Par Anis Remane
L’Algérie et la Turquie soutiennent «la solution inter-libyenne et de convoquer des élections transparentes» en Libye. C’est ce qu’on a appris à l’issue de la première réunion mixte de coopération et de planification algéro-turque, samedi 11 décembre. Le problème en ce qui concerne la crise politico-sécuritaire que connait le pays voisin est qu’il n’y a pas de «solution inter-libyenne» pour l’instant. Les deux camps rivaux de l’Ouest et de l’Est libyen continuent de s’accuser mutuellement d’être à l’origine de l’impasse actuelle et menacent à chaque fois de recourir à la force pour défendre leurs positions respectives. Un fil rouge les sépare et il risque de rompre à tout moment, un basculement que les Nations unies et les parties internationales engagées dans la recherche d’une voie de sortie cherchent à éviter. Ainsi, dernier épisode du dramatique feuilleton libyen, le chef du gouvernement parallèle dit de «stabilité» que dirige Fathi Bachagha a appelé son rival du gouvernement dit d’«union» Abdelhamid Dbeibah de présenter sa démission et de quitter ses fonctions. La demande de M. Bachagha est venue après l’annonce d’Ali Zenati, ancien ministre de la Santé du gouvernement d’«union», de démissionner, une action qualifiée de «position patriotique honorable» par M. Bachagha qui a incité l’ensemble des ministres du cabinet Dbeibah d’abandonner leurs responsabilités et d’adopter «une approche similaire» à celle de M. Zenati «dans l’intérêt de la Libye» et de «ne pas s’aligner sur les usurpateurs du pouvoir». La survie du gouvernement Dbeibah «placera» les ministres qui décident de rester avec lui «devant une responsabilité historique d’être une partie politique intégrante de la crise et une cause majeure de la division du pays», a dit Fathi Bachagha qui semblait vouloir tirer bénéfice des mésaventures auxquelles a été exposé le ministre de la Santé démissionnaire avant de rejoindre Benghazi. Ali Zenati a été accusé de corruption et a été mis aux arrêts par les services de sécurité du camp Dbeibah. Après avoir été acquitté des charges qui avaient été retenues contre lui, il a fait à Benghazi une brève déclaration à sa libération, indiquant, avec des traces d’ecchymoses sur le visage, qu’il avait été faussement accusé et qu’il avait été soumis à une «terrible épreuve». Il a ajouté que le gouvernement d’«union» n’avait plus de mandat d’organiser des élections depuis décembre 2021.
Dans ce contexte, la déclaration commune de l’Algérie et de la Turquie, signée par les ministres des Affaires étrangères Ramtane Lamamra et Mevlut Cavusoglu, sur leur soutien à des élections s’inscrit davantage dans l’espoir de voir les Nations unies et les parties internationales engagées pour le règlement de la crise libyenne réussir à fixer un calendrier électoral en 2023. Un pari difficile pour la réussite duquel l’envoyé spécial onusien, Abdoulaye Bathily, soutenu par les Etats-Unis, l’Union européenne et les pays du voisinage, multiplie les contacts et les tractations. Alors que M. Bathily a encore répété le 10 décembre dernier à Tunis, lors d’une réunion impliquant les parties issues du processus de la Conférence de Berlin et le comité militaro-sécuritaire libyen des «5+5», que le «statuquo en Libye est intenable», un porte-parole du département d’État américain, Ned Price, a estimé que «les élections sont le seul moyen de former un gouvernement national unifié en Libye». Dans un entretien avec l’hebdomadaire «Jeune Afrique», l’ambassadeur et envoyé spécial des Etats-Unis pour la Libye, Richard Norland, a déclaré que son pays «a fait savoir à toutes les parties que le pays devait organiser des élections le plus rapidement possible». En ce qui concerne Abdelhamid Dbeibah, «nous le considérons, a-t-il dit, comme un chef de gouvernement intérimaire et la Libye n’a pas besoin d’une autre équipe de ministres intérimaires». Une déclaration qui ne devrait pas plaire au gouvernement parallèle de Fathi Bachagha et au camp de l’Est libyen, soucieux de déquiller l’Exécutif basé à Tripoli, n’ayant plus la légitimité à ses yeux d’organiser les élections. Pour le diplomate américain, l’Union africaine (UA) «peut jouer un rôle important dans la sortie de cette impasse, en soutenant le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, Abdoulaye Bathily». «Mais cette possibilité est souvent sous-estimée», a-t-il déclaré. «Les dirigeants africains ont une grande compréhension de la situation libyenne et ont intérêt à voir un conflit régional s’apaiser. Par exemple, l’UA travaille activement avec le Conseil présidentiel libyen sur un forum de réconciliation qui pourrait rassembler les camps opposés, et les États-Unis proposent de soutenir ce forum», a-t-il ajouté. Samedi 10 décembre, lors de la réunion de Tunis, Abdoulaye Bathily a annoncé que le Comité des «5+5» se réunira en sa présence à Syrte au milieu du mois prochain pour de «nouvelles discussions sur des aspects spécifiques en suspens de l’accord de cessez-le-feu».
Il a exhorté les parties libyennes «à mettre de côté leurs agendas personnels au profit de leur pays et de leur peuple», expliquant que depuis que la date des élections a été reportée l’année dernière, peu de progrès ont été réalisés. Il a estimé que les élections «sont extrêmement importantes pour les Libyens, qui en ont assez des méthodes (…) utilisées par certains de leurs dirigeants», expliquant qu’environ trois millions d’électeurs se sont inscrits pour voter lors des élections, et qu’ils revendiquent «leur droit de choisir» leurs gouvernants. <