Gros coup de tonnerre sur les Transports ! Leur ministre ainsi que le P-DG d’Air Algérie ont été limogés hier par le chef de l’Etat. A l’origine de la brutale destitution de ces deux responsables, un contrat en devises en pleine crise de trésorerie avec un traiteur étranger spécialisé dans la restauration pendant les vols, le service catering, dont le responsable a été également congédié.

Coup de tonnerre dans le secteur des Transports. Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a mis fin, hier, aux fonctions du ministre des Transports, Lazhar Hani. «Sur instruction de Monsieur le Président de la République, il a été mis fin aux fonctions de Monsieur Lazhar Hani en sa qualité de ministre des Transports», lit-on dans un communiqué diffusé, hier samedi, peu après midi, par les services du Premier ministère. Plus explicite sur les raisons ayant motivé ce limogeage, le Premier ministère explique dans son communiqué que «cette décision a été prise à la suite de l’engagement d’une opération d’importation par la compagnie nationale Air Algérie de fournitures liée à l’activité de Catering, et ce, sans tenir compte du contexte économique national et des orientations financières visant la gestion rationnelle des devises et la priorité à accorder à la production nationale». C’est une opération insensée eu égard aussi aux difficultés financières dans lesquelles se débat le Pavillon national, alors qu’il aurait fallu préserver les recettes en devises et recourir à un sous-traitant local pour son activité Catering. Les responsables d’Air Algérie ont eux aussi payé les frais de cette décision pour le moins absurde et antiéconomique. En effet, les services du Premier ministère ont indiqué dans le même communiqué que le P-DG d’Air Algérie et le responsable du catering au sein de la compagnie ont été également relevés de leurs fonctions. Farouk Chiali, ministre des Travaux publics, a été chargé de l’intérim du ministère des Transports jusqu’à ce qu’un nouveau ministre soit désigné. Les responsables de la compagnie publique du transport aérien viennent de commettre un impair grave qui démontre bon gré mal gré de la légèreté par laquelle sont gérées les entreprises publiques et les derniers de la collectivité. D’autant plus que cette opération d’importation effectuée par la compagnie intervient dans un contexte d’importante baisse des recettes en devises qui contraint le gouvernement de tailler massivement dans la facture d’importation. Celle-ci devrait se chiffrer à 28,21 milliards de dollars cette année, marquant ainsi une baisse de 19,34% en valeur. Cette coupe suppose qu’un effort d’économies soit consenti à tous les niveaux. Or, force est de constater que certaines institutions et établissements publics continuent à bruler la chandelle par les deux bouts, faisant fi des mesures de rationalisation des dépenses publiques et de soutien des entreprises locales. L’opération effectuée par Air Algérie au profit d’un sous-traitant étranger est d’autant plus absurde que son P-DG, Bakhouche Alleche, qui vient d’être débarqué, s’est lui-même plaint de la situation financière catastrophique de la compagnie. Peu après sa nomination, Bakhouche Alleche avait pointé du doigt les nombreuses anomalies qui pourraient à terme, selon lui, mener la société à la banqueroute. Dans un courrier interne daté du 19 novembre 2017, il avait écrit que «notre compagnie est aujourd’hui confrontée à une situation des plus délicates, marquée par des résultats opérationnels négatifs, eux-mêmes générés par des coûts en constante augmentation, une concurrence directe et indirecte, qui pèse sur nos revenus». A l’instar de nombreux fleurons de l’industrie nationale, Air Algérie barbotait dans une situation financière difficile, en raison d’un budget de fonctionnement pesant et des recettes faibles. Le P-DG de la compagnie dénonçait à l’époque déjà le «sureffectif dans les fonctions non productives», des «sujétions de service public onéreuses» et un «lourd endettement». Avec un effectif atteignant les 10 000 employés, 44 agences à l’étranger, dont 7 en France, un bilan financier continuellement déficitaire, la gestion de la compagnie a du plomb dans l’aile. Pour tenter de redresser la situation, les autorités publiques avaient annoncé leur intention de fermer certaines agences à l’étranger et de réduire les effectifs de la compagnie, mais ces décisions n’ont été suivies que de peu d’actes.