Par Kahina Terki
Le Royaume-Uni a été contraint hier de remiser le projet de résolution qu’elle devait soumettre à l’adoption du Conseil de sécurité de l’ONU sur le prolongement d’une année le mandat la mission onusienne en Libye, la Manul. Faute d’accord avec la Russie qui a exprimé des réserves sur le texte, Londres a fait approuver à l’unanimité hier dans la matinée une simple «prolongation technique» de ce mandat jusqu’au 30 septembre courant. «Après des consultations constructives et positives ce mois-ci (…), nous sommes déçus par l’impossibilité de parvenir à un consensus pour adopter aujourd’hui un nouveau mandat pour la mission Manul, surtout en ce moment important pour la Libye», a réagi après le vote l’ambassadeur américain adjoint à l’ONU, Jeffrey DeLaurentis. «Nous appelons tous les membres du Conseil à travailler ensemble avec diligence pour adopter un mandat qui mette en oeuvre les recommandations» récentes d’une commission indépendante de l’ONU. «Nous ne pouvons pas laisser tomber le peuple libyen en ce moment critique», a lancé le diplomate américain, rappelant notamment que la résolution bloquée préconisait un changement structurel de la direction de la mission avec une relocalisation de l’émissaire de l’ONU à Tripoli.
Sous l’impulsion de la précédente administration républicaine de Donald Trump, contre l’avis de leurs 14 partenaires au Conseil, les Etats-Unis avaient imposé l’an dernier un duo à la tête de la Manul, avec un émissaire établi à Genève (le Slovaque Jan Kubis depuis janvier) et un coordonnateur à Tripoli (le Zimbabwéen Raisedon Zenenga). Mardi 14 septembre, des diplomates occidentaux avaient indiqué que Moscou était à l’origine du blocage en menaçant de mettre son veto au renouvellement de la Manul et n’acceptant pas le langage proposé sur le futur rôle de l’émissaire et sur le retrait des forces étrangères de Libye. Derrière ce blocage, pourrait se profiler la crainte pour Moscou, disent les observateurs, que le poste ne soit plus assuré par Jan Kubis. Ce nouveau changement ne préjuge pas qui sera affecté à cette fonction, a affirmé le diplomate américain Jeffrey DeLaurentis.
L’ambassadeur russe adjoint à l’ONU, Dmitry Polanskiy, s’est quant à lui défendu de toute obstruction au soutien international à la Libye à l’approche de sa présidentielle le 24 décembre. Il faut profiter des 15 jours à venir «pour trouver un dénominateur commun», a-t-il dit, assurant des «efforts inlassables» de la Russie pour «un règlement en Libye» et un respect du calendrier électoral. Hier, à Tripoli, le Premier ministre libyen Abdel Hamid al- Dbeibeh a reçu une délégation américaine de haut niveau, qui compte le secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Moyen-Orient, Joey Hood ainsi que l’envoyé des Etats-Unis et ambassadeur en Libye, Richard Norland, et des fonctionnaires de la Maison Blanche. Un communiqué du gouvernement libyen a déclaré que «la réunion a porté sur les derniers développements de la situation politique en Libye et les mesures prises pour mettre en œuvre la feuille de route, ainsi que les défis auxquels sont confrontées les élections (du 24 décembre prochain)». Selon le même communiqué, le gouvernement Dbeibeh «attribue la plus haute importance au succès du processus électoral, en allouant les ressources financières nécessaires (à la Haute Commission électorale), tout en assurant la sécurité et en raffermissant la stabilité».<