Un bras de fer semble être engagé entre le secrétariat général des Nations unies et les Etats-Unis sur la nomination de Salam Fayyad en tant que nouveau émissaire onusien en Libye, en remplacement du sortant Martin Kobler.

Dans une note publiée samedi dernier, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a souligné que la proposition de la nomination de l’ancien Premier ministre de l’Autorité palestinienne «reposait uniquement sur ses qualités personnelles reconnues et sur sa compétence». Il a précisé que» le personnel des Nations unies travaille strictement à titre personnel. Ils ne représentent aucun gouvernement ni aucun pays «en réaffirmant» l’engagement du secrétaire général de recruter des personnes qualifiées en respectant la diversité régionale». «Aucun Palestinien n’a servi dans un poste à haute responsabilité aux Nations unies», a-t-il rappelé en estimant qu’il s’agit d’une situation qu’il «est nécessaire de corriger». Le secrétaire de l’ONU a expliqué que les nominations aux postes de responsabilités sont «fondées sur le mérite personnel et les compétences des candidats potentiels à des postes spécifiques».
Vendredi dernier, les Etats-Unis se sont dits opposés à la nomination de M. Fayyad et ont bloqué sa désignation par M. Guterres comme remplaçant de Martin Kobler. Dans un communiqué, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, avait dans un communiqué, exprimé sa «déception» à propos de cette nomination, disant que «les Etats-Unis ne reconnaissent pas actuellement un Etat palestinien ou ne soutiennent pas le signal que cette nomination enverrait aux Nations unies». Quelle va être la réaction de la Maison-Blanche après la publication par M. Guterres de sa note défendant son choix pour l’ancien responsable de l’Autorité palestinienne ? Selon une source onusienne, citée hier par l’APS le changement à la tête de la mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) sera peut-être annoncé aujourd’hui lundi. En attendant de nouveaux développements, qui promettent d’être décisifs, Israël a de manière prévisible et attendue salué le véto américain contre l’émissaire palestinien, Salam Fayyad.

Israël salue le véto américain
Hier, dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est félicité, en effet, de la décision américaine de bloquer la nomination M. Fayyad. Il est allé jusqu’à plaider la «réciprocité» et la nomination de responsables israéliens au sein de l’ONU. «Il y a quelques jours, on a évoqué devant moi la possibilité de nommer à une fonction au sein de l’ONU Salam Fayyad , ancien Premier ministre palestinien, a-t-il affirmé lors du conseil des ministres. J’ai répondu qu’il était temps qu’il y ait une réciprocité en faveur d’Israël et qu’il n’était pas possible de faire constamment des cadeaux aux Palestiniens». «Il est temps que l’on accorde un statut et des nominations pour Israël» à l’ONU, a-t-il ajouté selon un communiqué de son bureau.
M. Netanyahu, dont la politique est d’encourager les colonies israéliennes dans les territoires palestiniennes et de tout faire pour entraver l’avènement d’un Etat palestinien viable, faisait allusion à des informations parues dans les médias selon lesquelles Israël pourrait accepter la nomination de Salam Fayyad si Tzipi Livni, ancienne ministre des Affaires étrangères et députée de l’opposition, obtenait un poste de secrétaire générale adjointe de l’ONU. Avant la publication de la note très diplomatique de M. Guterres pour expliquer son choix, les Palestiniens, eux ont protesté de manière plus véhémente samedi dernier contre l’exclusion de M. Fayyad par les Etats-Unis, dénonçant «un cas flagrant de discrimination fondé sur la base d’une identité nationale». Ils ont également qualifié de «piètre excuse» les propos de l’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley qui avait estimé que « l’ONU a été injuste, favorisant l’Autorité palestinienne au détriment de nos alliés en Israël».
En Libye, les avancées politiques en vue de parvenir à un véritable gouvernement d’union nationale et à la mise en place d’une dynamique permettant à ce pays voisin d’édifier les institutions qu’il n’a jamais eues et dont il a besoin pour se normaliser et relancer son développement sont à chaque fois entravées par la multiplicité des acteurs locaux et de leurs intérêts divergents : notamment ceux qui opposent le gouvernement de Tripoli au Parlement de Tobrouk et à son homme fort, le maréchal Haftar, mais pas seulement.

Un pas en avant, deux pas en arrière
Dans le pays, les nombreuses milices qui sont apparues pendant l’insurrection qui a fait chuter le régime de Kadhafi et après ne veulent pas non plus se trouver exclues des jeux de pouvoir en place. L’arrivée durant ces derniers jours à Tripoli d’un groupe armé de Misrata en est un nouveau et inquiétant signe au point qu’il a fait réagir le gouvernement de Fayez Sarraj (lire article ci-dessous)
Mercredi dernier, lors d’un briefing au Conseil de sécurité sur la situation en Libye, Martin Kobler, émissaire sortant de l’ONU a appelé les différentes parties dans le pays à surmonter l’impasse politique, évoquant un possible amendement de l’accord politique libyen(LPL) de 2015 qui pourrait intervenir dans les prochaines semaines. Le chef de la Manul a déclaré que 2017 devrait être « une année de décisions et de percée politique «en indiquant qu’» il y avait une convergence de vues entre les Libyens sur l’amendement de l’accord», ajoutant qu’un consensus régional et international est en train d’émerger dans ce sens.
Cependant, il a souligné la nécessité de prendre des décisions sur « des amendements limités à l’accord politique en vue de permettre au Parlement de Tobrouk d’approuver le gouvernement d’entente nationale et d’aboutir à la formation d’une armée et d’une force de police fortes». Le deal, avancent certains observateurs, est que le maréchal Haftar prenne des responsabilités dans le secteur de la Défense, mais c’est loin d’être acquis en raison des divisions profondes qui existent au sein du paysage politico-militaire libyen actuel. L’Algérie suit de près l’évolution de la situation en insistant sur un règlement politique de la crise qui étrangle la Libye et menace la sous-région de nouveaux débordements dans un contexte sécuritaire déjà compliqué, notamment au Sahel. Hier, dimanche, le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, Abdelkader Messahel, a réitéré «la position constante» de l’Algérie en faveur du processus politique initié par les Nations unies.
Au terme d’un entretien avec une importante délégation libyenne représentant la région de Zentan, M. Messahel a précisé que la position algérienne «est fondée sur l’équidistance vis-à-vis de toutes les parties libyennes, le soutien au processus politique initié par les Nations unies, le respect de la souveraineté de la Libye et la non-ingérence dans ses affaires internes».