Après des mois de crispation, Alger et Paris ont repris langue à l’occasion de la visite du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian en Algérie, durant laquelle la convergence entre les deux pays a été particulièrement rappelée. Les questions préoccupantes de la Libye et du Sahel ont constitué, comme il fallait s’y attendre, le cœur des discussions.

* Après la Conférence internationale de Berlin, qui s’est terminée sans voir la situation évoluer sur le dossier libyen, l’Algérie a proposé d’accueillir un dialogue inter-libyen qui pourrait rapprocher les protagonistes pour un accord.
L’Algérie, qui détient des atouts importants pouvant accompagner les efforts vers la stabilité de la Libye, semble aujourd’hui dans une disposition nouvelle. Alger revient sur le plan diplomatique notamment sur cette épineuse question libyenne et s’installe déjà comme un acteur incontournable pour tout processus de paix futur dans un pays qui semble susciter une grande inquiétude. L’activisme direct ou indirect de plusieurs acteurs extérieurs ne fait que compliquer une situation déjà assez alarmante. La France qui joue un rôle ambiguë en Libye semble désormais se placer sur la même longueur d’ondes qu’Alger. Paris semble l’avoir compris au même titre que d’autres acteurs de la région. Sur l’inextricable dossier libyen, il faudrait travailler avec l’Algérie, un partenaire qui montre des dispositions indéniables. «La France et l’Algérie ont une convergence de vues et notre concertation est primordiale. L’Algérie est une puissance d’équilibre et de paix, fermement attachée au respect de la souveraineté des Etats et au dialogue politique. Elle est écoutée et respectée et, sur ces bases-là, nous pouvons avoir ensemble une relation extrêmement forte», a déclaré Le Drian à Alger.
Ces affirmations annoncent sans nul doute une réactivation de la coopération sécuritaire entre les deux pays et l’ouverture «d’une nouvelle phase».
«Nous étions ensemble à Berlin avant-hier sur le conflit libyen. Nous avons coordonné nos efforts pour permettre la mise en place d’un cessez-le-feu durable, la reprise du dialogue politique et nous allons agir ensemble pour que les efforts que nous avons initiés à Berlin puissent se poursuivre», a déclaré à propos M. Le Drian.
Les sables mouvants du Sahel
Le second dossier sécuritaire qui engage conjointement l’Algérie et la France est bien le Sahel, devenu une zone de grandes turbulences, aggravées, il est vrai, par la déstabilisation de la Libye pourvoyeuse d’armements. Avec le G5, cadre sécuritaire qui regroupe la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, Paris éprouve les pires difficultés à s’imposer. «Près de huit ans après sa constitution, le G5 apparaît comme une force supplétive de la France et pâtit d’un handicap majeur, l’absence de l’Algérie, puissance militaire majeure de la zone, qui occupe de surcroît une position centrale de par son positionnement limitrophe du Mali, principal champ de la confrontation», estime René Naba, dans une interview accordée au journal malien Relais du Bougouni. La tenue récente du sommet entre le G5 Sahel et la France, le 13 janvier 2020, dans la ville française de Pau, n’aura fait que confirmer les difficultés de la France, notamment au Mali. Paris semble s’être résolu à réactiver la coopération avec Alger dans le Sahel. A Alger, le chef français de la diplomatie a indiqué que les deux pays «vont également faire le point autour de la question du Sahel sur la base de l’objectif commun de sécurité et de lutte contre le terrorisme». Une réactivation du dialogue stratégique algéro-français sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme devrait rendre l’action sécuritaire commune plus efficiente dans la région. Dans cette difficile zone du Sahel, la France semble, au travers de l’opération Barkhane, avoir des difficultés à s’imposer sans l’apport sécuritaire de l’Algérie. «Faute d’une coopération avec Alger, l’efficacité du G5 paraît d’autant plus aléatoire que l’Algérie a une solide expérience de lutte contre les terroristes, acquise lors de la «décennie noire» (1990-2000) et que les premiers combattants djihadistes du Sahel viennent d’Algérie», ajoute René Naba dans le même entretien.