Le président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme, Noureddine Benissad, a appelé, hier à l’occasion de la célébration du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, à la tenue d’états généraux des droits de l’Homme en Algérie.

« Il faut que chaque partie puisse jouer son rôle, en tant qu’avocats, associations, syndicats et autres représentants de la société civile, nous n’excluons personne.
Il s’agit juste de faire le point sur la question du respect des droits de l’Homme pour pouvoir avancer, car un pays qui ne respecte pas les droits de l’Homme est un pays qui n’ira pas loin», a-t-il dit.
Tout en déplorant la difficulté de l’accès à l’information, surtout en matière de chiffres relatifs aux « dépassements » et « atteintes » des droits humains en Algérie, le président de la LADDH a dressé, hier, un tableau noir de la situation des droits de l’homme en Algérie. En indiquant que le pays se trouve actuellement dans une « véritable impasse » face à la domination de la « prédation » et
« l’instrumentalisation » de la justice.
En effet, accusant les autorités d’avoir « détourné l’espoir des jeunes », le président de la LADDH a indiqué que le phénomène des harraga est un drame national face auquel l’Etat algérien doit trouver rapidement des solutions. « Un jeune candidat à l’émigration clandestine débourse près de 4 000 euros et devra, par la suite, faire face au Frontex, qui est une armée mise en place par les pays membres de l’Union européenne, pour intercepter les harraga qui finissent dans les centres de détention. Ce sont des prisons qui ne disent pas leurs noms. Les conditions de vie y sont très pénibles. Il appartient à l’Etat algérien de trouver des solutions car les causes sont connues », a-t-il fait savoir.
Par ailleurs, le président de l’ONG n’a pas manqué de commenter l’actualité qui a été rythmée par de nombreuses arrestations de journalistes, bloggeurs et artistes pour des motifs et raisons différentes.
« Ce que nous avons relevé, c’est l’atteinte à la présomption d’innocence et un abus dans le recours à la détention préventive qui doit être une exception. Nous avons constaté que certaines parties ont aujourd’hui la mainmise sur la justice et n’hésitent pas à l’instrumentaliser », a-t-il déploré. Dans ce sillage, Noureddine Benissad n’a pas manqué de dénoncer les conditions de détention des prisonniers algériens. « Il faut humaniser les prisons car elles sont surpeuplées. Il faut savoir que dans les normes internationales, un prisonnier a droit à 11 m2 or, chez nous, c’est loin d’être le cas. C’est pour cela d’ailleurs que les autorités refusent l’accès aux prisons à l’ensemble des organisations et associations », a-t-il souligné.
Quant aux droits économiques et socioculturels, M. Benissad a indiqué que malgré le fait que l’Algérie a « ratifié de nombreuses conventions, de nombreux acquis sont aujourd’hui remis en cause ». Il poursuit :
« Le principal problème dont souffre l’Algérie est la répartition inégale de la richesse nationale, car la majorité des Algériens s’appauvrissent de jour en jour au moment où une minorité s’enrichit. La corruption existe dans tous les pays du monde, mais en Algérie, elle a atteint son paroxysme. Il s’agit plutôt de prédation car nous avons des écoles en moins, des hôpitaux en moins ».
A la veille de l’élection présidentielle, le président de la LADDH n’a pas hésité à dénoncer les élections, en général, estimant qu’elles « n’ont aucun sens dans la mesure où les Algériens savent que les élections ne vont pas changer les choses ». « Même pour la prochaine élection, nous n’avons aucune garantie qu’elle sera propre, lorsque les droits fondamentaux, comme le droit de manifester ou d’avoir une opinion est bafoué », a-t-il souligné. A ce propos, le responsable a déploré le « mépris » qu’affichent les Algériens vis-à-vis de la politique résultant de nombreuses années de « mal gestion ». « On a fait croire à la société que faire de la politique est quelque chose de négatif. Faire de la politique n’est pas synonyme d’adhésion à un parti, mais c’est être actif sur le terrain ».
Par ailleurs, tout en soulignant les difficultés financières auxquelles fait face la LADDH ainsi que les nombreux obstacles qui l’empêchent d’être plus active sur le terrain, Noureddine Benissad a fortement dénoncé la loi 12/06 relative aux associations qui entrave, selon lui, la liberté d’association, en appelant le mouvement associatif à proposer une alternative.