Du côté de Chelsea, la Ligue des champions se remporte en changeant d’entraîneur en cours de saison. Peut-être Thomas Tuchel avait-il en tête l’antécédent Roberto Di Matteo, qui avait gagné la plus belle des compétitions européennes en 2012 avec les Blues après avoir rejoint le club au beau milieu de l’année, au moment de signer son contrat du côté de Chelsea. Samedi soir, à Porto, Tuchel a imité l’Italien, en soulevant la deuxième Ligue des champions de l’histoire du club.
Pour Tuchel, cette victoire en C1 apparaît comme une brillante revanche. Parce que l’entraîneur allemand avait déjà perdu la finale l’an dernier à l’issue du Final 8 face au Bayern Munich (0-1), mais aussi et surtout parce qu’il avait été limogé par le Paris Saint-Germain fin décembre 2020, à la veille de Noël. Ce succès avec les Blues sent bon le pied de nez à l’égard du PSG, ce club dans lequel il ne s’est jamais senti comme chez lui et où il n’a pas su construire ce qu’il a su mettre en place en à peine cinq mois du côté de Londres.
À Paris, Tuchel souffrait d’un manque cruel de reconnaissance. « Nous n’avons jamais eu le sentiment de convaincre les gens ni qu’ils n’appréciaient notre performance », expliquait-il mi-décembre dernier à la chaîne allemande Sport1. Avant d’enchaîner sur le fonctionnement du club parisien : « J’aime juste le football. Et dans un club comme celui-ci, ce n’est pas toujours que du football. (…) Suis-je toujours entraîneur ou suis-je un politicien du sport, un ministre des Sports ? »

Il a fait de Chelsea une équipe à son image
Du côté de Chelsea, Tuchel ne s’est concentré sur le jeu et rien que sur le jeu. En six mois, l’Allemand a métamorphosé un groupe en mal de confiance pour en faire l’une des équipes les plus solides d’Angleterre et qui trône désormais sur le toit du continent. « Je suis très fier, on a un groupe très fort. On savait qu’on n’était pas les favoris mais nous sommes un club très fort et tout est possible avec ces joueurs », a déclaré Tuchel au micro de RMC Sport après la rencontre.
Imperméable défensivement, Tuchel a montré tout ce que les dirigeants parisiens attendaient au moment de la nomination de l’Allemand en 2018. Intensité, pressing haut, capacité à se projeter vite vers l’avant, et ce même malgré les errements de certains joueurs par moments : le Chelsea de Tuchel ressemble à Tuchel. En comparaison, son PSG n’a jamais semblé lui correspondre.
Tuchel et Emery, deux ex-parisiens champions d’Europe
Après la victoire d’Unai Emery, également ancien entraîneur du PSG (2016-2018) mercredi soir en finale de la Ligue Europa avec Villarreal, les dirigeants parisiens ont dû voir d’un mauvais œil cet autre ex de Paris s’imposer en finale de Coupe d’Europe la même année. Mais pour Tuchel, qu’importe. L’Allemand s’était même enthousiasmé de la victoire de son prédécesseur à Paris face à Manchester United en C3, à la veille de la finale contre Manchester City : «C’est un bon signe. On prend toutes les choses qui nous font penser à des bons signaux, et ça, c’est un signal très positif.»
Aux côtés de Thiago Silva, également ancien du PSG, d’Olivier Giroud ou encore N’Golo Kanté, qui a été élu meilleur joueur de la finale, Tuchel a vaincu le signe indien. Pas question pour lui de perdre deux finales de Ligue des champions d’affilée, ce qui n’est plus arrivé à un entraîneur depuis Hector Cuper, en 2000 et 2001 avec Valence. Jürgen Klopp avait perdu deux finales de C1 (2013, 2018) avant d’en remporter une avec Liverpool en 2019. Tuchel n’a eu besoin que de deux essais.

Il a maté Guardiola
C’est aussi l’adversaire face auquel il l’emporte qui force le respect. Par trois fois en cette fin de saison, Thomas Tuchel a maté Pep Guardiola, le meilleur entraîneur du siècle, penseur révolutionnaire du football et qui avait jusque-là remporté ses deux finales de C1 en 2009 et 2011. Mi-avril en Coupe, puis début mai en championnat, les Blues de Tuchel s’étaient imposés face aux Citizens et avaient pris un ascendant psychologique certain à quelques semaines de cette finale de C1.
« On est très contents de les avoir battus deux fois d’affilée. Ça veut dire qu’on sait très bien ce qu’on doit faire, qu’on va souffrir contre eux, mais qu’on peut trouver des solutions. On a aussi de la chance, on sait que c’est une autre compétition mais on a cette expérience et c’est bon pour la confiance », indiquait un Tuchel confiant vendredi, à la veille du match contre Manchester City.
Alors, oui, comme à son habitude, Tuchel a souffert lors de cette finale, a vécu le match pleinement, mais avec une joie intense à la fin de la rencontre. Et l’on parierait que celle-ci a été décuplée par les événements vécus ces derniers mois. De l’échec en finale de la C1 en août dernier à Lisbonne face à Munich, à cette victoire à Porto avec les Blues en passant par son limogeage de Paris en décembre dernier, Tuchel a vécu une année en forme de montagnes russes. Un ascenseur émotionnel qui se termine de la meilleure des manières, une Coupe aux grandes oreilles à la main.