Selon la feuille de route issue du dialogue politique, organisé en novembre 2020 en Tunisie, pour une sortie de crise, la Libye devrait pouvoir tenir des élections le 24 décembre 2021, à l’occasion du 70e anniversaire de son Indépendance. Cet objectif est devenu possible sur le papier depuis que les parties libyennes en conflit ont signé un accord de cessez-le-feu à Genève, le 23 octobre 2020, après une série de concertations et de négociations sous la férule de l’Envoyée intérimaire des Nations unies en Libye, l’Américaine Stephanie Williams.

En ce qui concerne cette échéance, la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) a annoncé, le 18 décembre 2020, la formation d’un «comité juridique» composé de membres du Forum pour le dialogue politique, qui a vu le jour le 9 novembre 2020 à Tunis, afin d’élaborer une loi pour les élections prévues dans moins d’une année. Le mercredi 30 décembre, ce forum a ainsi annoncé la formation, cette semaine du début du mois de janvier, d’un «comité consultatif» de 15 membres, en vue de résoudre les questions en suspens, notamment le blocage autour du mécanisme de sélection de l’autorité exécutive.
«La semaine prochaine, un comité consultatif de 15 membres sera formé pour résoudre le blocage autour du mécanisme de sélection de l’autorité exécutive», a déclaré un participant au Forum, à l’issue d’une nouvelle session virtuelle tenue par Mme Stéphanie Williams, avec les membres du Forum de dialogue. Lors de la réunion, a-t-il indiqué, la mission de l’ONU a exhorté les membres du Forum à «soumettre des propositions de noms au comité consultatif dans les deux jours à venir», expliquant que le travail de la mission se concentrera particulièrement sur «la voie constitutionnelle et les élections». «Nous ne pouvons pas continuer indéfiniment dans un processus ouvert. Nous avons un objectif clair, les élections», a dit, pour sa part, l’Envoyée spéciale intérimaire.
Dans la foulée, le Secrétaire général de l’ONU a déclaré le souhait de son organisation d’envoyer des observateurs internationaux pour superviser le cessez-le-feu. Dans une lettre adressée aux Etats membres du Conseil de sécurité, le 30 décembre, Antonio Guterres a demandé la constitution d’un groupe d’observation qui inclurait des civils, ainsi que des militaires à la retraite d’organisations comme l’Union africaine, l’Union européenne et la Ligue arabe, soulignant que les parties belligérantes libyennes, qui se sont entendues sur le cessez-le-feu, souhaitent éviter la présence de troupes étrangères armées. «J’encourage les Etats membres et les organisations régionales à soutenir la concrétisation du mécanisme de cessez-le-feu, notamment en fournissant des observateurs internationaux sous la bannière des Nations unies», a-t-il écrit.
Dans sa lettre, le Secrétaire général Antonio Guterres propose que les observateurs opèrent initialement dans une zone triangulaire de la Libye, aux environs de Syrte. Ces derniers se joindront aux forces libyennes pour la supervision du cessez-le-feu dans la zone, le retrait des forces étrangères et l’élimination des mines et autres explosifs. Ils élargiraient ensuite leur zone d’action dans le pays si les conditions le permettent, et jusqu’à ce qu’ils puissent être remplacés par une force nationale unifiée libyenne. Il demande aussi à toutes les nations de respecter l’embargo onusien sur les armes en Libye, qui a été manifestement bafoué.
A l’issue de la session virtuelle de dialogue politique libyen avec les membres du Forum de dialogue politique libyen, l’Envoyée intérimaire des Nations unies en Libye a réitéré sa détermination en tant que médiateur onusien à aller jusqu’au bout dans sa mission visant à conduire à un compromis acceptable susceptible d’assurer l’organisation des élections annoncées.

Situation compliquée sur le terrain
«Dans mon rôle de médiateur, j’ai une obligation professionnelle, personnelle et morale de remédier à ce blocage, de préserver ce processus et de vous aider à vous conduire à un compromis acceptable qui contribuera à la réalisation de l’objectif électoral, qui est l’ultime objectif», a-t-elle indiqué. Mme Williams a exhorté les belligérants libyens à «chercher plutôt comment partager les responsabilités et non pas le pouvoir», les appelant à œuvrer pour «l’organisation des élections».
Sur le terrain, la situation demeure compliquée. De l’aveu même de l’Envoyée spéciale intérimaire, la présence des forces étrangères et des mercenaires en Libye risque de faire voler en éclat l’accord de cessez-le-feu. Quelque 20 000 «forces étrangères et/ou mercenaires» sont toujours en Libye en dépit de l’accord de cessez-le-feu signé en octobre, selon l’ONU. «Il y a aujourd’hui 10 bases militaires dans votre pays (…), totalement ou partiellement occupées par des forces étrangères», a alerté, le 2 décembre dernier, Mme Williams, pointant une «violation choquante de la souveraineté libyenne». Le délai de 90 jours qu’elle a annoncé pour expulser les mercenaires et les forces étrangères a expiré, sans réelle mise en œuvre sur le terrain par les deux parties au conflit, regrettent des spécialistes et observateurs des affaires publiques en Libye, qui parlent d’«un possible effondrement du dialogue» et qui estiment qu’«un retour aux hostilités augmente chaque jour». Malgré la multitude de séries de pourparlers interlibyens pour ramener la paix dans le pays, les déclarations belliqueuses se multiplient.
A l’occasion de la célébration du 69e anniversaire de l’Indépendance de la Libye, le général Khalifa Haftar, a appelé ses forces à reprendre les armes pour «chasser» les troupes turques du pays, alors que la Turquie, qui vient de proroger d’une année la présence de ses forces en Libye, a répliqué via son ministre de la Défense, Hulusi Akar, en visite en Libye, de «répondre à toute menace la visant». Le ministre a évoqué aussi, lors son entretien avec des responsables libyens, «les moyens de riposter à une éventuelle nouvelle offensive de leur adversaire, Khalifa Haftar», selon un communiqué officiel.