Si vous êtes un joueur du Real Madrid ou du FC Barcelone, il existe différentes manières de lancer un Clasico. Ce jeudi, Robert Lewandowski a utilisé l’ironie au micro de la chaîne espagnole Movistar Plus. «Benzema ? Il est probablement l’un des favoris pour gagner le Ballon d’Or. S’ils ne l’annulent pas, évidemment !»
Sourire en coin, le Polonais rappelle ainsi à tout le monde l’épisode de l’édition 2020 où, malgré son statut de grandissime favori, l’avant-centre du Bayern Munich n’était pas parvenu à remporter le précieux sésame «faute de conditions équitables suffisantes» d’après France Football, le tout en pleine gestion de la crise sanitaire liée à la pandémie du coronavirus.
Deux ans plus tard, la Liga espagnole va offrir un Real-Barça où Benzema comme Lewandowski devront jouer un rôle central, ce dimanche à partir de 16h15 au stade Santiago-Bernabéu. Dès lors, il ne sera plus question du Ballon d’Or, mais de suprématie nationale.

LEWANDOWSKI EST DEVENU LE CENTRE DES ATTENTIONS
Dans le coin blanc, un statut de meilleur buteur de la Liga 2021-2022 avec 27 buts en 32 matchs et un titre de champion d’Espagne à défendre sous le maillot du Real. Dans le coin bleu et grenat, un attaquant fraîchement débarqué à Barcelone, auteur d’un début de saison en boulet de canon avec 9 buts en 8 apparitions soit une moyenne de 1,13 but par match de championnat.
Présenté comme tel, ce face à face Benzema-Lewandowski peut s’apparenter à un combat de boxe entre deux titans très régulièrement comparés mais jamais mis en compétition sur une durée de 38 journées. Sacré Pichichi pour la première fois de sa carrière la saison passée, Benzema connaît une légère baisse de forme depuis la reprise avec 3 buts et 1 passe décisive en Liga. Forcément, Lewandowski n’a pas attendu son rival. Avec 14 buts en 12 matchs toutes compétitions confondues, cela laisse un bon aperçu de ses capacités. Benzema n’est pas à son niveau.»

BENZEMA, SOUVIENS-TOI LE 20 MARS DERNIER
Le Polonais brille plus que Benzema face aux équipes mineures du championnat ? Soit. Il n’empêche qu’un Clasico est considéré à juste titre comme un match à placer dans une catégorie à part entière. Caméras braquées sur les différents acteurs, ambiance unique dans un stade légendaire, tension à son paroxysme, provocations régulières sur et en dehors de la pelouse… En clair, le Clasico est une façon directe de mettre un gros uppercut dans le menton de son ennemi historique et de prendre par la même occasion un avantage psychologique non négligeable sur la suite de la saison.
Tenu en échec par l’Inter en Ligue des Champions cette semaine malgré le doublé de Lewandowski (3-3), le Barça serait bien inspiré de rééditer sa performance du 20 mars dernier sur la pelouse du Santiago-Bernabéu (une victoire 0-4). Le but ? Conforter sa place de leader et retrouver un peu de sérénité au moment où Gerard Piqué est moqué de toutes parts sur les réseaux sociaux. Seul souci : lors de ce fameux Clasico du 20 mars où le Barça avait causé au Real sa première (et seule) défaite de la saison à domicile en Liga, Benzema était absent pour cause de blessure.
Dès lors, KB9 va sans doute se servir du cuisant échec de son équipe pour tenter de remettre les pendules à l’heure et montrer à son alter-ego polonais qui est le véritable facteur X à Madrid. Manolo Martin : «Benzema, c’est la qualité et l’élégance mais il manque de réussite dans la finition en ce moment (muet depuis le 28 août dernier, NDLR). C’est tout le contraire de Lewandowski. Le Real est très préoccupé par cet état de grâce du Polonais.»
Pour Alemany, «le Real Madrid est mieux préparé collectivement avant ce Clasico, le projet est bien plus mature. Cela dit, Lewandowski me parait individuellement au-dessus de tous les acteurs de ce match donc il est probable de le voir marquer à Madrid. Mais si je devais me mouiller et donner un buteur quasi certain pour cette rencontre, je dis Benzema. Pourquoi ? Tout simplement parce que cela va se jouer dans son stade, il est habitué à ce match et il a ses repères, un avantage sur lequel Lewandowski ne pourra pas compter. C’est un sujet intéressant. En fait, je vois les deux marquer !»

MALGRÉ LA DRAGUE DU REAL, UNE RELATION CORDIALE
Benzema-Lewandowski, c’est une confrontation entre deux cadors de leur sport. Et quand les deux hommes sont habitués aux cérémonies de remises des prix en fin d’année, il y a fort à parier qu’ils aient pu se croiser et se serrer la main une bonne paire de fois. De fait, qu’en est-il de leur relation personnelle ? «Benzema et Lewandowski ne semblent pas avoir de relation très développée, confie Alemany. Ils se connaissent et se respectent, mais cela s’arrête là.»
«Ensuite, l’Espagne se souvient également que le Real Madrid avait tenté de recruter Lewandowski (en 2014, NDLR) quand Benzema n’était pas au top de sa forme et n’avait pas encore le statut qu’il possède aujourd’hui, rappelle-t-il. Globalement, Benzema apparaît comme quelqu’un de très discret et réservé dans le vestiaire, ce n’est pas un Neymar. Il existe une forme d’admiration envers l’un et l’autre car les deux sont parvenus à devenir des références mondiales à leur poste.»

EN ATTENDANT LE DUEL HAALAND-MBAPPÉ ?
À 34 ans chacun, Lewandowski et Benzema semblent atteindre le point culminant de leurs carrières respectives. Va-t-on assister à une succession progressive par la suite ? «L’été dernier, Haaland était la cible du Barça et Mbappé celle du Real, clarifie Martin. Aujourd’hui, les deux clubs ne diront jamais qu’ils échangeraient mais il est clair que Haaland et Mbappé représentent de parfaits héritiers à Lewandowski et Benzema.»
Pour Alemany, le temps doit encore faire son œuvre. «Compter Benzema et Lewandowski parmi les joueurs de la Liga espagnole n’est pas à prendre à la légère, affirme-t-il. Haaland et Mbappé se connectent avec un public plus jeune car une grande partie de la nouvelle génération s’identifie à eux. Cela dit, l’Espagne ne vit pas dans le passé avec Benzema et Lewandowski. Ce sont deux champions et ils sont performants. Aussi, leur âge n’est pas tellement un problème dans un milieu où la préparation physique est devenue optimale.»
«Si tu fais attention à ton hygiène de vie, tu peux durer plus longtemps. Kipchoge a battu le record du monde du marathon à 37 ans… C’est une folie, mais c’est arrivé, prend-il en exemple. Benzema et Lewandowski seront encore là pendant quelques années.» En attendant le match, le présent nous offre déjà une confrontation rêvée. Alors profitons-en. n