Le Gouvernement libyen d’union nationale (GNA), reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, a annoncé jeudi la « mise en œuvre » d’un accord de coopération militaire signé récemment avec la Turquie.
En présence de responsables militaires, le GNA a « approuvé à l’unanimité la mise en œuvre » de cet accord, a indiqué jeudi le gouvernement dans un communiqué. Mais cet Exécutif n’a pas donné de détails sur les termes de l’accord ou la nature de l’aide qu’Ankara pourrait lui fournir en plus de des drones et blindés déjà livrés ces derniers mois, selon l’ONU.

Outre l’accord militaire, la Turquie et le GNA avaient conclu le 27 novembre accord sur la délimitation maritime qui permet à Ankara de faire valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale convoitées par d’autres pays, notamment la Grèce. Cet accord a suscité de vives réactions de pays riverains de la Méditerranée, où la découverte de réserves de gaz et de pétrole au large de Chypre a déclenché ces dernières années une dispute entre Nicosie, appuyée par la Grèce et l’Union européenne, et Ankara, qui occupe la partie nord de l’île. Lundi, la Turquie a par ailleurs déployé un drone armé de type Bayraktar TB2l à Chypre-nord, le premier à atterrir dans cette partie de l’île divisée. En Libye, Ankara soutient le GNA dans sa guerre contre les forces rivales du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’est libyen, qui mènent depuis avril une offensive contre Tripoli et dispose du soutien des Emirats arabes unis et de l’Egypte, deux rivaux régionaux d’Ankara. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a ainsi réagi mardi au rapprochement entre le GNA et Ankara, dénonçant toute velléité de contrôler la Libye voisine. « Nous n’autoriserons personne à contrôler la Libye (…) c’est une question qui relève de la sécurité nationale de l’Egypte », a déclaré M. Sissi, cité par plusieurs médias d’Etat. Le 10 décembre, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, est allé jusqu’à promettre l’envoi de troupes pour soutenir le GNA de Fayez al-Sarraj si ce dernier le demande, aux termes de l’accord signé entre les deux parties fin « novembre, exacerbant davantage les tensions dans la région.
Guerre par procuration
Malgré le soutien dont elles bénéficient, les troupes du maréchal Haftar, qui espéraient une victoire rapide à Tripoli, ont échoué à rentrer dans la capitale, plus de huit mois après le début de leur assaut. Avant-hier, jeudi, M. Haftar a annoncé une nouvelle « bataille décisive » pour s’emparer de la capitale, sans résultats probants sur le terrain jusqu’ici. Ses troupes font toujours face à une résistance farouche de plusieurs « groupes armés de l’ouest libyen, dont notamment ceux venus de Misrata, ville située à 200 km à l’est de Tripoli. Le conflit qui a fait plus de 1.000 morts et 140.000 déplacées, selon l’ONU, s’est transformé en une guerre par procuration entre puissances régionales et a provoqué des divisions entre puissances mondiales, compliquant toute reprise d’un processus politique. L’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, table sur une conférence internationale prévue début 2020 à Berlin, pour mettre fin, selon lui, aux divisions internationales sur la Libye et imposer le respect de l’embargo sur les armes décrété en 2011 contre la Libye. Un récent rapport de l’ONU épingle en effet plusieurs sociétés et pays accusés d’avoir violé cet embargo en livrant des armes ou des combattants aux deux camps rivaux en Libye. Le document cite particulièrement la Jordanie, les Emirats et la Turquie accusés d’avoir violé régulièrement l’embargo avec des armements ayant bénéficié aux troupes de Haftar (pour les deux premiers pays) et au GNA pour Ankara. Si les armes continuent d’affluer dans le pays, il en va de même pour les mercenaires et combattants étrangers, dont des Soudanais et des Tchadiens recrutés par les deux camps, selon ce rapport. Et si la Turquie cherche à s’imposer face à ses ses rivaux régionaux en Libye, elle compte aussi mettre un pied en Méditerranée orientale riche en hydrocarbures.n