Le limogeage, samedi, du ministre des Transport et du P-DG d’Air Algérie pose en toile de fond de sérieuses questions sur la gouvernance du groupe et ses marges de manœuvre dans une industrie mondiale fortement concurrentielle. Même si le Pavillon national n’est pas en situation de faillite, car ses actifs sont suffisants pour garantir des prêts bancaires nécessaires à son fonctionnement et investissement, sa gestion reste, néanmoins, sujette à controverses. Le futur P-DG de la compagnie publique du transport aérien doit être désigné suivant des critères de compétence et d’intégrité, car les défis qu’il devra relever ne sont pas des moindres, compte tenu de la situation dans laquelle barbote l’entreprise. Il s’agit, entre autres défis, de réduire l’endettement et le déficit de trésorerie de l’entreprise, de dépenses de fonctionnement et des effectifs, dont le nombre est à la source directe du déséquilibre qui caractérise les recettes et les dépenses. Le P-DG limogé, Bakhouche Alleche en l’occurrence, peu après son arrivée à la tête de la compagnie, avait aussitôt sonné le tocsin quant à une situation financière catastrophique. Il avait pointé du doigt les nombreuses anomalies qui pourraient à terme, selon lui, mener la société à la banqueroute. «Notre compagnie est aujourd’hui confrontée à une situation des plus délicates, marquée par des résultats opérationnels négatifs, eux-mêmes, générés par des coûts en constante augmentation, une concurrence directe et indirecte, qui pèse sur nos revenus», avait-il écrit dans un courrier interne fuité par des syndicalistes. C’est un secret de polichinelle que de dire que la compagnie était mal gérée et fonctionnait bien au-dessus de ce que les normes exigeaient en matière de rentabilité des effectifs et de la logistique. D’autres managers avant lui ont pratiquement tous fait le même constat, mais la gestion avait toujours du plomb dans l’aile et peine à découler. Pourtant, à l’image d’autres fleurons de l’industrie nationale, la check-list de la compagnie est bien garnie en anomalies ; un effectif d’environ 10 000 employés et un bilan continuellement déficitaire compte tenu d’un budget de fonctionnement pesant et des recettes moindres comparativement aux autres compagnies de la même taille. Celles-ci emploient des effectifs trois fois inférieurs à ceux d’Air Algérie.
Selon certains économistes, pour qu’Air Algérie puisse devenir rentable et viable, ses effectifs ne doivent être que de 3000 à 4000 employés, tous services confondus. Or, la compagnie fonctionne avec le triple de ses capacités, en plus de ses tentacules à l’étranger opérant avec 44 agences à l’extérieur dont 7 en France. Le chiffre d’affaires d’Air Algérie tourne autour de 500 à 700 millions d’euros ; une bien piètre performance par rapport aux performances d’autres compagnies de taille intermédiaire. La trésorerie d’Air Algérie a été caractérisée par un déficit abyssal évalué à près de 2 milliards d’euros il y a à peine quatre ans, soit plus de 300% de son capital. La situation n’a pas trop évolué depuis, atténuée quelque peu par les interventions de l’Etat propriétaire qui, tantôt garantit les prêts en faveur d’Air Algérie, tantôt subventionne implicitement le fonctionnement de la compagnie à coup de plusieurs milliards de dinars annuellement. Pour pouvoir redresser la situation, les pouvoirs publics doivent prendre des mesures audacieuses à commencer par la nomination d’un bon manager à la tête de la compagnie et lui conférer les prérogatives nécessaires pour mener à bon port le chantier de redressement de la compagnie. n