1,9%) et des lait, fromage et dérivés avec près de +1%, a détaillé l’organisme, relevant une «importante» baisse de 6% des prix du sucre.
En 2020, les prix des services ont également enregistré une variation haussière de 1,6% par rapport à l’année d’avant. Quant à la variation mensuelle des prix à la consommation, qui est l’évolution de l’indice du prix du mois de décembre dernier, par rapport à celui du mois de novembre 2020, elle est de +0,1%, selon l’Office.
En termes d’évolution mensuelle et par catégorie de produits, les prix des biens alimentaires ont affiché une baisse de -0,2%, conséquence directe d’un recul de près de 1,4% des produits agricoles frais. Dans le cas des produits alimentaires industriels, les prix ont connu une hausse modérée de 0,9% durant le mois de décembre dernier et par rapport au mois de novembre 2020, selon l’organisme des statistiques. Les prix des produits manufacturés ont enregistré un taux de près de +0,5%, alors que ceux des services se sont caractérisés par une stagnation.

Nouvelle année, nouvelles hausses
L’année 2021 ne risque pas de rompre avec sa devancière. Bien au contraire, elle commence déjà avec de nouvelles hausses de prix, sur fonds d’une dévaluation de la monnaie nationale qui n’est pas près de s’arrêter non plus, et que les importateurs, producteurs et autres maîtres du circuit commercial mettent généralement en avant pour justifier cette tendance. Un argument qui ne tient pas forcément la route et que les associations des consommateurs ne manquent pas de déconstruire, en jugeant les hausses injustifiées par leur dimension. «L’augmentation des prix des matières premières sur les marchés internationaux et aussi la dévaluation du dinar sont, pour moi, des arguments qui ne tiennent pas la route. Car, l’augmentation des prix des matières premières est infime par rapport aux hausses qu’ils ont imposées. Ces dernières varient de 5% jusqu’à 40% pour certains produits. Ils ne sont donc pas proportionnels par rapport à ceux imposés au client final. Pour ce qui est de la dévaluation du dinar, elle a commencé depuis plusieurs mois sans que cela n’impacte sur les prix. Certes, il est normal qu’il y ait une petite augmentation des prix, mais pas dans cette proportion», affirmait à Reporters le président de l’Apoce, Mustapha Zebdi, la semaine dernière. Pour sa part, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Salim Labatcha, s’est inquiété de la mort lente du pouvoir d’achat en Algérie, pris en tenaille entre la hausse des prix et une fiche de paie qui ne suit pas. Or, rien qu’avec les augmentations qui ont touché la majorité des produits alimentaires de large consommation, «le salaire mensuel qui devrait permettre à l’employé algérien de subvenir à ses besoins est de 75 000 dinars», a calculé M. Labatcha, lundi sur la chaîne TV Echourouk.