Le président de la Société algérienne d’oncologie médicale (Saom), le Pr. Kamel Bouzid, également chef de service au centre spécialisé dans la lutte contre le cancer Pierre-et-Marie-Curie à Alger, s’est indigné hier face à la tension qui perdure sur le traitement des enfants atteints de cancer.

Par Sihem Bounabi
«C’est scandaleux qu’en 2022 des enfants, que l’on peut guérir du cancer, meurent parce qu’il n’y a pas de médicaments», a-t-il lâché affirmant que «cela fait 18 mois qu’il y a une tension sur lesmédicaments du traitement des malades atteints de cancer. Cette tension persiste toujours est n’est toujours pas levée, contrairement aux déclarations de certains ministres.»
Le Pr Kamel Bouzid précise que «cette tension perdure aussi bien pour les anciens médicaments que pour les nouveaux médicaments innovants qui ne sont jamais encoreentrés en Algérie contrairement à nos deux voisins, la Tunisie et le Maroc». Se désolant que «nos malades soient obligés de traverser les frontières pour acheter ces médicaments chez nos voisins. Voilà, malheureusement, la situation actuelle en Algérie !»
Le président de la Société algérienne d’oncologie médicale exprime son incompréhension face à cette situation qui dure alors que «la solution est pourtant simple ! Il y a des fournisseurs, il y a de l’argent, on n’a qu’à acheter les médicaments vitaux pour ces malades !Je necomprends pas toutes ces complications actuelles pour l’acquisition de médicaments qui sont nécessaires pour sauver la vie des cancéreux algériens !» Ilenchaîne en soulignant avec beaucoup d’amertume : «C’est de l’incompétence associée à l’irresponsabilité.» Les tensions sur le traitement des malades souffrant de cancer ont été l’occasion, lors de la célébration de la Journée mondiale contre le cancer, qui coïncide avec le 4 février de chaque année, pour les spécialistes et les associations d’aide aux personnes atteintes de cancer de lancer un appel pour trouver des solutions à ce problème qui perdure.
La présidente de l’Association Al Amel, d’aide aux cancéreux, Hamida Kettab, a affirmé à l’APS que «les malades souffrent du manque de certains produits de base nécessaires à la chimiothérapie et que les médicaments innovants, réclamés par les spécialistes depuis janvier 2018, ne sont toujours pas disponibles». Face à cette situation, la Directrice générale de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), Fatima Ouakti, a déclaré que «l’Etat veille à assurer ce produitvital, consacrant un taux de 60 % du montant des achats de la pharmacie au cancer et aux maladies du sang», rapporte l’APS.
Fatima Ouakti metégalement en exergue que les causes des tensions sur les médicaments des cancéreux sont particulièrement dues à des dysfonctionnements auprès des fournisseurs de la pharmacie. Elle a souligné quele changement par certaines sociétés mondiales de leurs cadres juridiques ou du siège de leurs usines, les mesures d’achat des médicaments, outre le manque de matière première auprès des fabricants des médicaments, sont autant de facteurs ayant contribué à créer des ruptures dans la disponibilité des médicaments. La Directrice générale de la PCH a toutefois annoncé que «certains médicaments pour le traitement du cancerétaient en rupture».

Amélioration des plannings de radiothérapie
Par ailleurs, concernant la prise en charge desmalades en radiothérapie, une amélioration a été récemment constatée par les spécialistes, après une longue période où les malades cancéreux devaient attendre plus de six mois pour décrocher un rendez-vous. A ce sujet, le Pr Kamel Bouzid a confié, hier, que «certes, il y a une amélioration sensible en matière de radiothérapie grâce à la réquisitiond’accélérateurs linéaires. Il y a maintenant22 centres publics et 6 centres privés», ajoutant que lesrendez-vous de radiothérapie se sont nettement améliorés que ce soit dans les nouvelles villes comme Annaba,Batna, Tlemcen, Sétif ou Sidi Bel Abbès. Toutefois, il signale qu’il y a toujours une tension au niveau de la région du Centre, que ce soit au CNPMC ou au centre de Blida. Soulignant que «cela est surtout dû au fait que les familles des patientsrefusent d’aller vers d’autres centres ou des places sont disponibles.Lorsque je les oriente vers les centres d’El Oued ou Adrar, alors que l’hébergement et les soins sont garantis, malheureusement, ils refusent et préfèrent se faire soigner à Alger même si c’est au détriment du malade qui doit attendre encore pour avoir un rendez-vous de radiothérapie».
Malgré cela le Pr Kamel Bouzidsouligne, «bien que la réquisition de ces nouveaux centres demeureinsuffisante, ce qui amène les patients à s’orienter vers le secteur privé où les coûts sont très élevés».
Un constat confirmé par Pr Aïcha Djemaa, chef de service de radiothérapie au CHU de Constantine. Elle a fait savoir à l’APS que les soins de radiothérapie ont baissé, passant de 180 malades/an durant les dernières années à 80, voire 90, malades seulement pour panne d’équipements, déplorant que les malades souffrant du cancer du sein doivent attendre 6 mois pour obtenir un rendez-vous et que certaines d’entre elles recourent au secteur privé.

50 000 nouveaux cas de cancer par an
Au final, le Pr Kamel Bouziddéclare quele nombre de personnesatteintes de cancer en Algérie évoluera au même rythme que celui des pays avancés durant les cinq prochaines années.
En effet, l’Algérie enregistre annuellement près de 50 000 nouveaux cas de cancer tous types confondus, selon les données du registre national des cancers relevant de l’Institut national de la santé publique (INSP). Parmi les types de cancers les plus répandus dans la société, le registre national cite le cancer colorectal, du poumon, de la prostate, de la vessie et de l’appareil digestif chez les hommes. Ensuite, le cancer du sein, de la glande thyroïde et du col de l’utérus chez les femmes. Le cancer du tube digestif reste généralement le prédominant au niveau national chez les deux sexes. Les experts expliquent cette augmentation par, notamment, le changement du mode alimentaire de la population, dominé par les aliments industrialisés, à des facteurs environnementaux, comme la pollution, les engrais qui sont ajoutés à l’agriculture, ainsi qu’à d’autres facteurs génétiques.
Afin de faire face à ce fléau des temps modernes, le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid avait fait état du lancement du deuxième plan quinquennal 2020-2024 de lutte contre le cancer en Algérie, ce qui permettra aux pouvoirs publics et aux experts de maîtriser ce type de maladie.
Parmi les efforts déployés par l’Etat, il est annoncé la restauration et la réactivation du Fonds national de lutte contre le cancer par le ministère de la Santé, afin de renforcer les régions nécessitant des équipements d’imagerie et de radiothérapie, ainsi que l’acquisition des médicaments innovants au profit des patients pour qu’ils puissent bénéficier du même type de traitement appliqué dans les pays développés et améliorer leur qualité de vie. n