La crise en Libye devrait connaître cette semaine des développements importants au Conseil de sécurité et conduire au prolongement de la mission onusienne dans ce pays, la Manul, ainsi que la relance du processus de négociation entre les parties en conflit qui se sont rencontrées en Suisse entre le 7 et le
9 septembre.

Le mandat de la mission onusienne en Libye, la Manul, devrait être prolongé d’une année jusqu’au 15 septembre 2021. C’est ce qu’indiquent aux agences de presse des sources diplomatiques, précisant qu’un projet de résolution sera soumis au vote du Conseil de sécurité durant cette semaine. Ce même projet de résolution devrait conduire également à la désignation d’un envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies pour la question libyenne et qui aura la charge de diriger la Manul dans l’objectif de reprendre la médiation entre les parties libyennes en conflit ainsi que leurs sponsors internationaux.
Si ce texte est voté, il devrait, selon les observateurs, faire avancer un dossier libyen embourbé depuis des années et dont le marqueur a été la démission, le 2 mars 2020, de Ghassan Salamé, officiellement pour des raisons de santé. Dans les faits, et selon les déclarations de ce diplomate libanais chevronné, il a quitté la mission d’intermédiation onusienne en Libye sur un sentiment d’échec et avec beaucoup d’« amertume » sur l’ampleur des « ingérences » internationales dans le théâtre libyen.
Le futur chef de la Manul, une mission actuellement occupée par intérim par l’Américaine Stéphanie Williams, qui doit quitter ses fonctions à la fin de ce mois, aura, selon le projet de résolution, l’objectif « particulier d’assurer une médiation avec les acteurs libyens et internationaux pour mettre fin au conflit ». Sous son autorité, « un coordinateur de la Manul s’occupera des opérations au jour le jour et de l’administration » de la mission (environ 200 personnes), précise le texte qui réclame au Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qu’il « nomme sans retard son émissaire ».
Le projet de résolution qui sera examiné cette semaine par le Conseil de sécurité a été rédigé par le Royaume-Uni. Selon les sources diplomatiques, citées par les agences de presse, il y est demandé au Secrétaire général de définir dans les deux mois à venir les « étapes pour obtenir un cessez-le-feu durable » et de fournir parallèlement des « recommandations » sur un possible rôle de l’ONU dans sa « surveillance ». Le texte réclame enfin une « application complète » de l’embargo sur les armes décrété en 2011 et régulièrement violé depuis, avec « l’arrêt de tout soutien et le retrait de tous les mercenaires armés » présents en Libye. D’après les observateurs, le projet de résolution britannique indiquerait la fin des divisions des membres du Conseil de sécurité sur le dossier libyen, des divergences qui ont duré plus de six mois avec, pour conséquences, une complication politique et sécuritaire sur le terrain à cause des agendas internationaux en cours dans la crise libyenne.
Depuis la démission de M. Salamé, le chef de l’ONU Antonio Guterres avait rapidement choisi l’ex-ministre algérien des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, refusé en avril par l’administration étasunienne de Donald Trump pour des raisons qu’on ignore. Le Secrétaire général avait ensuite pressenti une ex-ministre ghanéenne, Hanna Serwaa Tetteh, mais Washington a une nouvelle fois bloqué sa nomination en réclamant de scinder en deux le poste, avec un émissaire politique et un chef de mission onusienne, comme pour le Sahara Occidental ou Chypre.
Réunion de Montreux, un accord pour une « phase transitoire »
Cette longue obstruction, doublée selon des diplomates d’un lobbying des Etats-Unis en faveur de la nomination comme émissaire de l’ex-Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt, indique l’AFP, a été critiquée par les 14 autres membres du Conseil de sécurité alors que le chaos se poursuivait en Libye. Dans une lettre à Antonio Guterres datée du 6 septembre, le gouvernement libyen a apporté son soutien à la position américaine d’avoir un émissaire secondé par un coordinateur. Le vote prochain par le Conseil de sécurité d’une résolution devant contribuer à éclaircir quelque peu l’horizon sombre de la Libye intervient dans un contexte où les parties en conflit dans ce pays semblent mieux disposées au dialogue. Les concertations qu’elles ont eues entre le 7 et 9 septembre derniers à Montreux, en Suisse, ont permis l’annonce d’une « phase préparatoire de 18 mois » durant laquelle se tiendront des élections présidentielle et législatives sur la « base d’un cadre constitutionnel qui fera l’objet d’un accord de tous ».
La réunion de Montreux s’est tenue sous les auspices du Centre du dialogue humanitaire et en présence de la mission onusienne en Libye (Manul). La phase « transitoire » débutera par « la recomposition du Conseil présidentiel et la création d’un gouvernement d’union nationale qui représente toutes les parties et qui consacrera ses efforts pour réunir les conditions nécessaires à la tenue d’élections nationales », selon la déclaration finale.
Cela concerne l’exécution de la Loi d’amnistie approuvée par le Parlement, la facilitation du retour des déplacés et des exilés, en tant que mesure préalable nécessaire pour la réalisation de la réconciliation nationale impérieuse », ajoute le texte. La déclaration salue, en outre, la « proposition portant transfert provisoire des fonctions et des principales institutions gouvernementales telles que la chambre des députés et le pouvoir exécutif à Syrte après la réunion des arrangements sécuritaires et logistiques appropriés ». Elle appelle la chambre des députés et le Haut Conseil d’Etat à « poursuivre leurs discussions au sujet de la question des postes régaliens, de l’élaboration du cadre électoral requis, selon un calendrier préétabli ».
Le document ajoute que la Mission onusienne en Libye lancera dès maintenant les préparatifs nécessaires pour la relance du « Forum du Dialogue politique libyen inclusif » et cela sera annoncé au cours de la période à venir, probablement après le vote de la résolution britannique au Conseil de sécurité. Les concertations de Montreux interviennent après qu’un cessez-le-feu ait été décrété, le 21 août dernier, fruit d’une annonce faite par le président du Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale (GNA) libyen, Fayez al-Serradj, et le président de la Chambre des députés qui siège à Tobrouk, Aguila Salah.
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye est déchirée entre deux camps rivaux, le Gouvernement d’union (GNA) à l’Ouest, reconnu par l’ONU, et un pouvoir à l’Est incarné par le maréchal Khalifa Haftar. Les deux parties sont soutenues par des pays étrangers dont la Turquie et l’Egypte. n