Par Sihem Bounabi
Alors que le ministère de l’Industrie pharmaceutique avait le vent en poupe, ces dernières semaines, avec un bilan positif marqué par de nombreuses réussites et avancées tant au niveau national qu’international, la nouvelle du limogeage, le 6 juin, du Pr Kamel Mansouri, Directeur général de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) par le ministre de l’Industrie pharmaceutique Abderrahmane Djamel Lotfi Benbahmed suscite moult interrogations.
C’est dans un communiqué que le ministre a mis fin aux fonctions de Kamel Mensouri, qui était à la tête de l’ANPP depuis avril 2020. Dans le communiqué, il a été également souligné que le Dr Cherif Delif, Secrétaire général de l’ANPP, a été désigné pour assurer l’intérim en attendant la nomination du successeur du Pr Mansouri.
Le ministre de l’Industrie pharmaceutique explique ce changement de poste en précisant, dans son communiqué, que «ce changement intervient une semaine après la fin de fonction du Dr Tahi Meriem, directrice de l’enregistrement au sein de l’ANPP et entre dans le cadre d’une restructuration visant à garantir l’efficacité et assurer le bon fonctionnement de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques».
Si cette annonce peut paraître surprenante dans le contexte actuel de l’embellie de l’industrie pharmaceutique, selon des sources bien informées, «l’information de ce limogeage avait commencé à circuler dans le milieu depuis la mi-mai». Ainsi depuis le 15 mai dernier, Kamel Mansouri était déjà sur un «siège éjectable» et le ministre attendait qu’il finalise les «signatures des dossiers en cours pour acter son limogeage».
Concernant les raisons de ce limogeage, l’information la plus plausible, selon nos sources, est que le ministre reproche «un manque de dynamisme et de célérité dans le traitement des dossiers d’enregistrements malgré tous les moyens humains et matériels mis à sa disposition». Une lenteur d’enregistrement qui, selon d’autres sources, aurait fait réagir les producteurs nationaux qui se sont adressés directement au ministre de l’Industrie pharmaceutique pour qu’il débloque la situation qui ralentissait la production de nouveaux produits depuis des mois. Nos sources estiment qu’avec ce limogeage, la question de l’autonomie et de la souveraineté de l’ANPP ainsi que «les risques de conflit d’intérêt» refont surface.
Pour rappel, l’été 2020 avait été marqué par une forte polémique suite à l’annonce du placement de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) sous la tutelle du ministère de l’Industrie pharmaceutique. Des syndicats du secteur, des experts et des professeurs de médecine sont montés au créneau pour tirer la sonnette d’alarme sur les risques de «conflits d’intérêts» sur le placement de l’agence sous la tutelle du ministère de l’Industrie pharmaceutique.
Face à l’accusation des risques de conflits d’intérêts, Lotfi Benbahmed s’était défendu, à l’époque, en déclarant sur les ondes de la Radio nationale que l’ANPP sera «pleinement autonome et indépendante dans son fonctionnement, sans conflits d’intérêt, de par les décrets et les textes réglementaire sur l’homologation, l’enregistrement et le comité de prix». Il avait également précisé concernant le département qu’il dirige qu’«un ministère n’est pas une entreprise mais représente l’Etat». n