C’est aujourd’hui que devrait avoir lieu, à Alger, la réunion consultative des pays voisins de la Libye, alors que rien n’est encore gagné dans ce pays, où les rivalités entre le gouvernement de transition à Tripoli et les forces militaro-politiques à l’Est demeurent encore très fortes.

Par Kahina Terki
Dans ce contexte d’incertitude, les représentants de l’Algérie, de l’Egypte, de la Tunisie, du Soudan, du Tchad et du Niger échangeront, pendant deux jours, leurs vues sur les développements en cours dans le pays voisin, où le grand ordre du jour reste la normalisation de ses institutions et la fin du conflit qui oppose les forces politiques et sécuritaires de ses parties occidentale et orientale. Son aboutissement devrait être l’organisation d’élections générales, le 24 décembre prochain, et la fin du contentieux encore présent entre le gouvernement de transition d’Abdelhamid Dbeibah, en tripolitaine, reconnu par les instances internationales, et Khalifa Haftar, l’homme fort de la Cyrénaïque.
La réunion prévue aujourd’hui à Alger, et pour laquelle le chef de la diplomatie Ramtane Lamamra a eu récemment des consultations au Caire et à Tunis avec ses homologues égyptien Sameh Shoukri et tunisien Othman Jerandi, est prévue depuis plusieurs semaines. Le 28 juillet 2021, le président Tebboune avait ainsi déclaré que l’Algérie était disposée à apporter aide et assistance à la Libye, dans la «résolution de certains problèmes soulevés». Il recevait à l’époque le président du Conseil présidentiel libyen, Mohamed Younès El-Menfi qui avait salué «le plein soutien» de l’Algérie en faveur des démarches menées «pour parvenir à des élections parlementaires et présidentielle dans ce pays à la fin de cette année, conformément au calendrier arrêté par l’ONU. La réunion d’aujourd’hui bénéficie du soutien des Etats-Unis. «L’Algérie a la même perspective que le gouvernement américain concernant la situation en Libye», a déclaré Joey Hood, secrétaire d’Etat adjoint américain aux Affaires du Proche-Orient, dans un entretien à l’agence APS, après une visite à Alger, fin juillet 2021. «Nous sommes donc déterminés à travailler ensemble sur cet objectif commun, qui consiste à discuter avec nos alliés et nos partenaires de la manière exacte dont nous pouvons promouvoir les conditions nécessaires au retrait des forces étrangères le plus rapidement possible, et à la tenue d’élections générales le 24 décembre, afin que la souveraineté puisse être rendue au peuple libyen le plus rapidement possible», a-t-il indiqué. Le représentant américain et envoyé spécial pour la Libye, l’ambassadeur Richard Norland, a rencontré Ramtane Lamamra le 23 août dernier à Tunis. Selon l’ambassade des Etats-Unis en Libye, le chef de la diplomatie algérienne a informé M. Norland des projets de l’Algérie «d’accueillir les ministres des Affaires étrangères des pays voisins en soutien aux élections en Libye et des efforts déployés pour arrêter la propagation de la violence émanant du sud de la Libye». Une initiative saluée par Washington «dans le cadre des efforts internationaux visant à stabiliser la Libye et la région et à assurer le retrait des forces étrangères, y compris des combattants et des mercenaires étrangers», est-il précisé dans un tweet de l’ambassade.

Les Libyens doivent «faire des compromis»
Richard Norland a visité récemment la Libye, l’Egypte, le Maroc et la Turquie pour discuter de la crise en Libye. Au Caire, le diplomate américain a rencontré Khalifa Haftar, général à la retraite, chef d’une milice basée à Benghazi et autoproclamé «commandant en chef» de l’armée libyenne. «Les dirigeants politiques en Libye doivent faire des compromis pour répondre aux attentes de la population qui souhaite des élections libres et équitables», a estimé Richard Norland, lors d’une récente visite à Tripoli. Il a assisté lors de la même visite à une cérémonie de signature d’un nouveau contrat de communication sur le réseau 5G entre la société libyenne Hatif, filiale de Libyan Telecommunication Holding Company (LPTIC), et l’entreprise américaine Infinera.
Il reste que de nombreuses inconnues subsistent sur l’attitude qu’aura Khalifa Haftar d’ici la tenue des élections générales prévues en décembre prochain. Quel rôle aura-t-il après la période de transition ? Cette question renvoie au rôle important que jouent les puissances qui le soutiennent, dont la Russie et les Emirats, face à la Turquie, engagée militairement et stratégiquement aux côtés du gouvernement Dbeibah à Tripoli. Leur jeu dans un pays connu pour ses richesses pétrolières pourrait fausser les scénarios prévus dont celui souhaité par l’Algérie.
Le 24 août dernier, Ramtane Lamamra a déclaré indispensable que les pays limitrophes de la Libye «puissent se réunir pour aider la Libye à parachever le processus politique de la réconciliation nationale». «Le règlement de la crise libyenne doit être fait par les Libyens», a-t-il réaffirmé au cours de la conférence de presse, lors de laquelle il avait, pour rappel, annoncé la rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc. Le chef de la diplomatie avait souligné l’urgence de «mettre fin aux ingérences extérieures, à l’afflux des armes et d’obtenir le retrait des combattants étrangers et des mercenaires».
Le 29 août 2021, le chef du gouvernement de la transition a déclaré que l’échec du Parlement, basé dans l’Est, à voter sur un budget de l’Etat retarde le travail de son administration. Il a pointé les frictions croissantes entre lui et ses rivaux de l’est libyen, une hostilité qui n’est pas sans risque sur le processus de normalisation en cours. Le président du Parlement, Aguila Saleh, a exigé que M. Dbeibah se présente devant la chambre, élue en 2014, pour être interrogé sur les performances de son gouvernement ou faire face à un vote de défiance.
Le chef du gouvernement, qui a pris ses fonctions en mars, a répondu que les raisons invoquées par le Parlement de l’Est pour ne pas approuver ses propositions budgétaires répétées étaient «irréalistes et fragiles» et a reproché à l’organe de vouloir entraver les élections prévues en décembre.